Chlah leha

Chlah leha NOMBRES XIII – XV, 41

Rabbi Michel Liebermann

La paracha Chla’h le’ha débute par l’Épisode des explorateurs. Ceux-ci furent envoyés en mission par Moïse afin d’explorer la terre d’Israël, et d’en rapporter certaines informations. Avant d’organiser cette mission, Moïse demanda à l’Eternel s’il devait ou non le faire. La réponse divine fut la suivante :”Chla’h le’ha anachim”; “Envoie pour toi des hommes”. C’est-à-dire, comme l’explique Rachi, « selon ton propre jugement. Si tu penses qu’il faut les envoyer, envoie-les, et si tu penses que non, ne les envoie pas. »
Au cours de toutes les péricopes précédentes, l’Eternel nous avait instruit à la “mitsva”, à l’ordre divin. Bien sûr, nous avions déjà le libre arbitre. L’Éternel ne nous a pas conçu comme des automates, et à l’opposé des animaux, nous avons le choix : la possibilité, certes, d’obéir aux commandements divins, ou de ne pas y obéir; la possibilité, aussi, d’obéir à nos pulsions ou de les surmonter. Dieu nous a donné de nombreux commandements. Certains sont des actions que nous devons accomplir, d’autres sont des interdictions dont nous devons nous abstenir.
Tout ceci compose notre défi dans ce monde. Le respect des uns comme des autres peut aller à l’encontre de nos tendances naturelles ou de nos désirs. Notre force de choix nous permet alors de contrôler nos pulsions et de respecter la volonté divine. Le fait même qu’il s’agisse de commandements nous indique quelle est la voie de la vie véritable, celle qu’il faut suivre. Par contre, notre paracha introduit la notion de “davar rechout”, c’est-à-dire de “chose permise”.

“Chela’h”, relate le tragique épisode des douze espions (ou explorateurs) envoyés par Moïse pour inspecter la Terre Promise de Canaan. A l’exception de Caleb et de Josué, les 10 autres notables revinrent avec la sombre conviction que les enfants d’Israël ne pourraient jamais s’emparer du pays « c’est une terre où résident les fils des géants » diront-ils. En entendant ce rapport pessimiste, le peuple d’Israël perdit totalement foi en Dieu; et son châtiment fut terrible. Les conséquences furent que tout le peuple ne fut autorisé à pénétrer en Terre d’Israël que 40 ans plus tard, quand il ne resta plus un homme vivant de cette génération. C’est la mort de toute une génération : de ceux qui sont sortis de Mitsrayim, qui ont vu les hauts faits de l ‘Eternel, ont entendu l’écho du Sinaï….
L’Ecriture est explicite : au retour de leur exploration en terre de Canaan, les Espions firent leur rapport: “…Dans ce pays coulent le lait et le miel, mais le peuple qui l’habite est fort et les villes sont puissamment fortifiées…”.
À peine ces paroles avaient-elles été prononcées que Caleb, interrompant ses compagnons, dit au peuple: “Soyez sûrs que nous nous emparerons du pays”. Alors les autres Espions affirmèrent avec force le contraire et exprimèrent leur conviction que les enfants d’Israël ne pourraient jamais conquérir Canaan.
Avec méthode, analysons la succession des événements dans cet épisode; en matière de communication et de connaissance des comportements humains, nous y ferons une découverte plutôt surprenante. Caleb fils de Yefouné n’a certes pas laisser le temps de parole aux explorateurs en cherchant rapidement à imposer le silence à ses compagnons. Au moment où il les interrompit, ils avaient simplement fait leur rapport, et avec beaucoup de précision, sur les deux points assignés par Moïse, à savoir:
a) la puissance de Cananéens,
et b) la qualité et les ressources du pays.
Ce ne fut qu’après l’intervention de Caleb que ses compagnons s’adressèrent au peuple sur le ton pessimiste que nous connaissons. Dès lors, une question se présente à l’esprit: qu’avait donc pressenti Caleb derrière leurs premières phrases que le convainquirent que des déclarations regrettables suivraient?
La réponse est dans le fait que les compagnons de Caleb intervertirent l’ordre des questions fixées par Moïse. Ce dernier leur avait demandé des renseignements d’abord sur les forces des Cananéens (voir Rachi sur Nombres 13:18), ensuite sur les richesses du pays. Cette priorité accordée à la première question, reflétait le souci majeur de Moïse : l’accomplissement du commandement divin de s’emparer du pays. Les Espions, eux, faisant leur rapport, donnèrent la priorité au second point. C’est ainsi que leur première déclaration fut: “Dans ce pays coulent le lait et le miel”. Aussitôt Caleb mesura toutes les implications de cette inversion; seul l’intérêt matériel primait dans leur esprit, et la conquête de Canaan n’avait pas d’autre but.
Caleb savait que si un homme rattache tous ses actes au bénéfice matériel qu’il en retirera, une comparaison préalable se fera inévitablement dans son esprit entre l’effort qu’il est appelé à accomplir d’une part, et le gain matériel qu’il en retirera d’autre part. N’étant pas capable de dévouement désintéressé à une tâche, et ayant les yeux fixés sur la récompense, il estimera, si celle-ci ne lui paraît pas suffisante, qu’un effort modéré peut bien être consenti, mais non un effort plus grand.
En outre, il est plus que probable qu’un tel homme arrivera à la conclusion qu’une tâche difficile est une tâche impossible. Et, en effet, les Espions, un moment plus tard, confirmèrent pleinement les pressentiments de Caleb quand ils s’écrièrent: “Il ne nous sera pas possible d’y accéder [au pays de Canaan]”. La morale de cet épisode est succinctement exprimée par l’exhortation talmudique: “Ne soyez pas semblables aux serviteurs qui servent leur maître seulement en vue de la récompense” (pirké avot).

Rabbi Michel Liebermann

 

tristique consequat. eleifend dictum ipsum neque. Praesent