haftara tazira

5779 Haftarah Tazria Rois II, 4: 42-5: 19.

rabbi Michel Liebermann

Dans la Torah, Parachat Tazria décrit l’affliction biblique connue sous le nom de tzaraat, normalement traduite par la lèpre. (Bien que la maladie de la peau dans la Bible soit infligée comme punition de certaines transgressions, elle diffère de ce que l’on considère aujourd’hui comme la lèpre.) Dans la haftarah de Tazria, l’apparition de ce même type de lèpre mène à une expérience qui bouleverse la vie pour un général de l’armée araméenne, nommé Naaman.

Nous découvrons au début de la haftarah, un homme qui apporte au prophète Élisée 20 miches de pain. Le prophète ordonne que les pains soient donnés aux habitants du pays, dont beaucoup souffrent de la pauvreté. Le serviteur d’Elisée protesta, affirmant que cela ne suffirait pas à la foule, mais Elisha promit un miracle: «L’Éternel a dit qu’il mangerait et qu’il en resterait» (4:43). Sa prédiction se réalise, et il y en a assez pour nourrir tout le monde.

La narration rejoint l’histoire de Naaman, un commandant vénéré de l’armée araméenne. Il était hautement apprécié en tant que guerrier et pensait être favorisé par les divinités qu’il adore. Cependant, étrangement, il est atteint de la lèpre, ce qui implique qu’il y avait une limite à cette faveur. Un jour, l’esclave israélite faite prisonnière, suggère au général Naaman de se rendre en Samarie pour y être guéri par un prophète d’Israël c’est Elisé ( le disciple du prophète Elie). Naaman demande l’aval du roi araméen, qui écrit une lettre au roi d’Israël expliquant qu’il envoie son général Naaman afin d’être soigné de sa lèpre. Quand le roi d’Israël reçoit la lettre, il pense que c’est une provocation, voire une incitation à la guerre et il déchire ses vêtements dans un geste de deuil. Bientôt, il est visité par Elisée, qui lui demande pourquoi il est en deuil. Le roi explique, et Elisée répond avec confiance en ses propres pouvoirs de guérison: “Laissez cet homme (Naaman) venir à moi, et il apprendra qu’il y a un prophète en Israël!” (5: 8)

Deux narratifs se croisent ici. Alors pourquoi le miracle du pain? L’histoire de Naaman, le général araméen touché par le tsaraat, qu’Elisée guérit et convainc ainsi de la puissance de Dieu, raconte une histoire complète en 19 versets. Il nous reste à nous poser la question, pourquoi commençons-nous cette lecture avec les trois versets qui précèdent, alors que le récit du miracle d’Elisée de fabriquer des miches de pain donné suffit ?

Au début de l’histoire de Naaman, le commentateur Rachi nous fait comprendre que le texte énumère ici tous les miracles d’Élisée. Un lien entre les histoires nous aidera mieux à comprendre pourquoi l’un serait une introduction pour l’autre. Je pense que nous pouvons repérer la connexion en regardant la partie relativement simple de l’histoire : Naaman est frappé de tsaraat. Lors de sa capture d’une juive qui devient sa servante, celle-ci suggère à son maître d’aller voir le prophète Elisée, qui, en tant qu’homme de Dieu, sera à même de le guérir (il est intéressant qu’elle essaie de l’aider; le texte ne nous dit pas si c’était par espoir de gain pour elle-même, ou parce qu’elle avait des sentiments honnêtes et positifs pour lui. son maître).

Le général Naaman, malade, se tourne vers son roi afin de l’aider à convaincre Élisée de le guérir. C’est alors que le roi envoie beaucoup d’argent et des cadeaux au roi d’Israël, lui demandant de guérir Naaman. Le roi déchire ses vêtements en détresse, déduisant bien sûr que c’est un stratagème pour envahir et conquérir Israël, pourtant le prophète Élisée lui envoie un messager, lui promettant de soigner Naaman.

Ici, le texte nous indique que tout est question d’attentes. L’histoire devient plus intéressante une fois que Naaman arrive chez Elisée. Le prophète lui envoie un message (un acte qui souligne à quel point le prophète peut accomplir ce miracle avec désinvolture qu’il lui n’était même pas nécessaire de quitter sa maison) il va falloir se baigner sept fois au Jourdain.

Ici lee Texte nous montre que le général Naaman est admirablement transparent sur le fait que cela n’a pas répondu à ses attentes. Comme il le dit, dans le texte il s’attendait à un rituel : qu’Élisée viendrait le saluer, puis se livrerait à une prière vigoureuse et publique. « Pour se baigner dans une rivière, répond Naaman j’aurais pu le faire chez moi, là-bas, dans mon pays. »

La réponse de ses serviteurs semble tellement évidente qu’elle nous oblige à reconsidérer la position de Naaman. Ils soulignent que cet officier était prêt à accomplir de grandes tâches pour être guéri, si le prophète le lui avait demandé, alors pourquoi ne pas au moins essayer cette baignade dans le Jourdain?

