HOUKAT

HOUKAT NOMBRES XIX – XXI, 35

rabbi Michel Liebermann

De quoi parle notre Paracha?  Les points principaux : – Lois de la vache rousse – Quelques lois de pureté rituelle – La mort de Myriam et la disparition du puits – Moïse et Aharon fautent aux eaux de Mériva – l’Eternel décrète la mort de Moïse dans le désert  – le roi d’Edom refuse le passage aux Hébreux – Aharon décède sur le mont Hor Hahar – l’armée d’Amalek attaque le peuple d’Israël – L’épisode du serpent de cuivre  – Les miracles sur les rives de l’Arnon – Le chant de louange pour le puits de Myriam – Les batailles contre Sihon et Og, roi de Bachan.

Après 40 années de tribulations dans le désert, la nouvelle génération du peuple d’Israël arrive dans le désert de Sin. Myriam quitte ce monde et le peuple souffre de la soif (comme le rappelle le Midrach, la source d’eau qui suivait miraculeusement les enfants d’Israël était le fait du mérite de Myriam). L’Eternel demande à Moïse de parler à un rocher pour lui demander de faire sortir de l’eau. Moïse, que la ré­bellion du peuple a mis en colère, frappe le rocher au lieu de parler. L’eau coule mais l’Eternel dit à Moïse que pour cette erreur, ni lui, ni Aharon n’entreront en Israël. Aharon quitte ce monde à Hor Haar et son fils, Eléazar, lui succède comme Grand Prêtre. Une nouvelle révolte éclate. Le peuple «parle contre l’Eternel et Moïse» . La sanction est immédiate : des serpents venimeux attaquent les enfants d’Israël. l’Eternel demande alors à Moché de placer un serpent d’airain sur un mât de sorte que celui portera son regard vers cet objet se tournera vers le ciel et par conséquent sera guéri. Le peuple échappe à d’autres dangers. Il est ainsi sauvé par miracle d’une attaque qui se prépare depuis les montagnes qu’il traverse. Les enfants d’Israël apprennent le miracle en observant la source d’eau dans laquelle le sang des assaillants qui ont été écrasés par les montagnes coule. Le peuple chante un cantique pour remercier l’Eternel de ce nouveau miracle. Moïse mène le peuple dans les batailles que leur imposent Si’hon, le roi des Emoréens, et Og, le roi de Bashan, deux pays frontaliers de la terre d’Israël (à l’est du Jourdain) et qui avaient promis protec­tion aux rois présents sur la terre de Canaan. Ces batailles emportées, les terres s’ajoutent donc à la terre d’Israël qui sera partagée entre les tribus.

Concentrons-nous sur le premier thème de notre paracha.

Voici la houka (loi étrange) de la Tora que Dieu a ordonnée. Parle aux enfants d’Israël, et qu’ils prennent pour toi une vache rouge parfaite, sans défaut, qui n’a pas connu le joug. (19.2)

Le mot hok est lié à la racine hakika : incruster, graver. Une parole qui marque une volonté souveraine. À l’intérieur des évidences les plus profondes, un principe, qui est celui du hok. Le secret de la Tora est dans le hok. Il n’est donc pas question ici d’un autre secret que celui-ci, et non d’un… secret de la vache. Celui qui est ardent, à la recherche d’un absolu dont il sait qu’il le concerne totalement, se trouve devant un hok, dont il peut facilement percer les différents mystères.

Ceci est le statut (‘houqa) de la Tora. (19, 2) Dans sa traduction araméenne, Onqelos rend cette expression par : «ceci est le décret (guezéra) de la Tora». Le Choul‘han ‘Aroukh (Ora‘h ‘Hayim p590) établit la liste des jours où l’on a coutume de jeûner, en souvenir des malheurs subis par nos ancêtres. Le Maguèn Avraham ajoute : «Le vendredi avant le Chabbat où est lue la paracha de ‘Houqat, certains ont pris l’habitude de jeûner, à titre individuel, en commémoration de la tragédie qui nous a frappés, suite à nos nombreux péchés : En l’an 5004 de la création du monde [17 juin 1244], le vendredi veille du Chabbat parachat ‘Houqat, 24 chariots emplis de volumes du Talmud, de bibles furent consumés en France [lors du “brûlement” du Talmud à Paris, en place de Grève]. Des Rabbins qui se trouvaient là-bas ont invoqué le Ciel au sujet de ce malheur. Il fut alors répondu en rêve : “Ceci est un décret concernant la Tora” – signifiant que c’était là un décret visant le vendredi de [la paracha :] zot ‘Houqath ha-Tora. Dès lors, des personnes de grande piété ont pris l’habitude de jeûner chaque vendredi de la section ‘Houqat, sans instituer ce jeûne à la date précise [le 9 tamouz] où s’est produit ce désastre. »

