CHOFTIM

Deutéronome XVI,18 – XXI, 9

Rabbi Michel Liebermann

C’est dans notre Paracha que l’Eternel ordonne aux enfants d’Israël d’établir six villes de refuge (en hébreu ir miklat) vers lesquelles pourront s’enfuir ceux qui ont commis un homicide involontaire, de peur que les familles appliquent les vendettas traditionnelles. Plus loin, la Torah demande : “lorsque l’Eternel élargira tes frontières… tu ajouteras trois nouvelles villes”.

Passage étrange en effet, qui demande réflexion. Alors, fouillons d’abord dans les commentaires de Maimonide, lequel déduit de ce texte une portée eschatologique, conduisant à la venue des Temps messianiques. Puis ensuite, nous reviendrons à la dynamique traditionnelle de nos responsabilités dans ce monde-ci.

Ce verset que nous avons cité, le Midrach fait allusion à la période où se réalisera la promesse faite à notre ancêtre Abraham (dans la Genèse) consistant à donner à sa descendance les terres des peuples de Kini, Knizi et Kadmouni. Alors, il nous faudra établir 3 nouvelles villes de refuge.

C’est sur ce précepte que s’appuie Maimonide pour affirmer que la foi en l’avènement des Temps Messianiques est sans équivoque à l’intérieur du texte de la Thora. Rambam explique en effet que jusqu’à présent ces frontières n’ont pas été élargies comme le mentionne le verset et cela se réalisera donc lors de l’avènement de ces temps car “Dieu n’ordonne pas en vain”.

Cette preuve est la troisième que Maimonide mentionne quant au fait que l’avènement des Temps Messianiques est explicitement établi dans la Torah.

La 1ère : Il cite tout d’abord la promesse exprimée dans la Sidra de Nitsavim “Dieu te rétablira… même si les exilés se trouvent au fin fond du ciel, de là bas Il te les réunira”. (texte que nous retrouvons dans la bénédiction pour l’État d’Israël)

La 2nde preuve est issue de la prophétie de Bilam qui traite explicitement du Messie.

La 3ième correspond à la Mitsva de construire trois nouvelles villes de refuge.

Il est possible de saisir la raison pour laquelle Maimonide cite les deux premières preuves mentionnées précédemment.

Il suffit de reprendre les versets en question de la Paracha de Nitsavim, il en ressort explicitement la promesse de la Délivrance sans préciser que cela sera réalisé par le Messie. La personnalité messianique est contenue dans la prophétie énoncée par le prophète des Nations Bilam, qui fut chargé par le roi Balak de maudire Israël. Cependant cette notion du Messie est exprimée dans des termes allégoriques de sorte qu’il est possible d’objecter que le texte ne fait pas explicitement mention du Messie.

Ainsi, les deux premières sources citées se complètent mutuellement.

Quel est donc le rôle du troisième point mentionné par le Rambam ?

En fait, le 3ème point comporte des notions que l’on ne retrouve pas dans aucune des deux premières preuves. Les deux premières preuves font trait à des garanties exprimées dans la Torah et même à une prophétie divine. Alors que la troisième preuve citée par Maimonide est construite sur un point de l’un des commandements de la Torah (les villes de refuge) à ce titre elle d’une portée qui semble bien plus importante que les deux premières.

Il existe en effet un principe fondamental selon lequel la Torah et ses commandements “valent pour l’éternité, ne sont pas sujets ni à un changement, une imputation ou ajout”. Dans l’essence même des commandements est inclus ce principe selon lequel il n’est pas susceptible à la moindre modification. Donc, le fait que la Délivrance constitue un des paramètres de l’un des commandements de la Torah, nous indique la garantie absolue que la Délivrance n’est soumise à aucun changement.

Ainsi, Maimonide exclue toute éventualité d’objecter : – bien que la Délivrance soit promise dans le cadre de la Torah, pour certains ce serait à cause de nos fautes nous ne l’avons pas méritée.

Toutefois pour d’autres, cette Délivrance s’accomplirait d’une manière sociale et spirituelle et non pas concrètement.

Etant donné que la Délivrance constitue l’un des paramètres de la Mitsva des villes de refuge, elle pourrait se réaliser donc concrètement tout comme chaque Mitsva doit s’accomplir dans une dimension matérielle.

L’homme est naturellement un être sociable; sa nature même l’oblige a vivre en société. À cause de la multiplicité des caractères des hommes qui composent la société, il est impossible que celle-ci soit parfaite sans un guide capable de régir les actions des individus. C’est pourquoi notre Paracha explique comment la société doit être agencée , elle nous en donne même des outils. Parmi les arguments, sans la « crainte » du gouvernement, c’est à dire le respect des Lois, les forts engloutiraient les faibles.

LES FONDEMENTS DE LA SOCIETE : RAPPEL DES LOIS NOA’HIDES

La stricte loyauté envers l’Etat fait l’objet de prescriptions formelles :

Un juif vivant dans un pays soumis à des lois différentes de celles de son peuple doit respecter celles-ci. Dans certains cas, il faut même adapter la loi juive à celle de l’Etat, si cela peut se faire sans violer l’un des principes fondamentaux de la Thora.

Le fondement véritable de la civilisation s’appuie sur les principes connus sous le nom des sept lois Noa’hides, à savoir :

1) La croyance en Dieu. 2) Le respect et la louange de Dieu.

3) Le respect de la vie humaine. 4) Le respect de la famille.

5) Le respect des droits et de la propriété d’autrui.

6) L’établissement d’une jurisprudence, ce sont des tribunaux de juste justice.

7) Le respect de toutes les créatures (y compris de ne pas déchirer les animaux vivants).

Deux citations classiques :

“Pratiquer la justice et l’équité est plus agréable à Dieu que le sacrifice” (Prov.21:3)

“Le monde se maintient grâce a trois choses: la vérité, le jugement et la paix. Ces trois choses n’en font en réalité qu’une, si le jugement est exécuté, la vérité est satisfaite et la paix en résulte“. (Taanit 68a)

Une lourde responsabilité repose sur ceux qui ont à administrer la justice, car d’eux dépend le sort de la communauté tout entière. Les sages du talmud disaient “Un juge devrait toujours supposer qu’un glaive est dirige la pointe contre son coeur, et que la “géhenne” (enfer) s’ouvre a ses pieds.” (Traité Sanhédrine7a)

Pour cela, le texte thoraïque rappelle que la nation organisée sera dotée d’un appareil judiciaire dont les prérogatives sont en premier lieu celles de l’autorité suprême, en matière de jurisprudence mais aussi de théologie, de pratique religieuse et de politique. La justice doit être le but unique de son activité. «C’est la justice, uniquement la justice que tu poursuivras, pour vivre et hériter du pays » La vie sociale et la vie politique d’Israël dépendront du respect que le peuple donnera à la justice, dont la présence est aussi nécessaire que celle du Temple. Nos rabbis ne disent-ils pas : «celui qui nomme un tribunal indigne, est comparable à celui qui a planté une idole à côté du sanctuaire divin».

Justice et justice sociale, en premier lieu, c’est le devoir le plus élémentaire de la collectivité juive. Nous devons, dans notre administration intérieure montrer une réalisation de la justice si convaincante, exemplaire et éloquente, que les Nations s’en inspireront pour corriger leurs propres actions, et leur propre comportement vis-à-vis des humains, et du coup…… vis-à-vis de l’Eternel.

Il y a encore beaucoup de choses à dire…….

Rabbi Michel Liebermann

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