Behar

LEVITIQUE XXVI BEHAR – BE’HOUKOTAY

Rabbi Michel Liebermann

Nous achevons la lecture du Livre de Vayikra, du Lévitique, qui reste être le cœur de la Thora. Si les 4 autres livres de la Thora seraient plus de l’ordre de l’histoire et de l’événementiel, le 3ième Livre, Vayikra, appelé également «torat cohanim», le codex des prêtres, nous parle d’abord de « sainteté ». Mais cette sainteté n’est pas uniquement d’ordre « religieux », mais est avant tout « comportemental ». Nos deux textes « Behar et Behoukotay » traitent en particulier des fondements de la Liberté. La liberté est l’un des premiers acquis de la révolution française inscrit dans sa devise “liberté, égalité, fraternité”. Cette liberté dont parle la constitution de 1789 se définit ainsi : “les hommes naissent libres et égaux en droit”. Au regard du droit, l’homme est libre, mais qu’en est-il au niveau de la conscience, de la personnalité, de son essence ? Les philosophes sont partagés quant à la réalité de la liberté par rapport à la nécessité. Les uns pensent que tout arrive par le destin, d’autres au contraire, admettent que le mouvement de l’âme échappe à la nécessité et qu’il est volontaire. L’homme disposerait d’un libre choix. Une autre opinion plus logique s’exprime ainsi : “est libre une chose ou un homme qui est et qui agit par la seule nécessité de sa nature”. Le contraire de la liberté, c’est la contrainte, lorsqu’une chose est déterminée par une autre à dans son existence et son action. L’homme perd sa liberté, lorsqu’il est contraint d’agir par une cause extérieure à lui. Par exemple, un ivrogne n’est pas un homme libre dans la mesure où sous l’effet du vin, il divulgue des secrets qu’il aurait préféré taire. La cause de son parler est extérieure à lui. D’autres conceptions de la liberté ont été exprimées par les hommes au cours des siècles. C’est un sujet qui n’a pas fini de passionner parce qu’il concerne la vie, il est la vie. A ce sujet la Torah vient nous enseigner que la liberté n’existe pas au niveau humain. L’homme n’est jamais libre, il est toujours soumis à quelqu’un d’autre ou à quelque chose extérieur à lui ou faisant partie de lui-même. L’homme par sa naissance et dès sa naissance est déjà « esclave» de son rang, de son éducation, de ses instincts, de ses passions. Le seul moyen pour l’homme de conquérir sa liberté est de se connecter à l’Eternel, c’est-à- dire de déplacer l’axe de soumission. Cela sous-entend, qu’au lieu d’être esclave des hommes, des habitudes, de la mode ou des idées en vogue, il devient le serviteur de l’Absolu. Cette idée révolutionnaire par rapport à tout ce qui a été dit au sujet de la liberté et du libre-arbitre, est inscrite dès le premier commandement du Décalogue, comme si le Texte signifiait dès le début de la révélation divine aux hommes( la hitgalout), mettre l’accent sur cette idée fondamentale. Ce premier commandement dit en effet : “Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage”. Ce titre de libérateur des esclaves hébreux donne à l’Eternel des droits sur le peuple d’Israël, ainsi que l’expriment les termes de notre Paracha “Ki li Béné Israël Avadim – car c’est à moi que les enfants d’Israël appartiennent comme esclaves ; ce sont mes esclaves à moi, qui les ai tirés du pays d’Egypte, moi, l’Eternel votreDieu (Lévitique 25/55). On comprend mieux la suite du texte qui interdit l’idolâtrie “ne vous faites pas de fausse divinité” : celui qui s’est vendu à un païen pourrait penser “puisque mon maître s’adonne à des péchésvariés, je vais faire comme lui – puisque mon maître adore des idoles, je vais faire comme lui ; puisque mon maître profane le Chabbat, je vais faire comme lui (Rachi)”. Pourquoi ne peut-il agir ainsi ? Parce qu’il a déjà un maître, dont le titre de propriété est antérieur. Le commentateur et cabaliste marocain Rabbi Hayim Benattar, appelé le Or Hahayim attire notre attention sur le fait que selon le texte toraïque le peuple d’Israël appartient à l’Eternel avant même la sortie d’Egypte. Il tire cet enseignement de la répétition apparemment inutile “Ki li Béné Israël, avadim, avadaï hém – car les enfants d’Israël sont des esclaves, ils sont mes esclaves”. Dès leur conception dans le sein de leur mère, les Enfants d’Israël ont acquis un caractère de sainteté, ils sont consacrés à l’Eternel. La qualité de serviteur fait partie de la nature du juif, qu’il le veuille ou non, il n’en a pas le choix. En revanche, il peut en prendre conscience ou l’ignorer. Là réside son choix. L’homme peut atteindre les plus hauts sommets en matière de science, de technologie, de connaissance et de culture. Il n’en reste pas moins un homme avec ses instincts primaires et ses besoins vitaux auxquels il est soumis par nature. Même s’il arrive à se dépasser, à devenir un surhomme, il continuera à ressentir les mêmes besoins. Les Maximes des Pères citent Ben Zoma qui avait l’habitude de dire : “quel est l’homme fort, puissant ? Celui qui domine ses passions, ainsi qu’il est dit” “celui qui retient sa colère est supérieure au héros, celui qui se domine est supérieur au conquérant d’une ville”. La force ne consiste pas à vaincre physiquement autrui, mais à se vaincre soi-même. La guerre contre leYetser-Hara, le mauvais penchant, est une guerre perpétuelle. Chaque être, homme ou femme, doté ou non d’une grande intelligence ou d’une force physique imposante, quel que soit son origine, ou son rang dans la société, peut acquérir cette précieuse qualité qui confère à l’homme sa dignité et en fait une créature exceptionnelle où l’on reconnaît le reflet divin. L’Eternel par essence est libre. Il agit selon sa volonté. Il domine sa colère, il est supporte la méchanceté du méchant et lui pardonne… L’homme créé à l’image de Dieu n’est digne de ce titre que dans la mesure où il ressemble à son créateur. Le seul moyen de parvenir à toutes les qualités morales qui confèrent à l’homme la liberté, en ce sens que tout son comportement est conforme à sa volonté et à son libre choix, est la soumission à Dieu et l’intériorisation de sa Torah. Un homme qui passerait sa vie à étudier cette vaste doctrine divine et qui n’intériorise pas le message divin jusqu’à en faire une partie de son être et l’expression de son âme, n’est en fait pas un homme libre, car, pour le judaïsme, il n’existe d’homme libre que soumis totalement à l’Eternel.

