Haftarah bo

Haftarah bo

La Haftara relative à la Paracha Bo est issue du livre de Jérémie, et plus particulièrement à la fin de ce livre, lorsque Jérémie s’adresse aux nations du monde. Il s’agit du dernier texte retenu dans le livre de Jérémie pour figurer parmi les Haftarot. Nous assistons à nouveau dans cette Haftara à l’annonce de la défaite prochaine de l’Égypte face à la nouvelle puissance mondiale de l’époque, l’empire chaldéen ou babylonien à la tête duquel règne Nabuchodonosor. Les versets qui précédent notre Haftara évoquent une grande bataille historique qui eut lieu à Karkemich, et opposa les Babyloniens et les Egyptiens. Cet affrontement se solda par la défaite des Egyptiens qui entamèrent alors leur déclin définitif dans l’histoire des nations. Notre Haftara évoque une attaque ultérieure lancée par Nabuchodonosor contre l’Egypte et qui scellera définitivement la chute de ce pays, dont le peuple sera décimé et exilé pendant 40 ans. A l’approche de ces confrontations historiques majeures, le prophète Jérémie s’adresse à l’Egypte et les avertit de cette défaite imminente.

Liens entre la Haftara et la Paracha : La Haftara et la Paracha présentent toutes deux les punitions infligées à l’Egypte par l’Eternel. Celles-ci sont annoncées à chaque fois par les émissaires de l’Eternel, Moïse dans la Paracha et Jérémie dans la Haftara. En effet, ceux-ci insistent bien sur la nature divine de ces punitions, d’une part les dix plaies, et d’autre part la victoire de Nabuchodonosor qui n’est que l’intermédiaire dont se sert l’Eternel pour sanctionner l’Egypte. Nous pouvons relever d’autres points communs. Tout d’abord, dans les champs lexicaux employés alors que la Paracha évoque la huitième plaie des sauterelles, la Haftara compare les soldats babyloniens à une invasion de sauterelles. De même, la défaite de l’Egypte est annoncée par l’Eternel par des déclarations solennelles au contenu très proche : « Je parcourrai le pays d’Égypte, cette même nuit ; Je frapperai tout premier-né dans le pays d’Égypte, depuis l’homme jusqu’à la bête et Je ferai justice de toutes les divinités de l’Egypte, moi l’Éternel ! » (Chémot, 12-12) Et dans notre Haftara : « L’Eternel-Cébaot, le dieu d’Israël, a dit : Voici, Je vais sévir sur Amon [divinité] de Nô, sur Pharaon et sur l’Egypte, sur ses dieux et ses rois, oui, sur Pharaon et sur ceux qui mettent leur confiance en lui. » (Jérémie, 46-25) Dans les deux textes, l’Eternel assure le peuple juif de Sa protection et de sa libération prochaine. Rappelons-nous ainsi ces mots de Jérémie : « Pour toi, ô Mon serviteur Jacob, ne crains rien ; ne sois point alarmé, ô Israël ! Car Mon secours te fera sortir des régions lointaines et tes descendants de leur pays d’exil. Jacob reviendra, et il jouira d’une paix et d’une sécurité que personne ne troublera. »

L’écho de la Haftara Un verset de notre Haftara a notamment donné lieu à une belle interprétation talmudique. Il s’agit d’un verset évoquant les montagnes de Tabor et de Carmel : « Aussi vrai que J’existe, dit le Roi, qui a nom Eternel-Cébaot, pareil au Tabor, parmi les montagnes, comme le Carmel qui s’avance dans la mer, il va venir, [l’ennemi vainqueur]. »(Jérémie, 46-18). Dans le traité talmudique de Méguila (29), les Sages nous enseignent que lorsque la Torah devait être promulguée devant l’ensemble des Bné Israël, les montagnes de Tabor et Carmel désirèrent ardemment être le lieu de cette révélation. Toutefois, comme chacun sait, l’Eternel choisit le mont Sinaï pour cet évènement unique. Ce choix a été motivé, nous disent nos rabbis, en raison de la simplicité et de la modestie de cette montagne. Ces vertus sont en effet essentielles à quiconque souhaite étudier et s’imprégner de l’esprit de la Torah. Mais il n’en demeure pas moins que l’intention de ces deux montagnes était digne de louanges, et elles en furent récompensées. Nos rabbis nous disent en effet qu’elles ont été déracinées de leur emplacement d’origine (hors d’Israël) et replantées en Israël. En outre, dans la Haftara de Béchala’h, nous voyons que les Hébreux ont été sauvés miraculeusement sur le mont Tabor à l’époque de la prophétesse Déborah ; et, à l’époque du prophète Elie,, le mont Carmel fut le lieu de la proclamation de l’unité de l’Eternel. Aussi, nos Sages en concluent, par un raisonnement « a fortiori », que si ces montagnes ont eu le mérite d’être déplacées miraculeusement en Israël pour avoir simplement voulu être un lieu d’enseignement de la Torah, alors à plus forte raison, les synagogues et les lieux d’étude, où l’on étudie concrètement la Torah en permanence, seront eux aussi déplacés en Israël à l’époque messianique !

