KI TAVO

DEUTERONOME XXVI,1 – XXIX,8 Ki Tavo

rabbi Michel Liebermann

Avec la Sidra “Ki Tavo“, nous vivons avec Moïse ses derniers enseignements, ses recommandations et ses mises en garde contre tout abandon de la vocation d’Israël. La conquête de la Terre de Canaan va bientôt commencer. Ce sera avec son successeur Josué. Les préceptes liés au caractère sacré de cette terre son énoncées de manière solennelle. Les paroles à prononcer devant le cohen, le Pontife lors de l’apport des prémices dans le Tabernacle puis, plus tard au Temple de Jérusalem sont scrupuleusement reproduites. Elles rappellent les origines d’Israël depuis le Patriarche Jacob en passant par la servitude en Egypte, la libération et la prise de possession de l’objet de la Promesse – Eretz-Israël – faite aux Pères de la Nation. Il s’agit donc de reconnaître que l’Eternel seul est à l’origine de tous les bienfaits dont Il a gratifié Israël et que c’est à Lui seul que nous devons rendre grâce : “Tu te réjouiras de tous les biens que l’Eternel, ton Dieu, t’aura donnés à toi et à ta maison, toi, le Lévite et l’étranger qui sera auprès de toi [Deutéronome XXVI, 11].

Une partie importante de notre paracha est consacrée à des reproches, et à ce qui nous arriverait au cours des siècles à venir du fait de notre mauvaise conduite (c’est toujours difficile à définir ce qu’est une mauvaise conduite par rapport à son prochain et par rapport au divin). Le but de tout ceci est de nous amener à la Techouva, au retour vers l’Eternel. Ceci est donné sous forme d’allusion à la fin de ce passage, en ces termes : “Et ce sera, lorsque vous arriveront toutes ces choses-la, la bénédiction et la malédiction, et que tu reviendras vers ton coeur … et tu retourneras jusqu’à l’Eternel ton Dieu”.

Comprenons que la Techouva est un niveau extrêmement élevé dans le service divin, auquel chacun d’entre – nous peut accéder. Il existe plusieurs niveaux dans la Techouva. Une Techouva élevée, motivée par l’amour envers l’Eternel, celle du baal techouva (celui qui s’est repenti) permet d’obtenir des mérites (ze’houyot) que même les plus justes, les tsadikim n’obtiennent pas, au point que même les transgressions qualifiées de volontaires peuvent être transformées en mérites. C’est en tout cas ce que nous fait ressentir le Talmud.

Les maîtres de la mystique et les rabbis de tous les temps qui se penchent sur cette dynamique de l’âme enseignent qu’il existe des étincelles de sainteté (que l’on nomme notsetsot) qui sont tombées dans des endroits très bas de ce monde, et y sont retenues par des écorces (kelipot). Par notre service auprès du divin, nous permettons l’élévation de ces étincelles, leur retour à leur source. Le tsadik, qui se tient à l’écart des fautes, atteint les étincelles qui sont retenues dans les choses permises, et les élève vers la sainteté. Les choses permises ont cette particularité de pouvoir s’élever dans la sainteté, ou au contraire de descendre dans les forces impures, selon l’usage qui en est fait. Le tsadik, donc, élève les choses permises, systématiquement, vers la sainteté. C’est le concept de la « progression dans la sainteté », (maalim bikedoucha).

Par contre le baal techouva, celui qui fait le « travail » du repentir, quant à lui, était dans le passé en contact avec ce qui est interdit et attaché à certaines forces qualifiées d’impures ou mauvaises. Ainsi, en réalisant une Techouva élevée, il extrait également les étincelles de sainteté qui sont tombées dans ces niveaux impurs, et c’est lui qui va les élever jusqu’à leur source première.

C’est ainsi que le baal techouva peut accéder a un niveau si élevé.

Vers la fin de notre passage, il est écrit : “Et vous vous vendrez là-bas à ton ennemi comme serviteurs”. Ceci nous apparaît comme une malédiction très dure: obligés de se vendre soi-même comme esclave à nos ennemis. Mais toutes ces malédictions, si nous réfléchissons à leur sens caché, révèlent en fait des bénédictions. Observons la chose d’un autre angle : par la Techouva, nous faisons de nous-mêmes les serviteurs de l’Eternel; c’est à dire que nous nous attachons entièrement, corps et âme, à son service. L’ennemi en question fait allusion à l’Eternel, dont nous nous sommes éloignés et que nous avons ainsi considéré comme notre ennemi.

Nous sommes appelés dans la Thora bnei elohim, les enfants de Dieu. Les enfants sont attachés à leur père de façon profonde. Ceci fait partie de l’ordre naturel. L’attachement d’un fils envers son père n’est pas le produit d’un effort. C’est un attachement qui dépend simplement du Ciel, de la volonté divine qu’il en soit ainsi.

Pour ce qui est d’un serviteur, c’est différent. Selon l’ordre naturel, il n’est pas spécialement attaché à son maître, et c’est seulement par le biais d’un grand effort qu’il parvient à s’attacher à lui. Ceci est l’essentiel du travail de la Techouva: s’attacher à l’Eternel par l’effort, parvenir également à un niveau de serviteur de l’Eternel.

Nous voyons qu’ici l’Eternel nous entraîne ainsi dans des situations difficiles, voire même extrêmement difficiles, afin que ceci nous permette d’atteindre l’élévation extrême qu’est la Techouva. Chaque chose qui nous arrive contre notre volonté, chaque épreuve que nous subissons, a pour but la grande élévation qui va suivre, par le biais de notre Techouva.

Moïse ajoute trois versets qui proclament sans ambiguïté le lien exceptionnel qui attache Israël à Dieu et réciproquement : “Tu as distingué aujourd’hui l’Eternel pour en faire ton Dieu, pour marcher dans Ses voies, observer Ses lois, Ses commandements et Ses préceptes, écouter Sa voix. Et le Seigneur t’a distingué à Son tour aujourd’hui, afin que tu sois Son peuple d’élection, comme Il te l’a dit… dans le but de t’élever au-dessus de tous les peuples qu’Il a faits…pour que tu sois le peuple saint du Seigneur, ton Dieu, comme il l’a déclaré [Deutéronome XXVI, 17, 18 et 19].

Dans “Ki Tavo”, il y a la plus grande partie du Chapitre 28 qui profère des malédictions au cas où Israël s’écarterait de sa vocation. Nous avons malheureusement vu que des catastrophes n’ont cessé de s’abattre sur Israël depuis la destruction du Temple de Jérusalem. Cependant, notre fidélité à la Thora, même au coeur de la longue nuit de l’Exil, nous a permis de survivre et de voir, dans la résurrection miraculeuse de l’Etat d’Israël, que les visions de prophètes d’Israël se sont réalisées, et que le Retour à Sion est bien le prélude aux retrouvailles du Peuple Juif avec son Dieu.

Rabbi Michel Liebermann

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