BO

Exode X,1 – XIII,16 Bo
rabbi Michel Liebermann

 

 

 

De quoi parle notre Paracha ?
Les points principaux :
– La huitième plaie : arbé, les sauterelles
– La neuvième plaie : hochè’h, l’obscurité
-La première mitsva donnée aux bné Israël : «Kiddouch ha’hodech», la sanctification de la nouvelle lune (donc du nouveau mois).
– L’Eternel donne l’ordre d’offrir le korban Pessah (le sacrifice de l’agneau pascal avant de quitter le pays de Mitsrayim) , ainsi que d’observer Pessah dans toutes les générations
– La dixième plaie : makat békhorot, la mort des premiers-nés
– La sortie d’Egypte
– Le précepte de sanctifier le premier-né humain, ainsi que celui des animaux
Le contexte : avant que ne s’applique la dernière des plaies d’Egypte, la mort des premiers nés, l’Eternel donne aux enfants d’Israël les premiers commandements dont l’accomplissement les constituera comme peuple d’Israël. Verset 3 du chapitre 12 du livre de l’Exode :l’Eternel s’adresse à Moïse et à Aaron : ‘Parlez à toute l’assemblée d’Israël en disant : le dix de ce mois-ci ils prendront pour eux chacun un agneau par famille, un agneau par maison.’ Le verset s’adresse à ‘l’assemblée d’Israël’, le sacrifice de l’agneau pascal, le Korban Pessa’h, va être l’élément constitutif du peuple « juif » naissant, . Il est à remarquer que ce sacrifice fondateur du collectif se décline par ‘un agneau par famille, un agneau par maison’. La collectivité d’Israël n’est pas, dès son élément fondateur, une abstraction uniformisatrice, elle est constituée d’éléments divers et variés : des familles, des maisons
Commençons avec cet adage : «L’Eternel a placé le monde dans le cœur [de l’homme]». La mission de l’humanité – transformer le monde en une demeure pour L’Eternel – reflète les défis auxquels chaque individu est confronté, et ce, pour cultiver la nature divine de son propre caractère. Car chaque personne est un monde en microcosme.
Il y a deux dimensions à notre tâche personnelle d’auto-raffinement:
Premièrement, nous devons utiliser les capacités qui nous ont été accordées dans un but positif. Par exemple, notre capacité à ressentir de l’amour devrait être exprimée dans l’amour de Dieu et dans l’amour « désintéressé » de notre prochain. Et notre potentiel de réalisation devrait être orienté vers des contributions durables. Chacune de nos capacités devrait être dédiée au bien le plus complet possible.
Mais il y a un défi qui est plus fondamental. Chaque personne devrait se demander: pour quoi est ce que je vis ? Est-ce que mon but est simplement l’auto-satisfaction, ou est-ce que je vis pour un but plus élevé?
Les mystiques (avec rabbi Louria, le cabaliste et rabbi Chnéour Zalman de Lyadi) expliquent que nous avons deux âmes. La première est une âme animale, préoccupée seulement de ses propres besoins et de ses pulsions. Ce n’est pas nécessairement mauvais, mais il ne peut pas voir au-delà de lui-même. La deuxième âme est “une partie réelle du divin”, et son accomplissement vient par le service, encourageant l’expression de cette nature Divine et révélant la piété investie dans le monde entier.
L’apparition d’un conflit entre ces âmes reflète le défi auquel l’homme est confronté : pour schématiser : il s’agit de briser son auto-préoccupation et révéler son noyau divin. Lorsque cela est accompli, la première tâche mentionnée ci-dessus – faire un usage positif des potentiels et des opportunités qui nous sont accordés – peut être réalisée avec beaucoup plus de facilité.
Regardons comment cela se traduit au sein du macrocosme, Ces mêmes tendances se reflètent dans le monde entier. Une des missions de l’homme, selon la Thora, est d’utiliser le monde physique dans un but positif. C’est une forme de transformation du monde par, ce que nomment les mystiques le Tikoun, la réparation du monde. Comme l’enseigne la cabale, chaque élément de l’être contient des étincelles (notestsot) de piété cachées en elle.
