Haftarah Vayigach

5779 Haftarah Vayigach

Ezechiel XXXVII : 15-28.

Rabbi Michel Liebermann

La lecture de la Haftarah remonte au deuxième siècle avant l’ère chrétienne, à l’époque de l’empire grec. Nos ennemis ont reconnu la vitalité de la Torah et nous ont interdit de lire la partie hebdomadaire de la Torah (la paracha). En réponse, les rabbins d’alors ont substitué la lecture d’un extrait des prophètes, plus connu sous le nom de Haftarah. Ils ont soigneusement choisi des sections spécifiques des Prophètes qui correspondent à la paracha hebdomadaire et entendaient par là capter les leçons de cette partie de la Torah. Bien que la lecture de la Torah ait été restaurée, la Haftarah reste une partie intégrante de l’expérience de chabbat et de Yom Tov.

Pour ma part, je reste très sensible à l’appel prophétique que proposent nos textes de la haftarah. Il n’y a rien de plus fort que l’amour de ces prophètes pour le peuple. C’est par leur appel à la justice sociale, au respect du rituel, ainsi qu’avec leurs admonestations et en même temps les sublimes paroles consolatrices, qu’ils ont accompagné le peuple scindé dans les deux royaumes. Rarement écoutés, entendus et compris, les prophètes restent nos maîtres intemporels.

Ezéchiel XXXVII : 15-28.

La haftarah de cette semaine mentionne la fusion des royaumes de Juda et de Joseph au moment de l’avènement de l’ère messianique, faisant écho au début de la lecture de la Torah de cette semaine: “Et Juda s’approcha de lui [Joseph]“.

Le prophète Ézéchiel partage une prophétie qu’il avait reçue, dans laquelle l’Eternel lui ordonna de prendre deux bâtons et d’en écrire un: “Pour Juda et pour les enfants d’Israël, ses compagnons” et pour l’autre “Pour Joseph, le bâton de Éphraïm et toute la maison d’Israël, ses compagnons.” Après cela, il a été invité à les rapprocher les uns des autres et Dieu les a fondues dans un bâtonnet.

L’Eternel explique à Ezéchiel que ces bâtons symbolisent la Maison d’Israël, qui était divisée en deux royaumes (en étant d’ailleurs souvent en guerre): le Royaume du Nord établi par Jéroboam, membre de la tribu d’Éphraïm, et le Royaume du Sud, qui resta sous le règne de la dynastie davidique (judéenne) avec Jérusalem comme capitale. La fusion des deux bâtons représente la fusion des royaumes qui se dérouleront pendant l’ère messianique – avec le Messie, un descendant de David, à la barre de cet empire unifié.

“Ainsi dit le Seigneur Dieu: ‘Voici, je prendrai les enfants d’Israël parmi les nations où ils sont allés, je les rassemblerai de tous les côtés et je les mènerai dans leur pays. faites-en une nation dans le pays situé sur les montagnes d’Israël, et un roi sera pour eux tous comme un roi … ‘”

La haftarah se termine par l’assurance de l’Eternel «Ils habiteront dans le pays que j’ai donné à mon serviteur, à Jacob, dans lequel ont vécu vos ancêtres; et ils l’habiteront pour toujours avec leurs enfants et leurs petit-enfants; et mon serviteur David sera leur prince pour toujours. “

Nous apprenons de la haftarah de cette semaine qui est consacrée à la future unification de la nation juive. Radak interprète cela pour signifier que Ézéchiel doit tenir les morceaux l’un à côté de l’ autre et qu’ils s’uniront miraculeusement en un morceau de bois solide. Il explique que cela fait référence à la future unification miraculeuse du royaume juif. Les différentes pièces de bois représentent les différents royaumes d’Israël. Bien que l’Eternel ait accordé inconditionnellement à la dynastie de David le royaume d’Israël, cela n’empêchait pas la fragmentation. En fait, peu après le décès de Salomon, le royaume subit une scission grave. Jéroboam ben Nvat, un descendant de la tribu des Joseph, mena une puissante rébellion contre la dynastie de Judée et prit le contrôle de la plus grande partie de la nation judéenne. La scission était si intense que le camp séparatiste de Yoseph a complètement coupé les liens avec ses frères pour ne jamais y revenir. Ézéchiel a prophétisé que ces royaumes finiront par se réunir et formeront une unité inséparable. L’unification sera si parfaite qu’elle ne laissera aucune trace d’une dissension antérieure. Le sentiment de parenté de la nation tout entière sera tellement prononcé que l’on le comparera à un morceau de bois solide, dépourvu de toute faction et de toute fragmentation.

