BECHALA`H

Bechalah : le goût de chabbat, les 7 lois noachides, la manne et les prières
rabbi Michel Liebermann
 

 

 

Nous avons de nombreux thèmes dans la lecture de cette semaine. Pour ne pas commenter directement le narratif de la Sortie de Mitsrayim, de l’Egypte, je voudrais vous associer à la découverte ddu temps spécial de chabbat, qui apparaît dans le Texte de façon particulière. Selon notre comptage traditionnel c’est en date du 6 Iyar (soit 49 jours après la sortie d’Egypte) que le peuple hébreu reçut le Décalogue (les 10 Paroles gravées sur la pierre) la Thora sur le Mont Sinaï. Selon la Tradition rabbinique, certains messages et comportements moraux que l’on retrouve dans le message de la Thora était bien plus anciens, ce qui a permis aux rabbis de dire que « la Torah préexistait même à la Création ». Comme l’enseigne le Midrach dans une de ses allégories, la torah en est le mode d’emploi : “Dieu regarda dans Sa Thora et créa le monde”. Cet argument se base sur un acrostiche du premier mot de celle-ci : BeRéCHYT : « Barichona Raah Elohim Chèyekablou Yisrael Torah, «en premier lieu (au début) Dieu a vu qu’Israël recevra la Torah », il sous-entendu ici,qu’à un moment une nation qui prendra le nom de Israël sera liée par cette alliance indéfectible (la berit) justement par le « don de la Trorah », c,à,d, la Révélation. C’est ainsi que nous pouvons comprendre que les Avot, les pères de la Nation (en l’occurrence Abraham, Isaac et Jacob et leur famille) accomplirent intuitivement certains préceptes de la Thora avant qu’elle ne fut donnée. Nous pouvons déduire de cela que les “les hommes et femmes de qualité” étaient et sont toujours capables par eux‑mêmes de découvrir les axes que nous appelons mitsvot, des préceptes de vie, alors qu’ils se dissimulent sous différents aspects de la nature.

De plus, solon le Zohar, des parcelles de la Thora furent dévoilées à l’homme dès sa création (notsetsot), ce sont, il faut le rappeler, les lois fondamentales de toutes sociétés, lois qui advinrent, au temps de Noé, connus sous le nom des 7 lois Noachides ou loi primordiales universelles.
Je les rappelle brièvement :
1) ne pas de manger un membre ou la viande qui a été séparée d’un animal (c,à,d, ne pas déchirer la chair d’un animal vivant))
2) ne pas de maudire le nom de l’Eternel
3) ne pas voler
4) ne pas d’adorer les idoles
5) ne pas de commettre l’adultère et l’interdiction d’avoir d’autres relations sexuelles prohibées (zoophilie, pédophilie)
6) ne pas assassiner
7) établir des tribunaux de juste justice
Et avec cela, conclut Maimonide (08:11) : toute personne qui accepte ces sept commandements et prend bien soin de les faire, cette personne est appellé «’hassidé oumot haolam », un pieux des Nations du monde» et a une part dans le monde à venir. C’est la condition qu’il/elle les accepte et les accomplit, parce qu’elles font partie de la Torah, affirmé par Moïse que ces préceptes étaient appliqués aus fils de Noé.

Le Chabbat, lui, fut respecté par les enfants d’Israël en pays d’Egypte (certainement pas de la même manière que nous aujourd’hui) ; en effet, le Midrash raconte que Moïse intervint auprès de Pharaon obtenant ainsi pour les esclaves hébreux le repos hebdomadaire. En Egypte les hébreux goûtèrent à une des premières dimensions du Chabbat, celle du repos physique qui permet à l’homme de ne pas succomber à la matérialité, mais d’élever sa personne libérée des contraintes matérielles, à une meilleure relation sociale et humaine (on est encore loin de la sainteté).
Dans notre texte, après que le peuple hébreu fut complètement libéré des égyptiens qui venaient d’être engloutis dans la mer des Joncs, les hébreux, à Mara, protestèrent auprès de Moïse pour le manque de confort dans le désert – manque de nourriture et d’eau. Après que l’Eternel eut satisfait leurs besoins, Il leur donna quelques lois, dont le Chabbat (Exode XV,25) : “Là – bas (à Mara), Il leur donna des lois et des commandements” et Rachi, le grand exégète médiéval, explique, qu’entre autres, l’Eternel leur donna le Chabbat.