En utilisant ces objets dans un but spirituel, par exemple, en mangeant un repas (avec les rituels de bénédictions) avec l’intention d’utiliser l’énergie générée pour servir l’Eternel, nous touchons l’énergie divine investie dans le physique et la libérons. Symboliquement, nous élevons tout ce qui est « en-bas », cela est aussi valable pour les relations interpersonnels. Cet objectif possède des moyens d’expression variés, car il doit être atteint d’une manière adaptée à chaque situation donnée. Ainsi qu’avec le vécu et les acquis de chacun (joies, peurs, blessures de vie, etc.) peu importe si la personne est religieuse ou pas… tout le monde est appelé à participer « en conscience » à cet ouvrage.
Il y a cependant un deuxième objectif plus général: nourrir l’altruisme. Car l’existence mondaine encourage le fait de se centrer sur soi, et la tâche de l’homme est de franchir cette barrière et de révéler la vérité intérieure.
Les mots “percer” sont utilisés intentionnellement. En ce qui concerne le souci de soi – pour reprendre une expression talmudique – «sa destruction est sa purification». Nos désirs peuvent être réorientés et orientés positivement, mais d’abord l’égoïsme fondamental qui caractérise l’existence matérielle doit être brisé.
Ce que les plaies ont accompli L’Egypte, Mitzrayim en hébreu, sert d’analogie à l’existence matérielle dans son ensemble. De la racine metsar, indique l’étroitesse, le monde des limites, et du coup des différentes violences qui peuvent en découler dont, ici, le trait souligné de l’égoïsme du Pharaon.
En tant que tels, les deux motifs mentionnés ci-dessus sont reflétés dans l’histoire de l’Exode. Les miracles que L’Eternel a prodigués en Egypte avaient deux buts:
a) Que Pharaon libère les Hébreux, et que lorsqu’ils partiront, ils «demanderont à chaque homme et à toutes les femmes demanderont à leurs voisines, des objets d’or et d’argent». De cette façon, ils «videraient l’Égypte de sa richesse», on verra plus loin la symbolique de ces « richesses ».
Cela reflète l’effort des Hébreux pour affiner les étincelles de sainteté cachées en Egypte, permettant à ces ressources de trouver une expression positive.
b) “Afin que tu puisses dire à tes enfants et petits-enfants comment j’ai fait du sport en Egypte, en faisant des signes miraculeux là-bas.” Pharaon est identifié avec les vantardises obstinées, “Je ne sais pas qui est votre Dieu,” (sous-entendu, le Dieu d’Israël qui est révélé sous la forme du Tétragramme YHVH « je suis celui qui est » n’est pas inscrit dans le catalogue raisonné, social, politique, scientifique et magique de ce monde « Egyptien» dominant) et “Le Nil, ce fleuve est à moi et je l’ai façonné”, niant ainsi l’influence divine dans notre monde en la remplaçant par sa lecture égocentrique, anthropocentrique et égotique (« je suis – j’ai…).
Le but fondamental des 10 plaies qui vont s’abattre sur le pays de Mitsrayim était de briser cette illusion, de manifester la divinité de l’Eternel pour que tous puissent voir et, ce faisant, briser l’orgueil de Pharaon et de sa nation.
L’Eternel persista dans cette entreprise par 10 fois jusqu’à ce que l’orgueil de Pharaon soit écrasé, jusqu’à venir dans ses vêtements de nuit auprès de Moïse, suppliant la miséricorde de ce dieu qu’il a refusé de reconnaître. Personnellement, Pharaon aurait été prêt à libérer les Hébreux beaucoup plus tôt; il a été retenu (et les plaies ont continué) parce que « l’Eternel. a durci son cœur ».
