Haftarah Bamidbar

5779 Haftarah Bamidbar

La haftarah est tirée d’Osée 2: 1-22.

Rabbi Michel Liebermann

La haftarah de Bamidbar, tirée du livre d’Osée, est une prophétie de la Rédemption. Afin de mieux comprendre le contexte, vite un rappel du début du livre d’Osée. Au chapitre I, Dieu demanda à Osée d’épouser une prostituée : “Va prends une femme se livrant à la prostitution et des enfants de prostitution car le pays ne fait que se prostituer en se détournant de l’Eternel“. (Os 1, 2). Osée obéit à Dieu et épouse Gomer, une prostituée de son pays. Avec Gomer, Osée à trois enfants. L’Eternel lui demande d’appeler son premier fils Yizréel, ce qui signifie “Dieu sème”, et sa fille Lo-Rouhamah “non aimée”. Quant au dernier fils, l’Eternel dit : “Appelle-le du nom de Lo-Ammi (“pas mon peuple”), car vous n’êtes pas mon peuple, et moi je n’existe pas pour vous”. La rupture entre l’Eternel et son peuple, comme entre les époux, semble consommée…

Dans les premiers versets, l’Eternel promet que le peuple d’Israël sera un jour aussi nombreux que les grains de sable de la mer. Ils seront reconnus comme étant des enfants du Dieu vivant, et les deux royaumes de Juda et Israël se réuniront, unis sous un seul dirigeant.

La métaphore de la femme égarée : Osée explique pourquoi Israël a besoin de rédemption en racontant l’histoire de son péché et de sa punition. Pour ce faire, il utilise une parabole d’un mari, d’une femme et de ses amants, représentant respectivement l’Eternel, le peuple d’Israël et les idoles. Dans le récit d’Osée, le mari est fidèle, sa femme joue constamment la prostituée. Croyant que ses amants sont responsables de sa vie riche et confortable, elle déclare: «Je vais poursuivre mes amants, qui fournissent mon pain et mon eau, ma laine et mon linge, mon huile et ma boisson» (2: 7). Le mari abandonné est dévasté et en colère. Sa femme ne réalise-t-elle pas que c’est lui qui lui fournit le grain, le vin, l’huile, l’argent et l’or? Il promet de bloquer son chemin pour qu’elle ne puisse pas retrouver ses amants. Quand elle décidera enfin de retourner auprès de son premier mari, il la punira: «Maintenant, je découvrirai sa honte à la vue même de ses amants… Je vais déchiqueter ses vignes et ses figuiers, ce qu’elle pense être une redevance qu’elle a reçue de ses amants… je la punirai »(2: 12-15).

Bien que trahi, le mari sera incapable de rester en colère pour toujours. Après avoir puni sa femme, il se tournera de nouveau vers elle amoureuse: «Je lui parlerai avec modération et la conduirai dans le désert et lui parlerai tendrement» (2:16).

À la fin de la haftarah, Osée parle plus explicitement de la façon dont cette histoire représente l’Eternel et Israël. Il explique que l’Eternel fera alliance avec le peuple, bannissant la violence et la guerre de la terre pour permettre au peuple de vivre en sécurité. Le prophète Osée revient au vocabulaire du mariage dans les dernières lignes de la haftarah: «Je te fiancerai pour toujours. Je vous fiancerai avec justice et justice et avec bonté et miséricorde. Je te fiancerai avec fidélité. Alors tu seras dévoué au Seigneur» (2: 21-22). Rappel liturgique, c’est la phrase que nous disons chaque matin en mettant les tefilines à cha’harit.

Dans un langage passionné et véhément, Osée déclare sa flamme à sa femme Gomer. « Je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. […] En ce jour-là, […] Tu m’appelleras : “Mon époux” et non plus : “Mon Baal” (c’est-à-dire “mon maître”). […] Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur » (Osée 2, 16. 18. 21).

La déception d’Osée, sa tristesse et sa colère n’ont pas raison de son amour, plus fort que tous les égarements. La situation conjugale de ce prophète vivant au – VIIIe siècle symbolise l’alliance de Dieu avec son peuple Israël, au moment où celui-ci sombre sur le plan moral, politique et religieux… Il se livre à la corruption, fomente des révolutions de palais, adore les dieux des autres peuples (les Baals).

Le salut et le rachat des fautes, l’amour qui pardonne courent dans ce texte qui est censé nous inspirer . Ce Dieu passionné pour sa créature perdue inaugure une alliance renouvelée qui ne se fonde plus seulement sur la justice et le droit mais également sur l’affection et la tendresse. Le prophète Osée révèle le visage d’un Dieu passionné qui aime son peuple, contre toute espérance, comme un époux aime son épouse, le bien-aimé sa bien-aimée, comme dit le Cantique des cantiques. C’est ce même amour qui est à l’œuvre quand il dit «Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu ; car tu t’es effondré par suite de tes fautes. […] Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit », conclut Osée (14, 2.5).

Les rapports avec la paracha et les nouvelles questions :La nature sauvage

Le nom hébreu du Livre des nombres est Bamidbar, qui signifie «dans le désert». C’est un titre approprié pour le 4ième Livre de la Thora qui relate le temps que les enfants d’Israël ont passé dans le désert: l’épisode de la caille après que le peuple se soit plaint de la manne, de la histoire des espions qui ont exploré la terre d’Israël, la rébellion de Koré. Ces histoires, et d’autres dans le Livre, décrivent à plusieurs reprises un cycle d’incrédulité en l’Eternel, de péché et de punition, qui a caractérisé les 40 années que les enfants d’Israël ont passées dans le désert. Mais, dans le livre d’Osée, il semble que la mémoire divine sur le désert ne soit pas si négative. En effet, dans la bouche d’Osée, l’Eternel espère que cet endroit sera propice à la réconciliation avec son épouse infidèle, le peuple d’Israël: «Là (dans le désert) elle répondra dans les jours de sa jeunesse, quand elle sera sortie du pays d’Égypte.”(2:17). Pour le prophète, l’Eternel pense à la période que les enfants d’Israël ont passée dans le désert, après avoir quitté l’Égypte, comme l’un des points saillants de sa relation avec Israël, à tel point qu’il considère le désert comme une bonne destination pour une «deuxième lune de miel».

Pourtant, dans la même haftarah, les images de la nature sauvage apparaissent dans un contexte peu positif. En décrivant comment le mari trahi punira sa femme, Osée promet: «Je vais la déshabiller et la laisser nue comme le jour de sa naissance. Je la ferai comme un désert, la rendrai comme une terre déserte, et la laisserai mourir de soif »(2: 5).

Alors, quel meilleur portrait de l’expérience des ancêtres dans le désert? Désolée, stérile, effrayante – comme suggéré dans la 1ière partie de la haftarah? Ou la proximité amoureuse avec l’Eternel – comme suggéré dans la 2nde partie de la haftarah?

Alors que nous commençons à lire le 4ième Livre de la Torah, plongeant dans les histoires de nos ancêtres dans le désert, la haftarah nous encourage à poser ces questions.

Le livre d’Osée se termine par un long poème où le prophète renouvelle à son épouse la promesse de leur amour. L’image de l’union conjugale est utilisée pour représenter l’alliance de l’Eternel avec son peuple. Une berit, alliance sans fin, qui traverse les épreuves et fait confiance à l’avenir.

Rabbi Michel Liebermann

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