Le mot ‘Houkim (décrets) est habituellement lié au sujet des Mitsvot ( commandements). Notre Paracha utilise cependant ce même mot dans un autre sens. Le premier verset de la Sidra commence par : IM be’houqotay télé’hou, Si vous suivez mes décrets…” (26,3). Rachi, dans son commentaire, explique qu’il. ne faut pas ici lier le mot “Be’houkotay”à la notion de commandement puisque ce sujet est énoncé dans la seconde partie du verset: “et si vous observez mes commandements”. Ainsi, Rachi attribue à la première partie du verset le sens de : “Si vous vous éreintez à étudier la Torah”.

Le fait de lier le mot “Be’houkotay” à l’étude de la Torah nécessite d’être expliqué. En effet, il semble a priori difficile de faire ce rapprochement puisque l’étude fait appel à la compréhension alors que le mot“‘Houkim” désigne les lois dont on ne peut pas saisir la raison. Comment donc utiliser le mot décret pour parler de la Torah ?

L’auteur hassidique du Tanya, rabbi Chneour Zalman de Lyadi, explique que le mot “Be’houkotay – décretspossède la même racine que le mot ‘Hakika (le fait de graver). Notre verset vient donc nous enseigner que nous devons nous investir dans l’étude afin de graver en nous les enseignements de la Torah. L’adéquation entre un homme et la Torahest comparable à celle liant des mots à la pierre sur laquelle ils sont gravés.