Esclaves en Egypte, ils avaient besoin du Chabbat pour apprendre la liberté, c’est une liberté un peu primitive et, certes, importante touchant au corps physique ; en sortant du pays d’Egypte le peuple avait compris qu’il s’était affranchi du pouvoir de la force (le Pharaon) et maintenant qu’ils étaient libres dans le désert, ils avaient besoin du Chabbat pour apprendre l’acceptation, c.à.d. la soumission à l’Eternel, afin de ne pas devenir esclaves de leur propres désirs et passions : pendant presque 25 heures (du vendredi soir au coucher du soleil à l’apparition des étoiles le samedi soir) tous les faits et gestes du juif seront soumis aux nombreuses lois du Chabbat, les 39 catégories de travaux interdits sont d’ailleurs recensés dans le Talmud dans un Traité qui lui est totalement consacré, et seront explicités dans le Choul’han arou’h. C’est cette étrange liberté que représente la deuxième dimension du Chabbat.

Ce jour sacré est vraiment la pierre angulaire du judaïsme : à la fin de notre texte, avant même que la Thora ne soit donnée, nous voyons que le Chabbat apparaît pour la troisième fois : le récit nous développe la collecte de la manne céleste dans le désert et précise que « le 6ième jour (le vendredi) l’on prendra une double portion de Manne tombée; les hébreux interrogent Moïse qui leur explique que le lendemain, Chabbat, il n’en tombera point.
Nos rabbis nous apprennent que la Manne, en même temps qu’une nourriture matérielle, était une nourriture spirituelle destinée à alimenter l’âme et à permettre de parvenir à un haut degré de connaissance divine. Elle avait pour effet d’ouvrir l’intelligence sur une vue profonde et intérieure de la Torah. D’origine céleste, la Manne était vraiment une nourriture céleste. Elle unissait parfaitement les besoins du corps et de l’âme. Le corps est le revêtement extérieur de l’âme. La nourriture matérielle que les hébreux recueillaient journellement pour apaiser leur faim n’était que le revêtement de cet autre aliment infiniment supérieur.
“L’Éternel t’a nourri de la Manne 40 années dans le désert pour graver en toi la foi que ce n’est pas seulement de pain que vit la personne, mais de la parole de l’Éternel.” (Deutéronome VIII :3 )
Le fond de notre existence est la parole de l’Eternel. C’est par son ordre que la terre donna ses fruits pour alimenter l’homme. « Descendue » sur terre, cette parole se matérialise sous la forme de la Manne. De même, la Thora, qui est révélée sur terre pour être donnée aux hommes, prend un revêtement matériel sous la forme de commandements concrets pour des affaires terrestres, et de récits qui apparaissent parfois simplistes. Cette matérialisation cache un caractère infiniment plus profond et plus élevé, une lumière divine qui est l’essence de la Thora. Si nous reconnaissons que l’aspect extérieur n’est qu’une condition nécessaire, nous pouvons grâce à l’étude et dans la mesure de notre compréhension, être pénétrés d’un rayonnement de cette lumière dont toute l’intensité échappe néanmoins à notre « vision limitée » -” ‘ayin lo ra’ata”.
Sans un effort de compréhension et sans un désir sérieux de rechercher la vérité, nous n’apprécions pas la valeur profonde de la Thora; son aspect matériel nous paraît vide de contenu. De même ceux qui, parmi le peuple dans le désert, ne recherchaient pas l’aliment spirituel mais seulement les besoins matériels -hitavou ta’ava- (Nombres. 11/4) n’arrivaient pas à satisfaire leur faim avec la Manne. Comme souligne le texte : “Ve’ata nafchénou yevécha én kol bilti éle haman ‘énénou”- Et maintenant notre âme est desséchée, nous n’avons nuit et jour d’autre aliment que la manne (Nombres 11,4). Ils trouvaient cet aliment dur, sec et monotone, parce que c’était leur âme qui était desséchée.
Pourtant le reste du peuple sortait et recueillait la manne : “Chatou ha’am velaketou”, (Nombres 11,8), ils étaient avides de recueillir. Selon un midrach bien connu, c’est la parole divine que le peuple recherchait « des nourritures spirituelles » afin de parvenir chaque jour à de nouvelles acquisitions, chacun dans la mesure de sa compréhension. Les enfants d’Israël arrivèrent ainsi à un degré extrême de connaissance qui leur valut le surnom de dor déa, la génération de la sagesse (de la racine daat = con-naissance = naître avec).

