DEVARIM

DEVARIM Deutéronome I – III,22

rabbi Michel Liebermann

La paracha Dévarim est toujours lue juste avant le 9 Av, ce qui nous fait bien sûr penser à la destruction du Temple. C’est aussi un appel, pour nous, aujourd’hui, nous devons aussi réfléchir à sa reconstruction. Alors, que devons-nous faire pour reconstruire le Temple ?

La réponse se trouve dans la Guémara Yona daf 9 : « La Guémara nous dit que le premier Temple a été détruit à cause de trois fautes très graves qui étaient commises, l’idolâtrie, l’adultère, et le meurtre.

Par contre le deuxième Temple a été détruit à cause de la haine gratuite (sin’ate ‘hinam) qu’il y avait entre les individus.

La Guémara nous fait remarquer que la haine est équivalente aux trois fautes graves qui ont provoqué la destruction du premier Temple. »

Donc si nous désirons que le 3ième Temple (physique ou symbolique) soit reconstruit, il faut supprimer la haine et développer l’amour du prochain, ainsi que l’union dans le peuple d’Israël.

La stratégie pour y arriver, selon un grand nombres de rabbis (qui ont bien connu leurs communautés) il faut s’abstenir de parler du lachone hara, c’est à dire la médisance. C’est à dire, nous devrions arriver à un stade où avoir une bouche pure, qui ne parle jamais de mal d’autrui, s’exprime pleinement dans nos relations inter-personnelles.

Afin de comprendre à quel point une bouche pure, est conforme aux exigences de la Thora, c’est – à – dire, aimée de l’Eternel, nous pouvons citer le ‘Hafets ‘Haïm, qui a écrit de longs ouvrages sur le lachone hara, et qu’il a appliqué lui-même toute sa vie.

Le livre de Devarim, le Deutéronome, 5ième de la Thora, dont nous lisons la première Sidra éponyme, constitue, ce que nous appelons le dernier discours de Moïse aux enfants d’Israël, avant de mourir.” Ce sont là les paroles de Moïse adressées à tout Israël, en Transjordanie … dans la 40ième année… ”

Moïse va une dernière fois se justifier aux yeux des enfants d’Israël, pour leur faire comprendre la grande responsabilité collective du peuple occasionnée par leur mauvaise conduite, et les conséquences. Moïse rappelle donc toutes les étapes du désert, tous les incidents , toutes les rebellions, toutes les fautes commises par les enfants d’Israël.

Pourquoi avoir attendu la veille de sa mort pour adresser ces paroles de reproche à Israël ?

C’est une constante dans le récit biblique : Moïse a adopté l’attitude de Jacob. Jacob a attendu la veille de sa mort pour bénir ses enfants, mais aussi pour leur faire des reproches sur leur conduite.

Les rabbis du Talmud enseignent, à la suite de l’attitude de Jacob et de Moïse, que l’homme ne doit faire des reproches à son prochain que peu avant de mourir et ceci pour quatre raisons :

1 – pour ne pas, après l’avoir blâmé, devoir le blâmer encore ;

2 – de peur que son prochain, le revoyant ensuite, n’ait à rougir devant lui, car il lui rappelle ses fautes passées ;

3 – afin que la personne réprimandée ne nourrisse point de mauvais sentiments à l’égard de celui qui lui a infligé le blâme ou fait le reproche ;

4 – la 4ième raison concerne plus particulièrement les relations entre un père et son fils : si les remontrances sont trop véhémentes, le fils pourrait se détourner de son père et l’abandonner, ce que le fils ne peut faire alors que le père est sur le lit de mort.