La gravure réunit définitivement les lettres avec leur support où celles-cisont alors intégrées alors que l’acte d’écrire des mots sur une feuille préserve à chacun son existence propre.

En effet après avoir rédigé un texte sur du papier il reste encore possible de dissocier l’un de l’autre. Dans le cas de la gravure, il est impossible d’extraire les lettres de la pierre, l’adéquation est donc absolue puisque l’on ne peut plus alors les défaire.

La Torah veut ainsi nous signifier que l’étude peut, à un certain niveau, être vécue de telle sorte qu’elle constitue un type d’attachement à la Torah qui relève du niveau de la gravure et non pas de l’écriture. Cette conception de l’étude a la faculté d’annuler toute velléité d’existence indépendante, elle permet à l’intégralité de l’être de s’attacher pleinement à l’esprit de la Torah.

Alors, voici une approche qui pourra nous bousculer, c’est un passage talmudique, qui paraît être provocateur, et qui très vite, nous fera comprendre la posture attendue de l’homme par la Torah : Rabbi Chimon Bar Yo’hay, est un exemple de ce type d’adéquation. Il disait :“J’ai vu des Tsadikim (des justes) mais ils sont peu nombreux. S‘il y en à deux, moi et mon fils sont ces deux là; et s’il n’y en a qu’un, c’est moi”.

Cette déclaration peut sembler étonnante voire être comprise comme un manque d’humilité. La réponse est que Rabbi Chimon Bar Yo’hay, précisément, pouvait s’exprimer ainsi. Il s’était en effet tellement investi dans la Torah qu’il s’était débarrassé de toute notion d’existence individuelle, il se considérait comme un vecteur de l’expression divine et lorsqu’il s’était ainsi exprimé il n’avait pas décrit sa propre personne mais l’outil de la diffusion de la parole divine dans le monde.

Nous comprenons donc pourquoi l’étude est liée au mot “Be’houkotay”. Certes, l’étude doit être vécue intellectuellement mais elle doit surtout mener à la soumission au divin. Si l’on s’approche progressivement afinde comprendre la Torah, c’est parce que notre tradition désire que l’on en saisisse le sens, car il ne s’agit surtout pas de satisfaire son intellectet son ego. C’est ainsi que l’on peut parvenir à l’union avec la Torah.

Az, télé’hou, alors allez-y……

rabbi Michel Liebermann

—–  2017 —–

Regards sur la paracha Behar – Behoukotay Lévitique XXV – XXVI

par Rabbi Michel Liebermann

Notre Sidra combinée, Behar – Behoukotay, fait partie de ces Textes que l’on réunit souvent pour rétablir l’équilibre du calendrier après avoir eu « un mois supplémentaire ». Cette double paracha est la conclusion du troisième livre de la Torah, est entièrement consacrée à l’avertissement solennel adressé au peuple en vue de l’inciter à l’observance des lois et du respect de l’Alliance.

Il semble à première vue que ces bénédictions et malédictions énoncés sur les 2 montagnes dans le désert par le Divin auprès de nos ancêtres, que notre génération ne saurait lire sans un frisson d’angoisse pour en avoir éprouvé dans sa chair la terrible actualité, particulièrement au cours du XXe siècle, ne soient qu’une leçon de morale destinée à encourager le peuple par la promesse du bonheur réservé aux fidèles.

Rappelons que les châtiments infligés à ceux qui rejettent le joug et transgressent la Loi, ne seraient que l’énoncé de la sanction prévue par le code. Il suffit cependant de s’imprégner de la résonance générale de ces chapitres pour s’apercevoir qu’il ne s’agit pas simplement de l’annonce d’une récompense ou d’une réprimande, mais d’un véritable contrat divin qui engage la destinée collective et exceptionnelle du peuple juif.

Une constante de l’histoire juive nous enseigne effectivement que l’on ne saurait saisir les causes qui président aux avatars de notre peuple en dehors du lien qui unit ce peuple à Dieu. Témoins de l’Eternel sur terre, selon la parole d’Isaïe, le peuple juif se trouve indissolublement lié à l’Eternel et à sa Loi, c’est la caractéristique de l’Alliance, la berit.

