haftarah vayikra

5779 haftara Vayikra

Isaïe 43,21 – 44,23

rabbi Michel Liebermann

Dans la paracha Vayikra, qui ouvre le Troisième livre de la Thora, nous lisons des informations sur les formes de sacrifice public que l’on peut utiliser pour maintenir ou renouveler une relation avec l’Eternel.

Ces idées sont également explorées dans la haftara. Esaïe a livré sa prophétie à des Judéens exilés de la terre d’Israël et résidant à Babylone. Rappelons qu’en – 538, l’Edit du roi Cyrus, permit aux exilés de retourner en Israël et de bâtir le second Temple, mais la grande majorité resta à Babylone. Plusieurs chapitres du livre d’Isaïe sont consacrés quant à convaincre ces dizaine de milliers de personnes, (selon le Talmud 4/5ième de la population judéenne de l’époque n’avait pas suivi le projet du Retour avec Zorobavel, Ezra et Néhémie) et ne faisait pas confiance en la puissance divine et de ce fait, ne voulait pas retourner sur la Terre d’Israël..

Dans la prophétie d’Esaïe, l’Eternel s’adresse aux habitants de Babylone, les reprochant alternativement d’avoir abandonné leur culte et leur rappelant que s’ils se repentent, ils seront pardonnés. Ils sont réprimandés pour n’avoir jamais offert à l’Eternel, ni sacrifice, ni offrande pour leurs fautes commises.

Ensuite, le prophète établit la comparaison entre la suprématie divine face à l’impuissance des idoles. Dans une longue diatribe centrée spécifiquement sur les idoles en bois, le prophète, à travers des métaphores se demande comment les Judéens peuvent utiliser le même bois qu’ils utilisent pour faire du feu, cuire du pain et de la viande rôtie et à la fois pour sculpter des idoles. Il est choqué par l’ignorance des personnes qui pourraient créer une idole à partir de la même substance qu’elles brûleraient avec joie. Les idoles sont une fraude dit Esaie, et seul Dieu, le créateur de toute chair, peut racheter le peuple et effacer ses transgressions (44:20).

Sacrifice, péché et substituts pour Dieu ? : S’il fallait résumer : Esaie commence par se plaindre de l’incapacité des enfants d’Israël à solliciter le Divin, alors même qu’Il les avait nommés Son peuple. Pour aggraver la situation, non seulement ils n’appellent pas l’Eternel, ils ne lui apportent pas leurs sacrifices, bien que le protocole des prêtres se soit abstenu de leur imposer un fardeau excessif de sacrifices. Pire encore, au lieu d’apporter ce qu’ils étaient supposés faire, ils ont «chargé» l’Eternel de leurs péchés.

La mention du péché conduit en 2 parties dans lesquelles le prophète parle pour l’Eternel en soulignant que l’Eternel est la source de toute punition et de tout pardon. Dans la première, Esaie nous rappelle que les ancêtres récents et leurs rois ont péché envers l’Eternel en pratiquant des offrandes aux idôles, donc illicites.

Le prophète se tourne ensuite vers la direction opposée, soulignant la préoccupation divine pour les enfants d’Israël, le plan visant à les pardonner et à les purifier, instaurant un moment où de nombreux enfants d’Israël retourneront à l’Eternel (techouva) et réaffirmeront leur fidélité à l’Eternel aux traditions d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Alors que nous essayons de suivre la chaîne de raisonnement (afin de savoir comment tout cela se tient), rappelons qu’Isaïe a commencé par parler de l’Eternel, ce qui l’a amené à mentionner les sacrifices et les échecs des enfants d’Israël à cet égard. Comme beaucoup de sacrifices sont faits pour expier le péché (mais pas tous – la lecture de cette semaine de la Torah offre également des exemples d’offrandes volontaires), du moins le lien avec la plainte contre les enfants d’Israël. Les péchés et l’affirmation selon laquelle l’Eternel est la source du pardon ont ici un sens.

