Nitsavim et Vayélé’h

DEUTERONOME XXIX,9 – XXXI,10 Nitsavim et Vayélé’h – mouvement/immuabilité et techouva

rabbi Michel Liebermann

Contrairement aux autres textes de la Torah qui sont parfois lues ensemble, Nitsavim et Vayelekh sont essentiellement unies. Aussi le célèbre rabbin et philosophe médiéval Saadia Gaon écrit-il que “lorsque cela est nécessaire, l’une des sections de la Torah est lue lors de deux Chabbatot, c’est la portion de Nitsavim qui est divisée à Vayélé’h Moché”.

Un nom, en hébreu, traduit le contenu d’une entité. On comprend aisément que cela s’applique également à Nitsavim et Vayélé’h. Et pourtant ces 2 mots eux-mêmes évoquent deux concepts diamétralement opposés : Nitsavim signifie “se tenir fermement en place”, et, Vayélé’h, en revanche, signifie “aller de lieu en lieu”.

Comment donc devons-nous comprendre que Nitsavim et Vayelé’h forment essentiellement une même section ?

Le service divin s’appuie sur l’idée qu’il doit y avoir deux sortes de services distincts : l’un ferme et stable, Nitsavim, et l’autre, une constante évolution de niveau en niveau, Vayelé’h. C’est le cas de ce qui concerne tous les aspects du service spirituel : la Torah, la prière et les mitsvot.

La Torah se divise en Torah écrite et Torah orale. La Torah écrite fut donnée d’une manière strictement délimitée, avec un nombre spécifique de mots et de lettres et n’est sujette à aucun changement. La Torah orale ( michna et talmud), en revanche, nous fut révélée par l’intermédiaire des Sages, de la manière dont ils l’expliquèrent à partir de la Torah écrite, selon ce que l’on appelle habituellement «les règles d’interprétation reçues au Sinaï ».

Dans l’analyse rabbinique, un mot ou même une lettre de la Torah écrite peut servir de base à un long exposé. Avec ses délibérations et ses explications constantes, la Torah Orale s’est développée de génération en génération. Il en va de même pour la prière, toutes les prières ne nous sont pas arrivées comme cela en un bloc !!!!. Dans un sens général, la prière est un commandement quotidien qui incombe à chaque individu. Mais par ailleurs, la prière est aussi un “service du cœur” et chaque cœur est différent.

Même les sentiments au sein du cœur de la même personne varient d’un jour à l’autre. Il en est de même pour les mitsvot. Il existe précisément dans l’ensemble thoraïque 613 commandements; nous ne pouvons, ni en ôter ni en ajouter, c’est en tout cas ce que le Texte lui-même dit. Mais nous pouvons (certains disent même nous devons) aussi embellir et glorifier les mitsvot de niveau en niveau (en hébreu : hidour mitsvot). Puisque la Torah et les mitsvot furent données par l’Eternel au peuple, elles incluent également ces deux aspects. Elles sont la Torah et les mitsvot,et elles constituent aussi le service du peuple.

Ces deux aspects trouvent leur expression dans les concepts d’immuabilité et de changement. L’aspect inaltérable de la Torah et des mitsvot met l’accent sur Celui qui promulgua la Torah et ordonna les mitsvot, l’Eternel, qui n’est pas sujet au changement.

Mais la Torah et les mitsvot constituent le service du peuple juif. En tant qu’êtres créés, nous sommes intrinsèquement sujets au changement et il est attendu de nous, comme une part de notre service divin, que nous nous élevions constamment de niveau en niveau. C’est pourquoi la Torah, la prière et les mitsvot contiennent chacune des éléments de changement et d’évolution.

C’est pourquoi Nitsavim et Vayélé’h forment véritablement une seule paracha, malgré le sens apparemment opposé de leurs noms, car le service divin requiert ces 2 traits : l’immuabilité exprimée par Nitsavim, résultant de Celui qui donna la Torah et les mitsvot, et le mouvement exprimé par Vayélé’h comme partie de l’homme, celui qui les reçut. Nitsavim et Vayélé’h forment donc bien une seule partie de la Torah, car le service de Vayélé’h, le mouvement et changement, doit nécessairement être fondé sur Nitsavim, une reconnaissance que la Torah et les Mitsvot s’inspirent de l’Eternel qui, Lui, est au-delà de ces notions.