En observant la Loi et les commandements spécifiques de la Torah, le Juif témoigne aussi bien à l’échelle individuelle que collective, de sa situation particulière et de sa mission sacerdotale. Mais s’il refuse le « fardeau » s’il préfère fuir la redoutable responsabilité du témoignage de l’absolu, si, à la joie de l’effort et de la conquête, il préfère les plaisirs éphémères. Alors, la Bible, dans les chapitres de cette sidra, nous avertit qu’il trouvera l’Eternel sur son chemin. Non plus le Dieu du dialogue et de la participation, mais le face à face du Dieu de l’Exil, où à travers l’horrible réalité, il nous rappelle que nous sommes à Lui et que nous ne pouvons échapper à notre mission. Illustration extrême de la condition humaine, la condition juive nous place d’une façon permanente « devant l’Eternel », sans que jamais, nulle part, nous puissions trouver refuge en dehors de Lui. Eternelle présence en dehors de laquelle le juif ne saurait concevoir son humanité.

La mission d’Israël est de rappeler à l’humanité ses exactions, ses injustices, son égoïsme, sa haine envers l’étranger, sa xénophobie, son indifférence envers ceux qui sont dans la souffrance, sa cupidité et son manque d’amour.

La nature de cette mission entraîne des conséquences pour le Juif. Celui-ci est perçu comme le gêneur, le moralisateur, le révolté. Cette perception génère la haine et le rôle de bouc émissaire. Il n’est pas possible de nier l’interdépendance de l’attitude morale d’Israël et de son destin politique. Est-il possible de fonder l’un en négligeant l’autre ?

Notre Sidra répond à ces questions de l’actualité  sans aucune équivoque. Il n’est pas possible non plus d’ignorer la nature métaphysique de l’histoire juive.  Celle-ci n’est pas événementielle mais providentielle. Elle est en marge de l’Histoire des Nations (qualifiées dans le Texte par les familles de la Terre). Une histoire guidée par la Providence, n’est rien d’autre qu’une résultante du rôle de témoin. Les Juifs doivent l’assumer quelles que soient les conséquences.

Le second volet pose une question à l »intérieur : LA LUTTE FINALE Sommes-nous actuellement dans la phase finale de la lutte du peuple d’Israël pour sa liberté, l’édification de son Etat et son indépendance, ou bien serions-nous encore potentiellement menacés par un nouvel Exil ? Doit-on craindre que les menaces tragiques et horribles, comme l’Exil, la Soufrance, I’Expulsion, la Shoa la famine, la maladie, le meurtre, le pillage et le viol, toutes longuement relatées dans notre Texte de cette semaine ne se répètent à nouveau pour le peuple juif, et notamment pour l’Etat d’Israël ?

Ces doutes et ces appréhensions qui minent l’esprit d’un certain nombre d’entre nous dans les périodes troublées que nous vivons, semblent certes trouver un écho dans les paroles de réconfort de nos Sages : “Ainsi,savons-nous que, selon la tradition, Jérusalem ne sera pas reconstruite avant le rassemblement de tous les exilés, et c’est pourquoi, si quelqu’un prétend que les exilés ont déjà été rassemblés alors que Jérusalem n’a pas encore été reconstruite, il ne faut pas le croire“.

Pourquoi cette défiance ? “Car il est écrit: ‘Il reconstruit Jérusalem et rassemble les exilés d’Israël’ Les enfants d’Israël dirent au Saint-béni-soit-Il ‘Maître du monde, Jérusalem n’a-t-elle pas déjà été reconstruite et détruite à nouveau ?’ Et l ‘Eternel leur répond:’C’est à cause de vos fautes qu’elle a été détruite et que vous avez été exilés. Mais à l’avenir, Je la reconstruirai et Je ne la détruirai plus jamais comme il est écrit: Dieu a reconstruit Sion, il est apparu dans Sa gloire’ ..” (Midrach Tanhouma 11)

