haftarah bé’houkotaï

5779 haftarah Be’houkotay

extraite de Jérémie 16: 19 17: 14.

Rabbi Michel Liebermann

Jérémie prophétise sur plusieurs thèmes dans une période relativement courte. De nombreux érudits, réagissant au caractère discontinu de cette partie du Livre, suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une série de dictons tirés des notes de Jérémie par son fidèle assistant Barou’h.

La haftarah commence par une brève section dans laquelle Jérémie explique comment l’Eternel est toujours présent pour le peuple. Ceux qui se tournent vers des idoles ou des «non-dieux» (19:20) apprendront finalement le pouvoir du Seigneur. Ensuite, Jérémie accuse le peuple d’Israël pour ses péchés et le prévient qu’il sera puni en perdant sa terre héritée. Il s’en suit une discussion sur la terre avec une métaphore impliquant des arbres. Un homme qui ne fait confiance qu’aux autres hommes est maudit, comme un buisson dans le désert, explique Jérémie, ne voyant jamais le bien venir et demeurant isolé. Un homme qui vit dans la confiance en l’Eternel est béni comme un arbre planté non loin d’une source d’eau, ses racines atteignant une rivière, ses feuilles toujours vertes, ses branches produisant des fruits sans fin. Jérémie rappelle que le cœur humain est trompeur, et que l’Eternel connaît ses voies et punira ceux qui acquièrent des richesses injustement. La haftarah se termine par une courte prière pour la guérison; une version adaptée de cette prière est maintenant intégrée à la Amidah en semaine. La prière de guérison de Jérémie continue en réalité à être une prière plus longue visant la destruction de ses ennemis, ici elle a été tronquée pour que la haftarah se termine sur une note positive.

Alors, qu’est-ce qui conduit les juifs à rater des vérités que d’autres Nations comprennent ?

Au lieu de couvrir l’ensemble de la haftarah, je prends quelques thèmes que je n’ai jamais abordés auparavant. Les 2 premières unités, c-à-d. les 3 derniers versets du chapitre 16 et les 3 premiers versets du chapitre 17, ont des orientations différentes, la combinaison donne un point surprenant. La 1ère unité Jérémie se plaint de la possibilité qu’à l’avenir d’autres Nations réaliseront la vacuité de leurs objets de culte (qu’elles soient réellement des idoles ou non), tandis que les Juifs ne se repentiront pas pleinement de leurs fautes.

L’unité suivante (chap 17) explique à quel point les Judéens sont profondément enracinés dans ces péchés, d’ailleurs le Talmud cite l’opinion de Rabbi Yehouda au nom de Rav, à savoir que les Judéens ont commencé à adorer des idoles uniquement pour pouvoir se livrer à une sexualité débauchée. Cela signifie-t-il qu’ils étaient prêts à commettre un crime plus grave afin d’éviter d’être réprimandé pour un crime moins grave (idolâtrie versus débauche sexuelle)?

C’est un triste choix que l’on fait aujourd’hui aussi, en travaillant dur pour éviter de faire face à ses travers et ses torts, en finissant par en commettre des bien pires – ou cet idole !! Le culte offrait de bonnes possibilités de relations sexuelles illicites, le Talmud nous dit que la motivation initiale du culte des idoles n’était donc pas le culte idolâtre lui-même.

Quel que soit son commencement, le Talmud interprète le verset indiquant que les Judéens ont finalement développé un culte et une affection profonde pour ces idoles, comme s’ils étaient proches parents. Cela nous rappelle qu’une fois que nous avons lancé certaines actions, pour quelque raison que ce soit, elles peuvent facilement devenir une attraction à elles seules, longtemps après la disparition du stimulus initial. Ainsi, par exemple, des psychologues soulignent que les personnes qui mangent, fument ou regardent la télévision afin d’échapper au stress peuvent souvent se retrouver encore empêtrées dans ces activités longtemps après la disparition du stress. Ah l’habitude !!!!

Suivez l’analyse, l’équation n’est pas simple à écrire : Prises ensemble, ces 2 premières unités impliquent pour qu’un avenir soit possible dans le monde, le peuple juif lorsqu’il est pris au piège par une idée (une idée prise au départ pour une raison subsidiaire, telle que l’accès accru aux interactions sociales, carrières, courses aux honneurs) après y avoir adhéré, même après que les Nations qui avaient promue cette idée à l’origine l’abandonnent, le peuple juif réalise sur le tard que c’était du pur mensonge et doit, à son tour l’abandonner!! Oui, pour Jérémie, c’est vraiment une expérience frustrante à contempler. Idem pour le juif attentif travaillant ses midot (ses vertus).

