Mikets

5778 Mikets Genèse XXXXI – XXXXIV,17

Rabbi Michel Liebermann

à la mémoire de mon père Hayim Barouh ben Alexander Liebermann décédé pendant la fête de Hanouccah.

En hommage à deux maîtres qui nous ont quittés : rabbin Josy Eisenberg et rabbi Aharon Yehouda Leib Steinman

Il y a des moments où l’on voit partir des grands de ce monde. Cette semaine a vu partir notre rabbin national de l’écran, Josy, Yossef Eisenberg et également un monument de judaïsme orthodoxe, non hassidique, rabbi Aharon Yehouda Leib Steinman. Deux lumières du judaïsme post Choah qui, chacun à sa manière, ont contribué à éléver les âmes d’Israël, l’un par le « tube cathodique », l’autre, par ses enseignements aussi bien en Israël que dans les communautés de la diaspora.

Rabbi Steinman, et cela reflète sa conduite sur terre pendant plus d’un siècle ( il est décédé à l’âge de 104 ans) a laissé des consignes, et je vous en cite quelques-unes :

« Je vous demande de ne pas faire de hesped (d’oraison funèbre) devant ma dépouille ou même après mon inhumation .

Je vous demande de ne pas organiser de soirées en mon honneur.

Je vous demande de ne pas écrire de biographies particulières dans les médias.

Je vous demande de ne pas afficher sur les murs l’annonce de mon enterrement (tradition orthodoxe qui se pratique à Jérusalem et aussi dans les villes ‘harédi dans le monde (Anvers, Londres…..) 10 juifs suffisent pour l’inhumation.

……. Ma tombe sera entre les juifs simples, je refuse que l’on paye cher pour une tombe. Gardez votre argent et donnez-le aux indigents.

Pour mon épitaphe, juste mon nom suffira sans aucun superlatif…..

Ne me donnez pas le titre de Tsadik (juste) car en arrivant dans le monde qui vient (olam haba) qui est un monde de vérité, j’en ressentirais une grande honte.

Ce message m’a ému au plus profond de moi-même, c’est une lecture de vie attestant une posture de emet , de vérité. La plus belle que ‘j’ai pu entendre depuis que mon père Hayim Barouh nous a quittés.

Pour associer ces grands au commentaire de la semaine, je voudrais revenir sur quelques facettes autour de Yossef, de Joseph, fils de Jacob, qui se tient devant le pharaon afin de lui révéler la clé de ses 2 songes.

Le Chafetz Haïm ( rabbi Israël Méir HaCohen 1839 – 1933), le leader de la communauté juive européenne au début du 20ème siècle, était connu comme un homme particulièrement vertueux et saint. Une fois fut invité à témoigner dans un tribunal polonais au nom d’un accusé juif. Avant d’appeler le Chafetz Haïm à témoigner, l’avocat de la défense a longuement expliqué le caractère de Chafetz Chaim, citant de nombreuses histoires de sa droiture et de sa sainteté. Les paroles de l’avocat n’ont cependant pas impressionné le juge, qui doutait de la véracité de ces histoires. Observant les doutes du juge, l’avocat de la défense a reconnu que certaines des histoires pourraient être quelque peu exagérées. Mais ensuite l’avocat a ajouté: «Il se peut que tous les détails de ces histoires ne soient pas exacts, mais dites-moi, votre honneur, est-ce que les gens racontent de telles histoires sur vous et moi ? (En effet, cette saga de la salle d’audience a eu une fin heureuse: le juge polonais a été tellement impressionné par le Chafetz Haïm en tant que témoin de caractère, qu’il a finalement acquitté le prévenu.) L’impression que le caractère moral peut avoir sur les autres est au cœur même de la portion de la Torah de cette semaine, Mikétz. La paracha s’ouvre en décrivant l’incapacité des sages de Pharaon à interpréter deux des rêves de leur maître. Des années plus tôt, Joseph avait correctement interprété le rêve du sommelier de Pharaon – qui raisonnait maintenant que peut-être le jeune Hébreu pouvait faire la même chose pour Pharaon. Désespéré, et recherchant une interprétation appropriée, Pharaon accepte la suggestion que le prisonnier Joseph ait une chance pour expliquer les rêves. Joseph est amené devant le Pharaon, et voici, il interprète correctement les rêves! Pharaon est tellement impressionné par le jeune homme hébreu, qu’il nomme Joseph Premier ministre de l’Égypte, deuxième au pouvoir seulement après Pharaon lui-même.

Comment exactement Pharaon sait que l’interprétation de Joseph est correcte est inexpliquée par le texte. Certains commentaires disent que le Pharaon a inclus de fausses informations dans la description de son rêve pour éliminer les fausses interprétations. D’autres disent que quand il a rêvé, il a reçu son sens, mais il l’a oublié quand il s’est réveillé, Joseph a pu rafraîchir la mémoire.)

Rabbi Chaim Shmuelevitz de la Yeshiva de Mir, maintenant situé à Jérusalem, se demande comment était-il possible de nommer Joseph à une telle position? En plus d'être jeune, Joseph était aussi un étranger et un inconnu à la cour royale égyptienne. Et jusqu'à maintenant, il était en prison! Comment pourrait-il devenir le deuxième personnage le plus puissant de l'empire égyptien?
Pour rabbi Shmuelevitz  la réponse se trouve dans une lecture attentive du texte. Joseph refuse de prendre le crédit pour la sagesse qu'il est en train de transmettre. Il dit à Pharaon que toute idée qu'il a à offrir vient par la grâce de divine. Au fil de ses interactions avec le Pharaon, Joseph insiste sur le fait que les rêves sont la façon de communiquer de l’Eternel à Pharaon.
La conviction avec laquelle Joseph s’exprime que l’Eternel est la force suprême, et son refus de se voir lui-même comme ayant quelque importance, ont fait une énorme impression sur Pharaon. Le monarque égyptien a réalisé qu'il avait affaire à un individu juste, craignant Dieu. On pourrait compter sur un tel individu possédant une honnêteté et une intégrité qui ne se retrouvent pas normalement parmi les intrigants complices d'une cour royale. Pour le poste de meilleur conseiller de Pharaon, c'était exactement ce que recherchait le dirigeant égyptien. En fin de compte, c'était le caractère impeccable de Joseph qui donnait aussi le pouvoir politique. Comme son descendant le Chafetz Chaim, des millénaires plus tard, et, tout en respectant leurs vœux les maîtres que nous avont cités. Quel leurs lumières continuent de briller afin de participer à l’élaboration d’un monde meilleur.

Rabbi Michel Liebermann
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