Nos rabbis enseignent que ce monde-ci (olam hazè) n’est que la préparation au monde qui vient (olam haba) d’une conception bien plus élevée ; un monde qui n’est pas soumis à la matière et donc aux limites qu’elle suppose. Selon l’intensité de notre préparation, nous pouvons être réceptifs à la manne divine qui, nous parvenant alors sans les limites d’un revêtement extérieur et inférieur, nous offre les délices extrêmes de toute la profondeur de la Torah de cette lumière divine que l’œil de ce monde ne peut percevoir, ” ‘ayin lo ra’ata “.

La manne est associée au Chabbat : tous deux ils nous éduquent à la même épreuve : la manne tombait chaque jour; il était interdit d’en faire des réserves, ce qui n’était pas consommé pourrissait, sauf le vendredi où il fallait en garder pour Chabbat où il était interdit de sortir en chercher. Il fallait donc s’habituer à vivre au jour le jour en plaçant sa confiance en Dieu.
Aujourd’hui encore, Chabbat place bien des juifs devant cette épreuve : l’interdiction de travailler, d’aller à l’école, de faire du commerce et des affaires; ce jour là est une éducation en la confiance en l’Eternel. C’est ainsi que se comprend la liberté du juif; elle s’inscrit dans une confiance en l’Eternel qui est, elle la source vive de l’affranchissement de toutes les servitudes.

Ces trois dimensions du Chabbat se retrouvent dans les trois Amidot, inclus systématiquement dans les trois temps de prières hebdomadaires adaptées de façon particulière de ce jour sacré (il y a 18 bénédictions les jours ordinaires et seulement 7 le jour du chabbat).

1) Vendredi soir, l’office de kabalat chabbat, le temps de l’accueil du Chabbat, nous célébrons le Créateur qui “cessé de créer le 7e jour” et qui nous demande par notre propre repos d’aller à Sa rencontre.

2) Chabbat matin, au cours de l’office de cha’harit, en lisant publiquement dans le rouleau de la torah, nous rappelons le don de la Thora et surtout l’obligation de chaque juif de “chamor veza’ho……..lekadechor, de garder et de se souvenir du jour du chabbat”….. pour le sanctifier. Sanctifier signifie dans ce contexte, pour l’honorer, c’est notre posture de vie sociale, familiale, maritale, éducative qui se modifie, en étant « plus présent et à l’écoute du monde plus sensible que la dimension du train-train quotidien»: plus de temps à consacrer à sa famille En acceptant cette obligation de lâcher-prise , nous nous libérons de beaucoup d’aliénations (metro – boulot – dodo) ».

3) A l’office de Minh’a, dans la prière de l’après-midi, nous faisons un bond verss le futur, nous exprimons notre confiance dans les « temps messianiques », le jour où “Dieu sera Un et Son Nom sera Un”.
Ces trois prières du Chabbat résument notre place dans l’histoire juive, et par conséquent notre attitude dans le monde qui nous entoure: nous devons nous souvenir du passé, de la création divine, afin qu’aujourd’hui nous nous soumettions aux commandements divins proposés dans nos Textes. Quel que soient les difficultés restons attachés au Chabbat, ayons une confiance en le Créateur qui nous a donné un code de loi. C’est ainsi que nous pourrons construire demain : la venue des temps meilleurs qui répandront le goût du chabbat à tous les jours de la semaine.

Rabbi Michel Liebermann

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