Pourquoi était-ce nécessaire? Si Pharaon avait libéré les Hébreux plus tôt, lui et sa nation n’auraient pas été suffisamment humiliés. Le raffinement de la Divinité cachée en Egypte aurait été accompli, mais une partie de la puissance qui s’opposait à L’Eternel serait restée intacte. Les plaies se sont poursuivies jusqu’à ce que “l’Egypte [sache] que je suis Dieu,” et que l’approche auto-orientée personnifié par leur chef, (le Pharaon) était complètement brisée.
Alors, comment atteindre le noyau ? Tout comme la défaite de Pharaon devait être absolue, dans un sens personnel, la négation de l’égoïsme doit également être complète, englobant tous les aspects de notre être. Cette exigence est reflétée dans le nom de la lecture de la Torah de cette semaine, « Bo ». La signification la plus commune de « Bo » est «viens», mais cela signifie aussi «entrer» ou «pénétrer». Moïse reçoit l’ordre de pénétrer dans le noyau de Pharaon (dans son coeur et son être) et de nier sa force. Comme le déclare le Zohar : l’Eternel a fait entrer Moïse pas à pas, pénétrant ainsi au cœur même du palais du Pharaon (son être profond).
Le commandement d’affronter le Pharaon dictateur et de nier son influence est donné à Moïse, représentant de l’humanité, parce que la négation de l’égoïsme est une dimension fondamentale du service de l’homme. L’homme a reçu la mission de faire de ce monde une demeure pour l’Eternel, et cela n’est possible que lorsque l’égoïsme est annulé. Les cabalistes appellent cela «bitoul hayéch», l’annihilation de l’égo. L’intérêt égoïste empêche la Présence Divine d’être manifeste. Et pourtant, cette annulation de soi ne peut être accomplie par l’homme seul; il nécessite le pouvoir divin. Pour cette raison, Moïse a eu des difficultés à réagir au commandement divin ; « BO ? Viens!), il s’est rendu compte que la tâche était au-delà de ses possibilités. C’est pourquoi L’Eternel lui dit: “Viens à Pharaon”, c’est-à-dire, viens avec Moi, et non “Va vers Pharaon”. L’Eternel affronterait Pharaon avec et à travers Moïse. Moïse ne se dérobait pas à la responsabilité qu’il lui incombait. Il était prêt à partir, mais pas avec ses propres ressources. En hésitant, il invita l’Eternel à l’aider, soulignant qu’il n’agirait que comme agent, et que le pouvoir d’annuler la fierté de Pharaon serait l’oeuvre de l’Eternel lui-même.
Pour reprendre une idée chère à rav Léon Ashkenazi et à Rav Kook, nous entrevoyons ici la dynamique de la Rédemption, L’auto-orientation pénétrante et invalidante rend possible la révélation d’une dimension positive. Et ainsi le Zohar se réfère à la Maison de Pharaon comme: “le lieu où toutes les lumières sont révélées d’une manière effrénée.”
Portant ce concept plus loin, la Sortie d’Egypte est connectée à la Rédemption ultime. En effet, si les Hébreux avaient mérité, ils seraient entrés en terre de Canaan immédiatement après avoir quitté l’Egypte, soit en quelques semaines de voyage à pied.
Nous comprenons maintenant pourquoi toute la période de la Sortie de Mitsrayim jusqu’à la Rédemption finale est appelée “les jours de votre sortie d’Egypte.”
Le processus d’annuler l’égoïsme pharaonique, c,à,d, «franchir les «limites» de l’Egypte» a commencé – et commence pour chacun de nous. C’est comme si nous revivons l’Exode. Il n’y a pas un jour où une prière ne mentionne pas zé’hèr liyetsiat mitsrayim, en souvenir de la sortie de Mitsrayim. C’est une dynamique qui est appellée à renforcer chacun de nous. Elle est destinée à emmener notre peuple, toutes catégories de personnes confondues au-delà de toutes les limitations naturelles et conduire à la Rédemption.

En hommage à mes maîtres rav Léon Ashkenazi, aux professeurs André Neher et Benjamin Gross, des guides immenses qui nous ont quittés.

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