haftarah behar

5779 haftarah behar la part de l’homme et la part divine

Jérémie 32: 6-27.

rabbi Michel Liebermann

La paracha Behar traite de nombreuses lois relatives à la possession de terres et à l’héritage. Dans la haftarah pour Behar, nous lisons comment une de ces lois affecte le prophète Jérémie et sa famille. À l’ouverture de la haftarah, Jérémie est en prison. Sédécias, le roi de Juda l’avait incarcéré pour avoir prophétisé que les Babyloniens l’emportant sur les Judéens, enverraient le roi et les habitants de la Judée en Exil. Rappelons que Sédécias devint roi de Judée en – 597, et son règne a pris fin en – 586, avec la destruction du 1er Temple. S’en suivit l’Exil des Judéens dans les terres Babyloniennes. L’histoire racontée dans cette haftarah se déroule pendant ces 9 années.

Être derrière les barreaux n’empêche pas Jérémie de recevoir la parole de Dieu. Il apprend, par voie prophétique, que son cousin Hanamel viendra lui demander d’acheter son terrain à Anathot, expliquant que Jérémie est «le prochain à le racheter par l’achat» (32: 7). Effectivement, Hanamel apparaît dans l’enceinte de la prison et fait exactement cette demande à Jérémie.

La logique derrière la demande de Hanamel provient de la paracha Behar: “Si votre parent devient pauvre et doit vendre une partie de sa terre, son plus proche parent viendra racheter ce que son parent a vendu” (Lévitique 25:25). Conformément à cette loi, si Hanamel vendait sa terre à une personne extérieure à la famille, il reviendrait à Jérémie de la “racheter”, car en la rachetant il pourra la garder dans la famille. Hanamel offre donc à Jérémie la possibilité d’acheter le terrain en premier.

Un achat c’est ici pour nous un symbole important !!!! Même si le royaume de Juda est assiégé et que l’Exil semble imminent, Jérémie accepte d’acheter la terre. Il pèse les 17 pièces d’argent pour Hanamel, rédige un acte de propriété, le scelle et le fait témoigner (vraisemblablement par d’autres prisonniers). Jérémie donne l’acte à Baruch, fils de Neriah. Il lui dit de prendre l’acte, ainsi que les lois écrites concernant l’achat de terres et l’héritage, et de les placer dans un pot en terre.

Dans la vente elle-même, Jérémie décrit l’annonce que l’Eternel lui avait faite la veille de la demande de Hanamel quant à exercer son droit de rachat. Jérémie le fait, s’efforçant de garder le document prouvant l’achat durable et perenne.

La prière de Jérémie, qui suit, note la grandeur de Dieu, en général et envers le peuple d’Israël, il admet que ces coreligionnaires ont violé l’alliance divine et sait qu’ils sont sur le point d’être punis par la conquête de Jérusalem et la destruction du Temple. Il termine en disant, et pourtant tu m’as commandé d’acheter le champ. Le premier verset de la réponse divine est rhétorique : “Je suis le Seigneur de toute chair, y at-il quelque chose que je ne peux pas faire?

Problèmes que vous avez peut-être déjà remarqués : rappel des 3 versets : « 12 Et je remis l’acte d’acquisition à Baruch…, sous les yeux de Hanaméel, fils de mon oncle, sous les yeux des témoins signataires de l’acte et sous les yeux de tous les Judéens qui se trouvaient dans la cour de garde. 13 Sous leurs yeux, j’ordonnai ceci à BarucH : 14 « Ainsi parle le Seigneur des armées, le Dieu d’Israël : Prends ces documents, cet acte d’acquisition, la partie scellée et la partie ouverte, et dépose-les dans un vase en terre cuite, pour qu’ils se conservent longtemps ; 15 car, ainsi parle le Seigneur des Armées, le Dieu d’Israël : Dans ce pays, on achètera encore des maisons, des champs et des vignes. »

Le verset 15 semble être la clé des nombreux problèmes que notre résumé aurait dû soulever. Le texte traditionnel le distingue des précédents et des suivants, et Jérémie le préfigure avec son propre «Pour ainsi dit le Seigneur des armées», alors qu’il l’avait fait au verset 14. De plus, la perplexité de Jérémie nous déroute. Il se demande pourquoi l’Eternel lui ordonne d’acheter le terrain à un moment aussi terrible de l’histoire d’Israël, alors qu’il devrait déjà connaître la réponse: l’Eternel lui demande de faire un acte de emouna, de foi en public dans ce domaine qu’est l’immobilier, afin de souligner que l’Exil dans lequel Israël rentre ne sera pas permanent. C’est le signe que cela n’est pas un abandon complet de l’Eternel.

La réponse divine ne nous éclaire pas complètement, ni la partie que nous lisons ni sa totalité. Elle répète à peu près des idées que même nous savons déjà, puisqu’elles figurent déjà dans le texte: les Judéens sont sur le point de subir le châtiment qu’ils méritent pour leurs péchés, mais ils seront, à l’avenir, rétablis dans leur pays.

La seule ligne de la réponse divine que nous lisons met en lumière le problème, puisque Dieu dit: «Je suis le Seigneur de toute chair, y at-il quelque chose que je ne peux pas faire?», Un langage que Jérémie avait explicitement utilisé dans sa prière.