Dans la perspective idolâtre, paienne et non-spirituelle, à travers Naaman, nous réalisons que pour eux, comme pour beaucoup de naïfs, les prêtres et les prophètes n’exercent leur pouvoir que par gestes flamboyants, ( mon maître André Néher parle dans l’Essence du prophétisme, du type magique), des gestes spectaculaires, par l’agitation des bras, des formules magiques, et par des miracles publics. Du coup, pour ce type d’audience, l’idée que la nature puisse être modifiée de manière si silencieuse leur paraissait si étrangère qu’elle ne pourrait être que ridicule. Les serviteurs de Naaman soulignent que cette attitude « magique » confirme les vérités, sans grande raison. Du coup son empressement à entreprendre des tâches difficiles qui seraient proposées par le prophète d’Israël et thérapeute devrait certainement se traduire par l’empressement à appliquer tout ce qu’il y a à faire, même les choses les plus complexes. Mon Dieu, quel naïf …….

Du coup, le scepticisme de Naaman ressort clairement du texte. Naaman s’exécute et se baigne sept fois dans les eaux du Jourdain, fleuve mineur et « minable » pour ce général qui aimait tant les fleuves de son pays.Pourtant, le miracle fonctionne et le Jourdain le guérit.

Coup de théâtre !!! Nous aurions pu prédire que Naaman, guéri de sa tsaraat, serait reconnaissant, mais il va plus loin, revenant vers le prophète Elisée, il déclare qu’il savait que Dieu (Hachém) est la seule divinité.

Le texte ne précise pas comment il est parvenu à cette conclusion (le Mechilta commentant la paracha de l’Exode Yitro note que Yitro (le beau-père de Moïse) lui-même a seulement dit que Dieu était plus grand que tous les autres dieux; puisque nous aimons Yitro, nous avons tendance à considérer cela comme signifiant qu’il acceptait également le monothéisme, mais la version de Naaman est beaucoup plus forte, plus proche de notre propre point de vue).

Revenons au récit préliminaire du pain : On peut peut-être répondre aux bizarreries de l’histoire de Naaman en se référant au premier miracle. Un homme donne à Elisée du pain en cadeau que le prophète décide de l’utiliser pour nourrir l’assemblée devant lui. Son assistant prétend que le pain ne suffira pas, mais Élisée est serein en répétant son ordre. Miraculeusement, le pain ne s’épuise pas. Ceci est similaire aux autres miracles que nous avons vus de ce qu’ pu réaliser ce prophète, comme par exemple où il avait fait assembler des pots à la veuve de Obadiah, puis avait continué à verser son pot d’huile jusqu’à ce qu’elle ait rempli tous ses pots.

C’est d’ailleurs,une version différente du miracle effectué par le prophète Élie, comme lorsque ce dernier a fait descendre le feu du ciel. Les miracles d’Elisée, ici, travaillent beaucoup plus près de la Nature. Il multiplie le pain, il demande à quelqu’un de se baigner (généralement un acte de nettoyage) afin de «nettoyer» la tsaraat. Je suppose que c’est ce minimalisme que Naaman a d’abord rejeté, mais qui l’a ensuite fortement influencé.

Notre haftarah propose ici d’observer les variétés de miracles et leurs pouvoirs persuasifs : Les polythéistes sont habitués aux dieux puissants; leur seule question est de savoir quel dieu est plus puissant dans quelle situation, afin de savoir qui adorer quand. Mais tous ces dieux, à leurs yeux, sont capables de vaincre la Nature, de se propager à travers l’ordinaire pour devenir miraculeux. Si Naaman avait été guéri par Elisée qui venait à lui, priant Dieu, agitant les mains puis assignant une tâche difficile, Naaman aurait reconnu Dieu comme « puissant », peut-être même plus puissant que son dieu araméen, mais pas comme le seul pouvoir de l’univers.

La capacité d’étendre la nature, de poser un simple geste comme se baigner dans le Jourdain et la convertir en source du miraculeux (capacité sur laquelle notre haftarah attire notre attention en précédant par l’histoire du miracle du pain), a couru directement contre les croyances de l’époque. L’Eternel n’a pas besoin de maîtriser la nature, Dieu est le Dieu créateur de la nature, et c’est l’Eternel qui établit les règles du fonctionnement de la nature elle-même.

En reliant cela à la lecture de la Torah, dans ce commentaire je ne traduis pas tsaraat. La lèpre est une maladie naturelle, traitée médicalement. Tsaraat est une maladie d’aspect physique, mais elle est déclarée et traitée par un cohen. La tsaraat de Naaman est également traitée par un prophète d’une manière contenant un élément naturel, mais qui est clairement une fonction de la Nature que personne à l’époque n’aurait pu comprendre. Pour eux, la plus haute preuve du pouvoir divin était la capacité d’intervenir dans la nature d’une manière qui ne la perturbait pas complètement, mais qui la poussait dans des directions qu’ils n’auraient pas pu imaginer aller.

Rabbi Michel Liebermann

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