On observe que finalement la vache répare la faute du veau (Nombres 19;2) «Ils amèneront vers toi une vache rousse parfaite »

La mitsva de la vache rousse est l’un des secrets les plus mystérieux de la Torah, dont il est impossible de chercher la raison, il faut l’accomplir comme une loi (‘houka), ainsi que l’écrit le commentateur Rachi : «Le Satan et les nations du monde tourmentent les bnei Israël en leur disant : qu’est-ce que c’est que cette mitsva, et quelle logique a-t-elle ? » C’est pourquoi elle est exprimée en tant que ‘houka, un décret que l’on n’a pas le droit de discuter. D’ailleurs la raison de la vache rousse n’a pas été découverte, c’est une des mitsvot qui sont impossibles à comprendre, parce que la cendre de la vache rousse rend impurs les purs et purs les impurs. Seul Moïse en aurait connu la véritable raison, et même le roi Salomon, n’a pas réussi à en percer le secret. C’est le sens du verset dans Ecclesiaste: «J’ai dit « je me montrerai sage », mais elle est loin de moi ». Il s’agit de la mitsva de la vache rousse. Il y existe une merveilleuse allusion à cette explication, car les mots VéHi Re’hoka « elle est loin » ont exactement la même valeur numérique que Para Adouma « la vache rousse ».

Le Séfer Ha’Hinoukh écrit : « Bien que mon coeur me pousse à donner certaines raisons de la mitsva qui se trouvent en allusion, à propos de cette mitsva-ci je me sens impuissant, et je crains d’en dire quoi que ce soit, même selon le sens immédiat, parce que nos Sages ont longuement parlé de la profondeur du secret qu’elle renferme et de la profondeur de son importance. Mais malgré tous les secrets élevés qu’elle contient, les Sages en ont malgré tout donné une raison, et voici ce qu’écrit Rachi au nom de Rabbi Moché HaDarchan : « Cela ressemble au fils d’une servante qui a souillé le palais du roi. Le roi dit : que la mère vienne et nettoie les saletés de son fils. » Ainsi, que vienne la vache, qui est la mère du veau, pour racheter la faute du Veau d’Or.»

On peut aussi dire que la faute du Veau d’Or résultait d’un manque de confiance du peuple en l’Eternel, c’est pourquoi on a donné aux bnei Israël la mitsva de la vache rousse, qui est une ‘houka sans raison compréhensible. En l’accomplissant, ils prouvent qu’ils font totalement confiance à l’Eternel, et ainsi la faute du Veau d’Or se trouve rachetée.

L’un des détails de la mitsva est que la vache doit être « parfaite », c’est-à-dire intégralement rousse, car si elle a deux poils noirs, elle ne peut pas servir. Le ‘Hidouchei HaRim fait observer à ce propos : «On peut tirer de là une grande leçon. En ce qui concerne la perfection de la couleur de la vache rousse, deux poils suffisent à la rendre inapte, mais en ce qui concerne la perfection du juif qui a reçu la mitsva «soyez parfaits avec l’Eternel votre Dieu», même l’équivalent d’un seul poil suffit à l’annuler!»

Une autre raison pour laquelle la vache doit être rousse est que les péchés sont comparés à la couleur rouge, ainsi qu’il est dit Isaie : «Si vos péchés sont comme l’écarlate… s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine», texte qui est un leitmotiv de la liturgie de Yom Kippour.

Et la vache doit être parfaite comme Israël qui est parfait, alors que par la faute du Veau d’Or il est devenu infirme. La raison pour laquelle la vache ne peut pas servir si elle a porté le joug est une allusion au peuple d’Israël, car toute sa chute provient du fait qu’il a rejeté le joug du royaume des Cieux.

Rabbi Michel Liebermann

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