Le rassemblement des dispersés est donc un signe indubitable de la résurrection du peuple juif qui permettra finalement la complète reconstruction de Jérusalem – y compris celle du Temple- et cette fois, pour l’éternité. Il est vrai qu’après l’exil 70 ans en Bavel , le peuple juif est remonté en Israël, plein d’espoir. Or il s’est avéré après quelques siècles, qu’il fut à nouveau exilé ! Cependant, depuis 3 dorot (générations) c’est bien au processus en cours de la Délivrance finale que nous assistons : nos rabbis l’expriment brièvement dans un autre texte de commentaire sur le fameux verset du prophète Zacharie (XIII): “Et c’est à la 3ieme qu’ils y resteront..En d’autres termes: le peuple d’Israël ne s’installera définitivement sur sa terre qu’à la troisième délivrance, après celles de la Sortie d’Egypte et du retour à l’époque d’Ezra (Midrach Tanhouma, Chofetim, 9).Ainsi, nos Sages dénombrent-ils 3 délivrances et donc 2 Exils, et pas un de plus !

UN PEU D’HISTOIRE : DES HAUTS FAITS ET GESTES

Citons à ce propos un épisode fort intéressant datant de l’époque du Rav Itzhak Herzog, grand rabbin de l’Etat d’Israël renaissant. Son fils, Yaakov Herzog, qui était à la fois un sage émérite et un brillant politicien, avait relaté le périple entrepris par son père en 1941 pour tenter de faire pression sur de très hautes personnalités du monde occidental afin qu’elles puissent contribuer à sauver les communautés juives placées alors sous le joug nazi. Rav Herzog a rencontré le pape et le président Franklin Roosevelt. Ces deux rencontres furent stériles, et il ne parvint guère à secouer l’indifférence des Occidentaux face à la Shoa. Tout au plus à Washington, le président Roosevelt lui déclara:“Monsieur le grand rabbin, restez donc aux Etats-Unis ! Ne retournez pas en Israël car la Terre sainte sera, sous peu, elle aussi conquise par les Allemands !” A cela le Rav Herzog répondit: “Nos prophètes ont mentionné 2 destructions, et non pas une 3e »(extrait de Am levadad yishkon, p 16).

A cette époque, le général Rommel se trouvait aux portes d’Eretz Israël, et il ne faisait plus aucun doute que dès leur entrée dans le Yishouv, les Allemands massacreraient sans pitié l’ensemble de la population juive d’Israël. Un projet qui risquait cependant de leur être ravi puisque le grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin el-Husseini – I’aïeul de l’actuel membre de l’OLP, Fayçal el-Husseini – avait déjà appelé tous ses fidèles de l’Islam à massacrer eux-mêmes les Juifs le jour où les Allemands entreraient dans la ville sainte de Jérusalem. D’ailleurs, les brigades de la Hagana (armée de défense d’Israël) avaient mis au point un plan de résistance et de fortifications sur le mont Carmel, près de Haïfa. Cependant, I’armée de Rommel fut, comme on le sait, stoppée dans les sables égypto-libyens, aux portes de la Terre d’Israël.

Sur ce registre, mentionnons encore un épisode fort révélateur cité par un officier américain dans l’un de ses écrits (Un pipeline pour une bataille): « Alors qu’ils combattaient face aux Allemands à El Alamein, les Anglais furent soudain surpris de constater que la résistance des troupes nazies faiblissait. Il s’avérait en effet que les soldats allemands assoiffés en raison de la chaleur torride du désert, avaient percé des canalisations qui servaient aux Anglais, pour boire l’eau qui y circulait. Il s’est en fait avéré que l’eau de ces canalisations n’était pas potable ! » Or,d’après les mots mêmes de cet officier américain, il s’agissait là d’un ‘pur miracle’… Et même s’il est bien évident que ce n’est pas grâce à cet épisode que la Terre d’Israël fut épargnée de l’occupation nazie, il s’agit là d’une anecdote symptomatique.Sur un plan plus général, il est clair que les événements que nous vivons actuellement sont partie intégrante de la lutte finale du peuple d’Israël pour sa délivrance.