Ainsi l’Eternel retournera à son peuple. Les rabbis nous sensibilisent quant à l’ordre de ce développement. On pourra réfléchir à la qualité d’unité distincte de l’Eternel et expliquer qu’elle ne peut être appréciée et révélée que par l’interaction harmonieuse de Son peuple. La faveur divine émanent de Son unité parfaite en révèle pleinement cette qualité. Lorsque le peuple d’Israël fonctionne comme un corps harmonieux, il mérite la faveur et la générosité (hessed) divines. Ils projettent et reflètent la bonté divine, expriment son unité et apportent une véritable gloire à son nom. Cependant, si le peuple juif est fragmenté et divisé, il affiche «une forme d’interdiction céleste» dans le système interactif de l’Eternel. Lorsque le comportement du peuple juif présente de la division, il donne l’impression que l’influence divine dans le monde est décousue et fragmentée et n’atteint pas son but ultime. Alors, à ce stade, l’Eternel supprime sa présence au sein de son peuple et se dissocie de leurs manières inappropriées. L’absence de succès et d’accomplissement du peuple juif est ensuite attribuée au refus du divin de rester impliqué dans leurs vies.

Nous comprenons maintenant que l’unité du peuple juif est une condition préalable au retour de l’Eternel à son peuple. Je pourrai expliquer ainsi les mots d’introduction à la Amida le chabbat d’après-midi. Nous y déclarons: «Tu es un, ton identité est une et qui peut être comparée à ton peuple, Israël, une nation dans le pays». J’interprète ces mots comme faisant référence à la glorieuse époque messianique. Au cours de cette période, l’unité divine sera reconnue à travers son système interactif harmonieux qui se reflète dans l’unité de son peuple. Leur unité parfaite fournira le cadre idéal pour la révélation divine au monde. Pendant ce temps, le plan directeur divin sera exprimé par la parfaite interaction de son peuple. Chaque détail de la générosité divine (hessed) servira Son objectif et révélera Son unité absolue et son contrôle sur tous les aspects de ce monde. Sans aucun doute, cela nécessitera la coopération totale du peuple juif et une parfaite interaction harmonieuse les uns avec les autres. En effet, on peut affirmer que lorsque le peuple d’Israël s’unira en tant qu’entité indissociable, son identité et sa qualité parfaite seront reconnues dans le monde entier.

En vérité, les bases de cette unité ont été posées dans la paracha de cette semaine. Joseph a mis au point un stratagème ingénieux pour faire taire tous les soupçons de ses frères et les convaincre de la gravité de leur jugement. Il a réussi à dissiper leur profonde jalousie et leur haine et à provoquer une unification sincère de la famille de Jacob, Joseph et Juda, les deux pouvoirs à venir, se sont embrassés et ont manifesté un véritable sentiment de parenté. Malheureusement, des dommages irrévocables ont déjà eu lieu, qui aboutiraient à une scission grave dans le royaume juif. Le descendant de Joseph, Jéroboam finirait par avoir de graves relations avec le descendant de Juda, Roboam, et établirait son propre leadership. Cependant, le travail préparatoire était déjà fait pour réunir ces royaumes et ramener la nation juive à sa parfaite unité originelle.

Cette évolution biblique du récit de la Genèse est révélatrice de l’expérience future du peuple d’Israël. Les dix tribus perdues représentant le royaume de Joseph seront séparées du royaume de Judée pendant plus de deux mille ans. Cela aura pour conséquence que l’Eternel retirera sa présence divine au milieu de son peuple et tout au long de leur long et sombre Exil, ils n’auront aucun contact direct avec lui. Cependant, dans la pensée prophétique, le temps arrivera finalement où le peuple juif se réunira et deviendra une entité inséparable. Cette unité miraculeuse mènera immédiatement à une seconde unité, celle de l’Eternel et de son peuple. En réponse à la totale unification du peuple juif, l’Eternel retrouvera Sa présence divine et se posera parmi Son peuple et «l’esprit d’Israël reviendra à la vie».

Cette leçon est à propos pour notre époque où la diversité potentielle est si grande. Les divisions sont si diverses : quel que soit le terrain , religieux,politique, culturel, social.

Outre le fait que nous devons avons le devoir de réparer ces « brisures » et ces fossés » qui nous divisent dans nos communautés respectives, nous prions l’Eternel de mériter l’unification totale, nous donnant ainsi le retour de la présence divine parmi nous.

Rabbi Michel Liebermann

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