Voici que le voile se retire lentement : Radak suggère le fait que Jérémie n’a pas été informé (par voie prophétique) de l’achat du terrain. Cela affecte notre compréhension de la prophétie en général – l’annonce faite aux prophètes par l’Eternel, la compréhension et la gestion du message, etc – mais ce n’est pas un élément central dans notre haftarah.

L’idée que l’Eternel ne révèle que lentement ce qui se passe à Jérémie offre cependant une explication à la prière du prophète et de la réponse divine que nous avons lue. Une des raisons pour lesquelles l’Eternel peut révéler lentement le plan à Jérémie était inconcevable, même pour un prophète. Jérémie comprend ce qu’on lui dit à chaque étape et obéit, mais c’est tout cela est littéralement incroyable pour lui. Sa prière (et maintenant nous comprenons son hésitation) ne vise pas à remettre en question le pouvoir divin, mais le sens de ce que lui, Jérémie, était en train de vivre, de raconter.

Il s’agit avant tout de la réhabilitation après la destruction : c’est une idée radicale. Jérémie peut comprendre que l’Eternel crée le monde et prodigue Ses bontés à tous. Une partie de ce monde est également lié à un système de justice et Jérémie ne voit pas comment l’Eternel va pouvoir réhabiliter une société pécheresse (les Judéens) laquelle va devoir payer lourdement ses fautes en partant dans l’Exil babylonien, expier puis réparer les nombreuses fautes commises.

Dieu a pris les paroles de Jérémie comme le début de sa réponse pour devenir plus pointues. Jérémie voulait dire que seul l’Eternel peut réaliser, physiquement, tout ce qu’il veut, tout en informant Jérémie de la conception divine du monde, et que la compréhension du bien et du mal surpasse totalement (en réalité, est incomparable) celle de l’humain. Ici, le prophète ne voit pas pourquoi l’Eternel lui parle de l’achat et la vente de terres. C’est parce qu’il ne comprend pas pleinement le discours divin.

C’est un lien plus profond avec la lecture de la Torah concernant le rachat des terres. La Torah fonde ces lois sur l’affirmation que nous ne pouvons pas vendre la terre de façon permanente, car elle appartient à l’Eternel.

Nous avons probablement tendance à expliquer les lois de l’année du Jubilé comme étant l’exemple d’une préoccupation juive en matière de justice sociale. Il se peut cependant que la Torah veuille bien dire ce qu’elle dit, que ces lois soulignent que la Terre appartient à l’Eternel, et les juifs en sont les locataires. Puisque locataires sur la terre d’Israël, cela explique pourquoi ils seront ramenés sur cette Terre alors même que, de plein droit, leurs péchés auraient pu les condamner à disparaître de la surface de la terre. Cependant, le rôle d’Israël dans le pays ne dépend pas uniquement des droits et des mérites, il découle également de la place qui lui est assignée dans l’histoire du monde. La haftarah, dans cette lecture, s’appuie sur l’emphase que met la Torah : que notre manière d’agir sur la Terre répond, comme disent les cabalistes, au moyen de donner une réalité physique à ce lien entre l’Eternel et le monde. C’est pour donner un sens physique à cette idée qu’il nous est interdit d’acheter et vendre à perpétuité. C’est aussi ce qui nous sauve également par le rappel de notre responsabilité de nos actions. Et c’est ce mystère que Jérémie n’a pas compris au début, qui l’a amené à prier l’Eternel dans notre haftarah en disant «17 « Ah ! Seigneur mon Dieu, c’est toi qui as fait le ciel et la terre par ta grande force et ton bras étendu, et rien n’est impossible pour toi. 18 Tu montres ta fidélité à des milliers, mais la faute des pères, tu la fais payer à leurs fils après eux. Le Dieu grand, le valeureux, son nom est “Le Seigneur des Armées”.

Au début de la haftarah, quand Hanamel arrive, Jérémie note qu’il a alors su que c’était la parole divine. Cela semble étrange de la part d’un prophète. La veille, il a une vision de la venue de son cousin, et ce n’est que lorsque cela devint réalité qu’il sait que cela provient de l’Eternel !?

Radak suggère que Jérémie disait qu’il avait seulement compris que l’Eternel voulait qu’il achète le champ quand Hanamel serait arrivé. Radak a remarqué que la veille, l’Eternel lui avait seulement dit que Hanamel venait lui demander d’acheter le terrain, mais ne lui a pas expliqué comment réagir. Si Radak a raison, cela semblerait vouloir dire que l’Eternel demande aux prophètes de comprendre par eux-mêmes certains aspects de leur mission, une idée stimulante qui peut être appliquée à de nombreuses parties de l’Écriture. Pour que cela fonctionne ici, nous devons supposer que le verset 14 indique que l’Eternel demande à Jérémie de mettre l’acte dans des vases d’argile, ça c’est le moment public lié à la prophétie. Cette décision n’est possible qu’après que Jérémie eut décidé d’acheter le terrain lui-même, c’est son initiative. Cela nous permet de savoir quelles sont ici les parts de la prophétie promulguées par l’Eternel et lesquelles sont déterminées par le prophète lui-même.

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