haftarah emor

5779 haftarah Emor, Lévitique 21: 1 – 24:23

haftarah est tirée de Ezéchiel 44: 15-31.

Rabbi Michel Liebermann


Ezéchiel prophétise sur les règles à suivre par les cohanim, les prêtres qui serviront lorsque le Troisième Temple sera reconstruit à une date ultérieure indéterminée et apocalyptique. Il précise que les prêtres doivent porter des vêtements spécifiques et qu’ils doivent garder leurs cheveux bien coupés. Ils ne peuvent pas boire de vin pendant l’exercice de leurs fonctions sacerdotales et il leur est interdit d’épouser des femmes divorcées, converties ou veuves.

Les cohanim décrits par Ezéchiel sont chargés d’enseigner au peuple d’Israël ce qui est sacré et ce qui est profane, ce qui est pur et ce qui est impur. Ils agissent en tant que juges pour le peuple, statuant selon la Torah. Il leur est interdit de s’approcher d’un cadavre à moins qu’il ne s’agisse du corps d’une personne appartenant à leur famille proche. Enfin, l’Eternel stipule que les cohanim ne devraient pas recevoir un territoire sur la terre d’Israël. (il n’y a pas de territoire attribué à l’ensemble de la tribu de Lévi) L’Eternel est leur part, les cohanim participent aux sacrifices et bénéficient de certaines dîmes.

Connexion à la paracha Emor, Moïse explique les règles du sacerdoce. Dans la haftarah, Ezéchiel est ici le messager entre l’Eternel et le peuple, donnant également les lois aux prêtres. Ces récits parallèles mettent l’accent sur l’idée de continuité à partir du temps de la Révélation de Torah jusqu’aux derniers prophètes.

La haftarah de cette semaine se concentre sur le comportement des cohanim du futur. Bien que la correspondance avec la discussion d’ouverture de la lecture de la Torah sur les règles applicables aux prêtres soit claire, ces chapitres nous interpellent dans leur représentation, car ils diffèrent de manière importante de ce que nous voyons dans la Torah et le Livre des Rois, où est décrit le Temple du roi Salomon.

Les commentateurs abordent cette divergence de deux manières. Rachi, faisant écho au Talmud, tente de réconcilier les paroles d’Ézéchiel avec la loi juive, comme l’indique la littérature rabbinique. Cela est manifestement nécessaire pour les versets où Ézéchiel semble prophétiser que le 3ème Temple «violera» certaines lois bien acceptées.
Puisque la tradition croyait fondamentalement que la Torah donnée à Moïse sur le Sinaï ne changerait pas, elle ne pouvait pas non plus imaginer qu’Ézéchiel prédirait une abrogation de certaines de ces lois.

Nous pourrions toutefois limiter cette règle en notant les occasions où des événements ultérieurs révèlent qu’une loi apparemment sans équivoque pouvait être adaptée. Un exemple célèbre est l’explication de Nachmanide selon laquelle nous utilisons couramment des noms babyloniens pour les mois du calendrier, bien que la Torah nous oblige à faire du mois de la sortie de Mitsrayim le premier de ces mois (c.à.d. nissan). Il dit que les événements ont montré que la Torah signifiait en réalité que nous devrions avoir le calendrier qui reflète nos divers échanges, pas seulement le premier en provenance d’Égypte. (rappelons que si comptons les années en 5779 etc, ce calendrier-là à été fixé à l’époque de Hasmonéens, afin de se démarquer du calendrier grec de l’époque)

Il est donc possible que lors de la construction du 3ème Temple, le Sanhédrin découvre que les paroles d’Ezéchiel ne contredisent pas réellement les déclarations antérieures de la loi juive, mais montrent une nouvelle gamme de permissivités qui était toujours latente dans cette loi. Pour Rachi/Talmud, nous pourrions donc considérer Ezéchiel comme faisant pleinement partie de la tradition ou montrant une nouvelle approche de ce que la tradition voulait dire.

Pour Radak: les règles du jeu vont changer : Je trouve l’approche de Radak plus convaincante sur le plan textuel que théologique. Radak suppose qu’Ezéchiel note régulièrement de profondes différences de pratiques entre le 3ème Temple et les 2 premiers. Certaines d’entre-elles sont assez banales, telles que les dimensions du Temple, qu’il considère comme plus grandes que les autres. Puisque le Temple de Salomon était beaucoup plus grand que le Tabernacle dans le désert, nous savons déjà que les dimensions ne sont pas fixes, mais les proportions, oui. Je me suis longtemps demandé si même les dimensions d’Ézéchiel suffiraient pour ce qui sera un jour le 3e Temple, étant donné le nombre de personnes supplémentaires dans le monde.