Nitsavim signifie littéralement « se tenir debout ». On la lit toujours lors du Chabbat qui précède Roch Hachana. Moïse s’y adresse au peuple tout entier : depuis les chefs, les sages, jusqu’aux porteurs d’eau. Tous étaient rassemblés pour écouter ce que Moïse allait leur transmettre.

Vers la fin de son allocution, celui-ci leur dit : « Voyez, je mets devant vous, aujourd’hui, la vie et le bien, la mort et le mal…Vous choisirez la vie de sorte que vous et vos enfants viviez. »

Le sens des paroles de Moïse était que la voie de la Torah apporte la vie et le bien être. Cette idée comporte 2 niveaux. Le premier indique qu’une personne peut entrevoir une variété de manières de vivre. Considérant ces possibilités, il lui apparaît qu’une vie guidée par les enseignements de la Torah est à même de lui apporter un niveau plus profond de bonheur, un plus grand accomplissement personnel. Ainsi choisit-elle la voie de la Torah, la voie de la vie. C’est là un niveau de choix, guidé par la compréhension de la personne et par le sentiment que le Judaïsme apporte l’harmonie et d’autres valeurs positives à sa vie.

Le second niveau se découvre lorsque l’harmonie n’est pas manifeste. Lorsqu’il y a crise, opposition et difficultés et que l’observance d’un Judaïsme authentique – voire le simple fait d’être un Juif – semble conduire à des problèmes supplémentaires.

Dans cette situation, chaque Juif conserve la possibilité de choisir la voie de la « vie » et du « bien ». Cependant, ce choix peut sembler dépasser la raison et la compréhension conventionnelles. La personne choisit ce qui lui apparaît être la véritable vie et le véritable bien. D’autres personnes peuvent ne pas comprendre ce choix. Des gens raisonnables et apparemment bien intentionnés peuvent en venir à conseiller à leur ami juif : « Pourquoi vous compliquer la vie ? Sortez-vous de là ! » Néanmoins, Moïse nous enjoint de choisir la vie, le Judaïsme authentique. Sa directive s’appuie sur une perspective plus large de ce que nous sommes et de notre destin. On explique que ce choix est l’expression de l’essence de l’âme, unie de façon inséparable au divin. L’âme doit choisir la vie de la Torah, malgré l’éventuelle adversité du moment. Parce que du point de vue de notre essence profonde, aucune autre voie n’est possible. Pourquoi ? Parce que notre essence est concernée par cette réalité. Pas seulement par ce qui semble bon sur l’instant, mais par ce qui est réellement bon. Les paroles de Moïse nous enjoignant de « choisir la vie », incluent ces deux niveaux à la fois. Et cela constitue une introduction adéquate à Roch Hachana. Car lors de cette fête, nous exprimons notre dévouement en tant que notre Roi et Lui, à Son tour, nous « choisit » à nouveau comme Son peuple.Ce choix du peuple juif par Dieu ne s’appuie pas sur nos mérites, le 1er niveau de choix. Il s’agit plutôt du choix de l’essence du Juif à l’intérieur de nous, le point où nous sommes unis à Lui, quelles que soient nos actions du moment : le 2nd niveau.

Étant donné ce lien profond qui nous unit à l’Eternel, il nous revient d’essayer d’être cohérents dans notre vie, de faire en sorte que notre comportement extérieur reflète l’amour caché dans l’essence de notre cœur. Ainsi la réalité intérieure et la réalité extérieure se confondent, pour l’individu, mais aussi, en finalité, pour le monde, et le deux niveaux de choix ne forment plus qu’un.

Choisir le mode de vie des enseignements de la Torah signifie choisir la vie, le bien et la joie.

Rabbi Michel Liebermann

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