Transformer la théorie en pratique et faire confiance à l’Eternel. Deux des 4 versets suivants sont bien connus des Pirké Avot, Éthique des pères. »Rabbi Eléazar ben Azariah disait : celui dont la science surpasse les œuvres ressemble à un arbre qui a beaucoup de branches et peu de racines, vienne une tempête, il est déraciné et jeté à terre» (Avot 3; 18) Le texte les cite comme preuve de son affirmation selon laquelle celui dont la “sagesse dépasse ses actions” est comme un arbre avec trop de branches pour ses racines.

Voir le verset dans son contexte rend la Michna problématique, puisque le prophète se réfère à quelqu’un qui fait confiance aux gens et détourne son cœur de l’Eternel. Une telle personne, selon Jérémie, sera comme un arbre vivant dans des conditions hostiles. Je cite le verset : 17:5 « Ainsi parle l’Eternel : maudit soit l’homme qui met sa confiance en un mortel, prend pour appui un être de chair, et dont le coeur s’éloigne de Dieu….il aura pour demeure les régions calcinées du désert, une terre couverte de sel et inhabitable »

Deux choix : Face à de telles situations, nous avons 2 choix valables: séparer les 2 commentaires, affirmant que Jérémie a fait une remarque et que la Michna est distincte et toutefois également légitime. Ou bien, nous pouvons trouver une plus grande unité entre les 2 approches. Je préfère la 2nde stratégie lorsque cela est possible, pour sa plus grande élégance. Je suppose que la personne dont la sagesse dépasse ses actes a mal compris la valeur de la sagesse. Alors que dans le monde on pense que l’érudition, l’intelligence et le savoir sont des valeurs inhérentes, les Maximes des Pères nous dit que l’intérêt de la sagesse est «l’application à l’amélioration du monde». Celui qui agit ainsi s’enracine dans sa sagesse et la fonde sur la question importante et réelle qu’est l’amélioration de ce monde (chez les cabbalistes tikoun olam). Cette perspective de sagesse, me semble-t-il, découle d’une vision du monde fondée sur la emouna, la confiance. Ceux qui gardent l’Eternel dans leur analyse de la vie et du monde sont plus susceptibles de percevoir la valeur de la sagesse dans ce qu’elle agit pour autrui.

Si relier la sagesse à l’action est un signe de émouna, nous comprenons les paroles de Jérémie , ainsi que l’application du Pirké Avot. Les Judéens de l’époque de Jérémie n’ont pas construit leur vision de l’avenir en gardant l’Eternel à l’esprit. La sécurité, la sagesse, la richesse étaient autant de questions prises en compte pour elles-mêmes, sans une vision plus large, incitant à mettre l’accent sur la sagesse avant l’action, car la sagesse déterminerait la sécurité des personnes. C’est l’erreur !!!! Jérémie exhorte ses auditeurs à faire autrement, comme le firent les rabbis des Pirké Avot, et comme nous pouvons l’apprendre nous-mêmes aujourd’hui.

Argent et confiance en l’Eternel: La dernière Michna de Peah cite le verset sur la confiance en Dieu pour soutenir son affirmation selon laquelle «celui qui lutte pour ne pas dépendre de la charité même quand il est autorisé (mais peut, avec effort, vivre sans elle) finira par devenir riche et pourra soutenir les autres.» Une partie de la confiance en l’Eternel consiste à éviter de faire de l’autre une source de subsistance.

En tenant compte de tout ce que nous avons vu ici, nous voyons la question de la confiance en l’Eternel, de guider nos actions par notre émouna et par aucune autre norme, c’est la clé pour le type de résultats que nous souhaitons. Que ce soit pour atteindre de l’argent, de la sagesse ou autre, il existe une voie sainte et une voie nonpieuse, et il nous appartient de choisir judicieusement.

L’avant-dernier verset parle de l’Eternel comme un mikveh, une source de purification qui implique de s’immerger. Cela signifie une purification de soi dans laquelle la personne joue un rôle actif, celui défini dans la haftarah ; trouver le moyen d’entrer dans les bonnes grâces divines par nos propres actions, par la confiance en l’Eternel et les enseignements que procure la Thora.

Connexion à la paracha : La paracha Be’houkotay termine le livre de Lévitique par une série de bénédictions et de malédictions. Les bénédictions seront accordées à ceux qui obéissent à l’Eternel et à ses commandements. Les malédictions arriveront à ceux qui sont désobéissants. Bien que la haftarah aborde de nombreux sujets, l’image centrale est celle de l’homme maudit devenant un buisson sec et de l’homme béni devenant un arbre luxuriant. Alors, faisons le bon choix.

Rabbi Michel Liebermann

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