MATHEMATIQUES : De nombreuses sources suggèrent que le 1er Temple n’a tout simplement pas desservi autant de monde. La Michna de Pessa’him parle d’offrir le sacrifice de Pessah à trois groupes d’au moins 30 animaux, et le Talmud parle d’années où ils n’auraient pas pu en avoir autant. En admettant que pas moins de 50 personnes aient pu partager un agneau, ce nombre ne représente que 4 500 personnes. En supposant que, dans une bonne année, vous ayez eu trois groupes de 100 animaux, cela ne représente que 15 000 personnes. Bien que je ne veuille jamais sous-estimer l’apathie possible du judaïsme mondial, j’imagine toujours qu’un futur Temple aurait plus de 15 000 personnes venant à Jérusalem pour célébrer Pessah (à plus forte raison, les autres fêtes). Donc, il me semble qu’il devrait être beaucoup plus grand qu’il ne l’était. A plus forte raison, la gestion de centaines de milliers de pèlerins. (On voit bien l’organisation de pèlerinages dans d’autres spiritualités qui se comptent par centaines de milliers des personnes).

Notre haftarah pourrait également faire référence à un changement volontaire. Si, comme le dit Radak, les cohanim du futur décideraient volontairement de ne pas épouser des femmes divorcées, converties ou veuves, tel qu’il est mentionné dans la loi juive. Nous nous demandons seulement pourquoi ils feraient ce choix, quelle est la valeur qu’ils y verraient ?

Les rôles peuvent-ils changer avec le temps, au sein des modèles traditionnels ?

Puisque je trouve Radak tellement plus proche de ce que le texte semble vouloir dire, si je pouvais trouver une lecture théologiquement correcte du texte dans son cadre, je le préférerais. Ici, Ezéchiel se réfère aux cohanim à la fois en tant que Lévites et en tant que fils de Tzadok, le premier prêtre à avoir réellement servi dans un Temple.

D’autres aspects de la haftarah suggèrent que le futur Temple, malgré toute son importance, serait en grande partie séparé de la vie ordinaire de la plupart des gens. Si tel est le cas, même si les prêtres continueront de célébrer le service du Temple, ils pourraient identifier d’autres aspects de leur travail comme étant plus centraux, tels que l’enseignement au sein des communautés. Le grand-prêtre Tzadok, qui a commencé sa vie en tant que cohen-enseignant est ensuite devenu une partie clé du rituel du temple ; d’une certaine façon, il sert de modèle pour jeter un pont entre les deux mondes.

La séparation des cohanim : Bien que cela les placerait plus fréquemment parmi le peuple, leur lien étroit avec le Temple – à la fois sur le plan professionnel et sur le plan de l’identité – pourrait leur faire comprendre la nécessité de maintenir une distance par rapport à la collectivité. Certaines de ces méthodes pourraient consister à n’épouser que des femmes qui n’ont jamais été mariées ou qui sont fermement ancrées dans le style de vie de cohen et s’y sont habituées. Dans les deux cas, le cohen doit s’attendre à ce que son épouse soit suffisamment souple pour s’adapter et adopter les conditions de vie très différentes de la vie cohanique.

Le fait que Ezéchiel insiste sur le fait que les cohanim n’ont « aucune part en Israël », qu’ils dépendent des dons faits à l’Eternel pour leur subsistance, nous montre l’autre moitié de ce problème. Dans un futur Temple, si le service lui-même ne doit pas être le point culminant de la religiosité, les cohanim seront obligés de s’impliquer davantage dans la société tout en maintenant leur identité distincte. Les questions financières les mettent également en difficulté, car ils comptent sur les autres pour subvenir à leurs besoins, tout en travaillant sur leur séparation.

Le dernier verset de la haftarah propose un casse-tête similaire, affirmant que les cohanim ne peuvent manger ni animaux ni oiseaux non-abattus rituellement, ce qui est également interdit pour tous les Juifs.

Rachi, en plein Moyen-Âge, affirme qu’il faut insister sur ce point, car dans le Temple, ils étaient autorisés à manger des sacrifices qui n’étaient pas été tués de cette façon. Ici aussi, nous voyons la question de l’équilibre auquel feront face les futurs cohanim, sachant quand ils seront séparés des autres Juifs en vertu de leur service au Temple, et quand se mêler et rejoindre le reste de la communauté. Un défi que nous devrons affronter, car il faudra aider nos guides à tirer des conclusions pour que l’harmonie reste présent selon l’écho de nos textes. Le cohen, je le rappelle, est aussi le modèle des Maximes des Pères : disciple de Aaron en ce qu’il aime la Paix et qu’il poursuit la Paix.

Rabbi Michel Liebermann

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