Moïse dresse donc le bilan de ces 40 années dans le désert et veut, par son discours, faire prendre conscience aux enfants d’Israël de leur mauvaise conduite, afin qu’ils en tirent la leçon et changent leur attitude vis-à- vis de l’Eternel. Ce discours de Moïse, peut être transposé en termes de chaque époque, est étrangement actuel pour et dans chaque génération. La mauvaise conduite d’Israël soustrait le peuple à la protection divine, et de ce fait le peuple devient vulnérable. Chaque échec, chaque bataille perdue, chaque malheur, ont été la conséquence d’une infidélité à l’Eternel. Le principe mida kenèguèd mida, “mesure pour mesure” illustre bien cette histoire singulière du peuple d’Israël. On trouvera son illustration d’une manière presque automatique pendant la périodes Juges ( période intermédiaire entre Moïse et les premiers rois d’Israël) où l’on constate un cycle en quatre temps :

* Israël devient infidèle à l’Eternel ;

* L’Eternel suscite un ennemi pour servir d’instrument de châtiment ;

* Israël regrette sa conduite, revient à l’Eternel en adoptant les pratiques thoraïques – éthiques, morales et sociales.

* l’Eternel suscite alors un libérateur ( c’est le cas de tous les Juges, tels Gédéon, Samson, Deborah) et Israël connaît une période de calme et de tranquillité.

C’est aussi à cause des fautes commises par le peuple d’Israël que la première catastrophe nationale est arrivée. Le prophète Isaïe, dont nous lisons un extrait dans la Haftara cette semaine, se lamente de cette conduite d’Israël qui ne manque pas une occasion pour s’insurger contre l’Eternel et pour oublier les bienfaits divins. “Un boeuf connaît son possesseur, un âne la crèche de son maître. Israël ne connaît rien, mon peuple n’a pas de discernement”. Ce manque de discernement sera à l’origine de nombreuses catastrophes. La première sera annoncée par le prophète Jérémie.

Le contexte historique : En -589, le roi de Judée Sedecias adhère à la coalition inspirée par le Pharaon Hophra et refuse de payer le tribut à Nabuchodonosor roi de Babylone et de Chaldée. Cela équivalait à une déclaration de guerre. Une année plus tard les troupes chaldéennes commencèrent le siège de Jérusalem. Ce fut la panique suivie d’un mouvement de retour à l’Eternel, accompagné de jeûnes et de prières. Mais dès l’annonce de l’avance égyptienne pour débloquer Jérusalem, il y eu un revirement dans la mentalité des Judéens qui revinrent à leurs pratiques mauvaises.

En -586, en date du 9 AV, que Jérusalem est envahie par les Chaldéens, le Temple détruit et livré aux flammes et au pillage.

Quelles sont les conséquences :

1 Ces journées fatales du mois Av 586 signifiaient la déchéance de la dynastie de David, au pouvoir depuis quatre siècles et la fin du Royaume de Judée.

2 Les hommes de Judée furent déportés en Babylonie et il ne resta en Israël que les couches les plus basses de la société judéenne.

3 A partir de cette date, la Judée ne retrouvera plus jamais sa souveraineté totale. En effet, le pays est reconstruit, de même que le Temple, mais le pays sera soumis aux puissances de ce monde qui se succèdent, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains.

La destruction du second Temple à la même date du 9 Av 68 de l’ère ordinaire marquera la fin définitive de l’Etat judéen et le début du grand Exil qui durera environ 2000 ans. Bien qu’il y ait toujours eu une présence juive sur la Terre d’Israël, il faudra attendre, officiellement et politiquement le 14 mai 1948 pour voir renaître l’Etat d’Israël, qui s’inscrit dans l’économie politico-religieuse des relations entre l’Eternel et son peuple, et bien -entendu dans les relations internationales.

Le 9 Av est depuis 2500 ans, la date qui récapitules les malheurs d’Israël. La destruction des 2 Temples ont été qualifiés de « hourban habayit »i, signifiant la destruction de « la maison » (du Temple).

Le fait que dans nos prières matinales nous ne disions pas Tahanoune, les supplications du matin, pendant la journée de jeûne du 9 av (Ticha Beav) est le signe de l’espérance d’Israël.

C’est l’espoir que l’on verra cette date se transformer en fête et en jour de joie. C’est cette espérance qui nous a permis de nous maintenir en tant que peuple juif jusqu’à ce jour.

rabbi Michel Liebermann

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