Cet enseignement de nos Sages peut nous rappeler deux leçons particulièrement profondes. Tout d’abord, l’éminente sainteté des synagogues et des lieux d’étude qui sont comparés dans notre tradition au Beth Hamikdach, au Temple, en miniature. En effet, ces lieux, à travers les prières et les études qu’elles abritent, irradient sur le monde une sainteté très forte que nous avons probablement du mal à mesurer. Voilà pourquoi nos Sages accordent également une importance si forte à l’exigence de se comporter avec respect et concentration en leur sein. En outre, nous pouvons également mesurer l’amour qu’Hachem porte à chacun d’entre nous qui aspirons à être les porteurs de Son enseignement, de Sa Torah. En effet, Hachem a récompensé les montagnes de Tavor et Carmel uniquement pour leur bonne intention. Et, de fait, cette bienveillance s’applique également aux hommes qui sont récompensés ne serait-ce que pour une intention positive, et même pour une simple volonté de s’amender et de s’orienter vers le bien.

Comme nous l’enseigne notre tradition : « Ra’hamana ‘Hafèts Liba », l’Eternel désire le cœur. Il s’agit avant tout de ressentir avec son cœur l’envie de nous rapprocher de l’Eternel et de Sa Torah. Aussi, il faut développer « un cœur intelligent » comme nous y invite nos Sages, un cœur qui reconnaît le « Emet » (le Bien, le Vrai) et qui souhaite s’en rapprocher. Le mauvais penchant souhaite parfois nous décourager, nous faire croire que seuls les résultats comptent et que sans cela, nos efforts ne valent rien. L’enseignement que nous venons de rapporter souligne au contraire que toutes nos bonnes intentions sont portées à notre crédit, même si certaines circonstances ne nous ont pas permis d’atteindre un résultat concret. Cela ne doit évidemment pas nous amener à baisser nos efforts et à nous en tenir à des déclarations d’intention sans lendemain. Il faut bien sûr persévérer, prier pour obtenir les résultats souhaités. Mais l’histoire de ces montagnes, tout comme la conclusion de notre Haftara, doit ancrer en notre cœur la relation privilégiée que nous avons avec l’Eternel, l’amour infini qu’Il porte à chacun de nous, comme à « un fils unique » nous disent nos Sages. Cet amour que l’Eternel nous témoigne doit nous donner la force de ne jamais nous décourager face aux évènements de la vie, nous donner la conviction, même si le sens de certains évènements nous échappe, que nous ne sommes pas seuls, et que Celui qui se tient à nos côtés veille sur nous avec une bienveillance éternelle. Nous ne trouverons probablement pas de meilleure conclusion que ces mots de Jérémie (46, 27-28) : « Pour toi, ô Mon serviteur Jacob, ne crains rien ; ne sois point alarmé, ô Israël ! Car Mon secours te fera sortir des régions lointaines et tes descendants de leur pays d’exil. Jacob reviendra, et il jouira d’une paix et d’une sécurité que personne ne troublera. Non, toi, tu n’as rien à craindre, mon serviteur Jacob, dit l’Eternel, car Je serai avec toi. »

ut Nullam velit, elementum accumsan at id ut risus