Une recherche sur l’idolâtrie : La haftara consacre ensuite 15 versets (sur un total de 31) à se plaindre de l’idolâtrie, en particulier de ses contradictions inhérentes. Après 3 versets sur le fait que l’Eternel, en tant que premier et dernier, est la seule source de vrai pardon et / ou de salut, la haftara se tourne vers ceux qui adorent les idoles. Le prophète souligne que les gens ignorent l’inconfort du fait qu’ils sont ceux qui fabriquent ces idoles à partir de matériaux ordinaires et les dotent ensuite de divinité. Pour peut-être encore plus souligner pourquoi cette question est si pénible, les 3 derniers versets nous ramènent encore au thème de notre besoin de nous tourner vers Dieu, la seule véritable source de pardon ou de salut.

Tant de façons d’être éloigné de Dieu : Ce flux d’idées met en évidence un important courant sous-jacent de la pensée juive que nous devrions mieux remarquer. Les judéens de l’époque d’Isaïe se sont permis de croire (comme encore de nombreux juifs aujourd’hui dans leurs prières) que les sacrifices d’antan (substitués après la destruction du Temple par les prières et les rites aussi bien domestiques et publics) étaient la façon à travers laquelle ils avaient été pardonnés par l’Eternel, ainsi que la manière dont ils assureraient un bel avenir. Nachmanide signale que cette « erreur de conception » peut prendre plusieurs formes, car elle repose sur la recherche de la sécurité ultime dans une source autre que l’Eternel.

Dans le continuum de la religion, se focaliser sur le sacrifice (ou son absence) n’est pas si éloigné de l’idolâtrie. Celui qui investit trop dans le pouvoir du sacrifice néglige probablement d’autres approches de la divinité, ce qui signifie qu’il ne vénère pas vraiment l’Eternel, mais qu’il utilise le rituel et la magie du sacrifice pour assurer la sécurité à laquelle il aspire.

De même, celui qui n’apporte pas assez de sacrifices perd de vue l’Eternel en tant que véritable et unique source de pardon. Une fois que l’Eternel n’est pas ou plus la source du pardon, la différence entre les autres sources que l’on peut chercher à utiliser est assez petite, puisqu’elles partagent toutes l’hypothèse cruciale selon laquelle pardonner le péché est plus magique qu’autre chose. Plutôt que l’introspection et la rectification, le pardon pour de telles personnes implique de trouver la bonne magie (sacrifice ou idoles) pour effacer le défaut.

L’idolâtrie à notre époque : Nous pourrions nous permettre de nous écarter des discussions prophétiques sur l’idolâtrie, croyant que de telles pratiques sont des reliques oubliées du passé. Que cela soit vrai ou non (alors que de nombreux coreligionnaires aujourd’hui qui, dans notre société, sont attirés par les anciennes pratiques : telles l’astrologie, la divination, la cartomancie etc.), la haftara oriente la discussion dans une direction sans équivoque aujourd’hui. Au lieu de limiter l’idolâtrie au problème de croire en une divinité ou un pouvoir autre que l’Eternel (même s’il serait intéressant de se demander si croire en la Nature à l’exclusion de Dieu ne serait pas une forme d’idolâtrie), Esaïe est également gêné par la confiance qu’ont les personnes en leurs « créations » plutôt qu’en l’Eternel.
Le texte avertit ceux et celles qui ont tendance à être trop entraînés dans la recherche de la sécurité par des moyens qu’ils peuvent (et croient) contrôler, tels que des idoles ou l’argent (pour le dire en termes pertinents : le monde matériel). La seule sécurité réelle réside cependant auprès de l’Eternel, tout comme le seul pardon réel consistait à utiliser les korbanot, les sacrifices (qui aujourd’hui sont remplacés par la prière) comme moyen de se repentir pleinement de nos fautes et de retourner à l’Eternel.

La haftara se termine par un appel passionné au peuple (c’est valable pour toutes les générations) de retourner à l’Eternel, à la fois, littéralement en terre d’Israël (aliya) et au sens figuré dans son cœur et ses actes (techouva). Quand les juifs reviendront (dans les deux sens du terme : le Repentir comportemental (techouva) et le Retour en Israël, il y aura beaucoup de joie. «Chantez cieux, car l’Eternel a agi : résonnez, profondeurs de la terre ; éclatez en cris de joie, montagnes et vous, forêts, avec tous vos arbres : car l’Eternel a délivré Jacob et s’est rendu glorieux en Israël »(44:23).

rabbi Michel Liebermann

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