Nos rabbis le disent explicitement dans de nombreux textes “Alors que les délivrances passées furent suivies d’asservissement, la délivrance future ne sera pas suivie d’un quelconque asservissement” (Mehilta Bechala’h I).

Dans l’introduction à son commentaire sur le Livre de Devarim, Rabenou Behya Ben Asher écrit que « tout ce qui concerne la présence d’Israël sur sa terre, dans les paroles des prophètes, ne se rapporte pas à la période du Premier ou du Second Temple, mais en priorité a l’époque de la “dernière Délivrance” après laquelle ne surviendra plus aucun Exil. Alors, Israël apparaîtra dans sa plénitude suprême. » Evidemment, cela ne signifie nullement que nous pouvons nous permettre de faire des erreurs et de sombrer dans un déterminisme naïf, ou dans la vision fallacieuse de la théologie fataliste: c’est bel et bien le Maître de l’univers qui dirige les phénomènes de l’histoire des hommes,mais ces derniers apparaissent avant tout grâce à nos efforts !

Certes, c’est l’Eternel qui, comme nous le disons dans le 2nd paragraphe du Chema Israël, fait pousser l’herbe de nos champs, mais cela ne nous dispense en rien de nous adonner avec dévotion aux techniques agricoles! De même, c’est bien le Créateur qui infléchit toute l’Histoire universelle dans le sens de la délivrance finale du peuple d’lsraël et de l’humanité. Mais cela doit se faire à travers nos propres initiatives. Et plus nous serons dévoués et conscients de cette tâche, plus apparaîtront ces événements heureux et plus nous éviterons des problèmes et des souffrances dans ce difficile chemin. Nous le savons déjà : la route de la rédemption n’est pas un jardin bordé de roses !

Nous devons en effet affronter de nombreux problèmes, des crises difficiles, et assumer de durs combats. Il n’empêche que nous traversons là un processus irréversible: il peut y avoir des hauts et des bas, des reculs,des ralentissements et d’autres péripéties, mais certainement pas de nouvel exil du genre de celui qui est décrit dans notre section chabbatique ! Nous devons aujourd’hui nous préparer psychologiquement aux inévitables douleurs que doit endurer un peuple libre sur sa terre, mais c’est là “un autre opéra” !

L’on raconte que le rav Kook avait invité un Juif de diaspora à s’établir en Eretz Israël en lui faisant notamment prendre conscience des graves crises qui secouaient alors le judaïsme de diaspora. Or son interlocuteur lui répondit: “Mais n’existe-t-il donc pas de crise en Eretz Israël’ ?

“Assurément, lui répondit le rav Kook, mais en diaspora, ce sont les crises de l’agonie, alors qu’en Israël, ce sont plutôt les crises de l’enfantement !”

C’est pourquoi nous ne devons surtout pas être désespérés face à certains problèmes ou difficultés qui se dressent sur la route de la Délivrance, comme il est écrit dans le Cantique des Cantiques: “Mon bien-aimé ressemble à un cerf “. Et nos Sages de dire : “De même que ce cerf apparaît et disparaît dans sa course de l’aube, de même le sauveur d’lsraël apparaît et disparaît à nouveau!” (Midrach Rabba, Cantique des Cantiques chap.II). Chaque fois que nous faisons face à un échec, une chute, un écueil, ou un moment d’obscurité, c’est un peu comme si notre cerf bondissant était brièvement caché. Mais il nous faut alors être persuadés qu’il apparaîtra à nouveau: plus nous serons emplis de foi, plus nous ressortirons forts et grandis après chaque crise ! Ne sommes-nous pas persuadés qu’en fait, la lumière naît, plus jaillissante encore, de l’obscurité ? Et que l’Eternel ne couvre pas de ténèbres certains moments de l’histoire du peuple d’Israël, si ce n’est pour susciter ensuite une Délivrance plus éclatante encore !

Rabbi Michel Liebermann

odio venenatis libero elit. ut consectetur leo adipiscing suscipit mi, elementum