Pekoudey

5779 Pekoudey Le pouvoir de l’un

rabbi Michel Liebermann

1. Contraste et Concordance

Quelle est la véritable importance d’un individu? D’une part, notre société exagère souvent l’importance de la gratification personnelle. Cependant, dans la vie réelle, de nombreuses personnes se sentent réduites à néant par rapport à leur environnement, insignifiantes devant la mer déchaînée d’expériences à laquelle la vie contemporaine nous expose.

Ce qui est intéressant, c’est que la paracha Pekoudey met l’accent sur ces concepts. Le mot Pekoudey ( racine PKD = ordonner, compter, et même se souvenir) signifie ici «le fait de décompter» et se réfère à la comptabilisation de l’or, de l’argent, du cuivre et de l’airain donnés pour la construction du sanctuaire et à l’inventaire de tous ses ustensiles et services (chandelier en or, les vases).

Tout calcul implique une interaction de concepts antithétiques. Le fait qu’il soit nécessaire de compter, suppose l’existence d’une multitude d’éléments. Dans notre Texte, le calcul, cependant, ne porte pas sur la multitude, mais plutôt sur les entités individuelles qui la composent. Et pourtant, l’importance ultime de chaque élément individuel découle du fait qu’il existe en tant que faisant partie d’un tout.

D’une part, le michkan, le sanctuaire dépend de ses éléments individuels. Si l’un de ces éléments, aussi minime soit-il, fait défaut, le Sanctuaire dans son ensemble est incomplet et inapte à servir de lieu de repos pour un homme. Simultanément, le tout qui se forge par la combinaison de ces éléments est bien plus que la somme de ses parties. Une fois réunis, les différents éléments du sanctuaire se voient attribuer une importance qui dépasse leur valeur individuelle. En faisant partie du sanctuaire, chaque élément favorise la révélation de la Présence de l’Eternel.

2. Vrai accomplissement

Le cœur de chaque personne est décrit comme «un sanctuaire dans un microcosme» et chaque acte de culte dans le sanctuaire est reflété dans notre service divin. De même, en ce qui concerne les concepts ci-dessus, chaque individu doit comprendre qu’il est bien plus grand que son individu. Il contient le potentiel de faire partie du klal Yisrael (la collectivité d’Israël), le peuple juif dans son ensemble – le moyen de révéler la présence divine dans notre monde.
Comment ce potentiel est-il réalisé?

a) Lorsqu’une personne développe au maximum ses propres capacités, en assumant toutes les responsabilités qui lui ont été attribuées.

b) Et quand il se joint à d’autres personnes engagées dans la même tâche, faisant ainsi partie d’un tout plus grand. L’importance de cette dernière étape est également soulignée dans la paracha précédente Vayakhél. C’est donc plus qu’une coïncidence que ces deux parties de la Torah soient souvent lues ensemble. D’une part, leurs messages peuvent sembler contradictoires: Vayakhél insiste sur la fusion des individus en un groupe spirituel, tandis que Pekoudey souligne la contribution personnelle de chaque individu. Mais un collectif sera incomplet s’il ne comprend pas chaque individu et s’il permet à chacun de ces individus de se développer pleinement. Simultanément, chaque personne doit se rendre compte qu’elle n’atteindra pas son plein potentiel tant qu’il n’aura pas rejoint les autres.

3. Ce qui est à la base

Il est possible de créer un tout unifié à partir de parties divergentes uniquement parce que chacun de ces composants partage déjà un lien fondamental. L’âme de chaque personne est «une partie réelle de l’Eternel». Par conséquent, malgré les différences entre les individus, ils sont liés par une communauté de base. De même, dans le monde entier, chaque particule de l’existence est maintenue par l’énergie créatrice de l’Eternel, et ce terrain commun génère un potentiel d’unité.

4. Garder son bilan

Comme mentionné précédemment, le calcul dans la Paracha Pekoudey inclut «le compte des sommes d’or, d’argent et de laiton données donateur pour le sanctuaire, ainsi que le compte de tous ses ustensiles et de ses services, soit 29 kikar et 730 sicles en or ; 100 kikar et 1775 sicles etc». Tout d’abord, un inventaire des ressources disponibles, et ensuite, un calcul a été fait quant à la manière dont ces ressources ont été utilisées. Ces concepts sont également pertinents dans notre service divin. Tout d’abord, une personne doit faire l’inventaire; il doit savoir qui il est et ce qu’il peut faire. Ensuite, il doit de temps en temps déterminer dans quelle mesure ces capacités sont utilisées et ce qu’il a accompli avec elles. La séquence est également significative; La prise de conscience de l’existence de son potentiel sert de stimulant, en stimulant sa réalisation.

5. Le catalyseur du développement personnel

La lecture de la Torah commence: «C’est le calcul du sanctuaire… comme il fut établi (calculé) par Moïs, c’est-à-dire que le calcul des différents éléments du sanctuaire – et en conséquence, le calcul des capacités de chaque individu – dépend de l’entrée de Moïse. C’est Moïse qui suscite le potentiel humain intérieur que chaque individu possède. Et après que tous les éléments du sanctuaire soient terminés, c’est Moïse qui l’érigea réellement et inaugura son service. Car c’est le leadership de Moïse qui stimule l’expression du potentiel intérieur de chaque individu et encourage son interaction synergique avec celle des autres.

6. Pas de fin à la croissance

La paracha Pekoudey ne conclut pas avec la construction du michkan (sanctuaire), mais mentionne deux autres points:

a) Que “la nuée reposait dessus et que la gloire de Dieu remplissait le sanctuaire”, c’est-à-dire que le sanctuaire était devenu un lieu de repos pour la Présence Divine

b) «Quand la nuée est apparue … les enfants d’Israël ont entrepris tous leurs voyages» – notre service divin exige un progrès constant.

Ces deux points sont fondamentaux pour le calcul que chaque personne doit faire. Chacun de nous doit savoir que le but ultime est la révélation de la présence divine. Et chacun doit réaliser qu’il est impossible de se reposer sur ses lauriers; la révélation en cours de la Présence de l’Eternel implique un progrès continu. En fin de compte, alors que nous “progressons en force en puissance”, nous “apparaîtrons devant Dieu dans Sion”, un jour, au bon moment que nous devons sans cesse construire, dans ces temps proches avec la venue attendue de tous de la Rédemption.

Rabbi Michel Liebermann

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