PINHAS

PINHAS NOMBRES XXV, 10 – XXX,1

rabbi Michel Liebermann

L’Eternel parla à Moché en disant « Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen, a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël, en assouvissant ma vengeance au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël dans mon indignation. C’est pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de la paix. Elle sera pour lui et sa postérité après lui une alliance de sacerdoce perpétuel ; parce qu’il a été zélé pour son Dieu et qu’il a fait expiation sur les enfants d’Israël »

Nous avons vu qu’Israël campait dans la plaine de Moav, dernière station dans le désert avant la conquête de la Terre de Cannan. Or le prophète Bileâm, à la solde du roi Balak roi de Moab, dont la tentative de détruire Israël avait été vouée à l’échec, la pureté d’Israël et sa paix avec l’Eternel formant une forteresse inviolable, choisit le moyen de jeter la discorde entre l’Eternel et son peuple en faisant commettre à ses meilleurs fils des actes immoraux d’une gravité telle que le Divin se détournerait d’eux. Ce sont les anciens de Midyane qui envoyèrent les filles de leurs princes se prostituer à Israël.

Si nous comparons ce que fit Amaleq à ce que fit Midyane, nous verrons que si le premier mit en danger l’existence physique du peuple, le second mit en danger son âme. Dans le cas que nous présente la paracha, où pour la première fois dans l’histoire d’Israël, la conduite d’un homme s’oppose à la morale de la Torah, nous voyons que Moïse est resté perplexe et hésitant devant la loi à appliquer en pareil cas. Le peuple ne pouvait qu’être perturbé en présence d’une part, des agissements d’un prince de Tribu sensé donner le ton en matière de morale, en l’occurrence Zimri fils de Salou, et d’autre part, des hésitations du chef du peuple.

Et subitement, voici que « Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen se leva du milieu de la communauté, arma sa main d’une lance, entra sur le pas de l’Israélite, dans la tente, et les perça tous deux, l’israélite et la femme, au bas-ventre »

1/ Comment un homme, jusqu’ici inconnu de la Communauté, avait-il pu braver l’opinion générale, et sans procès de justice ni approbation du dirigeant du peuple, avait-il pris l’initiative d’un tel acte qui de plus lui valut la faveur insigne de se voir accorder par l’Éternel Son alliance de paix ?

2/ N’a-t-il pas craint d’être arrêté par la garde postée autour de la tente du prince de la tribu de Simon ? Si nous ne tenions pas compte du fait que l’un des dix miracles qui se produisirent (selon la michna Avot) fut précisément celui de n’avoir pas été arrêté avant la réalisation de son acte, il est certain que les gardes l’auraient empêché de s’introduire dans la tente ou en fin de compte l’auraient légitimement abattu par la suite.

En fait, la seconde question fournit la réponse à la première ; Pin’has voyait bien le découragement du peuple face à l’accablement de Moïse ; mais ce qui lui paraissait encore plus grave était que le peuple constate que personne n’ait pris sur lui d’agir pour arrêter cette profanation publique du nom de l’Éternel.

REGARDONS LA CHOSE AUTREMENT : Pourquoi la Tora détaille-t-elle tant la généalogie de Pin‘has ? Selon le Keli Yaqar, l’Ecriture s’étend sur sa filiation pour montrer que lorsqu’il sévit contre Zimri pour sanctifier le Nom divin qui venait d’être profané, Pin‘has n’a nullement cherché à préserver son honneur. Il a agi ainsi, bien qu’il fût le fils d’El‘azar, qui avait épousé une fille de Yithro, lequel avait, avant sa conversion, engraissé des veaux pour l’idolâtrie. Il ne s’est pas dérobé à cet acte de vengeance, alors que les moqueurs de l’époque auraient très bien pu lui faire remarquer : « Et ton père, qui donc l’a autorisé à prendre pour femme la fille de Yithro, une Midyanite ?! Ton grand-père maternel n’a-t-il pas engraissé des veaux pour le culte des idoles ?! Tu te permets, toi, de déployer un tel zèle suite à un acte idolâtre ?! »

Et il a ainsi agi bien qu’il fût le petit-fils d’Aharon, le prêtre, alors que ces railleurs auraient pu le ridiculiser : « N’est-ce pas ton grand-père qui a érigé le veau d’or ? Comment oses-tu te mêler de cette affaire ? »

Pin‘has n’a pas cherché à protéger son honneur et n’a pas eu peur. Il s’est levé de sa propre initiative, pour sanctifier le Nom divin qui venait d’être gravement profané.

J’ai entendu une appréciation intéressante qui se référait à une période où les attentats en Israël se succédaient et un ministre israélien avait déclaré : «j’ai trouvé le moyen de lutter contre les terroristes, et nous saurons comment frapper ceux qui programment les attentats, et comment y mettre fin » J’ai pensé alors que si ce ministre croyait vraiment en ce qu’il disait, il ne pouvait être que sot ; s’il n’y croit pas, c’est un signe de sagesse.

J’ai voulu mieux comprendre et j’ai demandé à un politicien de son entourage de développer sa pensée. Croyez-vous, a-t-il dit, que les dirigeants et que les commandants d’armée qui l’ont précédé aient été moins avisés que lui ? Depuis 50 ans, nous souffrons d’actes terroristes et à ce jour, personne n’a trouvé de solution pour enrayer ce fléau. La puissante Amérique n’a pas pu combattre les kamikazes et en fin de compte elle a utilisé l’arme atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Est-ce l’intention du ministre que d’utiliser cette arme contre les palestiniens ? bien sûr que non. De quelle solution parle-t-il ? Il est clair que ce politicien sait très bien qu’il n’existe pas de solution magique à cette situation, alors pourquoi fait-il une telle déclaration ? Il faut savoir que la situation la plus inquiétante pour un peuple est celle de constater que son dirigeant hésite ou qu’il s’avoue impuissant à agir. L’envergure d’un chef se révèle lorsque précisément tout va mal, que le peuple est troublé et qu’il a besoin d’être rassuré ; si ministre sait qu’en vérité il n’y a pas de solution naturelle à la terreur, et que sa déclaration avait pour but de rassurer ceux qui ont foi en lui, ceci peut être considéré comme un acte sensé.

Nos Sages nous enseignent «qu’il n’y a pas de plus grande joie que celle de dissiper les doutes». Le doute torture et nuit à la sérénité de l’homme, qui espère pourtant le voir se solutionner tel qu’il le désire, mais même dans le cas où le résultat ne lui donne pas tout à fait satisfaction, il est cependant soulagé du poids qui l’oppressait.

Pin’has, nous l’avons vu, était conscient de l’état de trouble dans lequel se trouvait le peuple ; il savait que sans action immédiate, l’atteinte à l’alliance sacrée (la berit) conclue avec chaque juif, dont le symbole est la circoncision, entraînerait la chute morale dans tous les rangs du peuple, et qu’alors il deviendrait impossible d’y remédier. Connaissant la halakha transmise à Moché au Sinaï, il a mis son courage et son dévouement à l’Éternel au-dessus de tout intérêt personnel, sachant fort bien qu’il mettait sa vie en jeu, et a rétabli la paix entre Israël et son Dieu dans un moment particulièrement critique.

Un peu de recul : le rav S.R. Hirch, père de la néo-orthodoxie au XIXieme siècle, souligne que « la paix avec l’Éternel, non plus que la paix entre les hommes, ne peut être érigée sur les compromis, les faiblesses, les reculs ». L’expérience tragique de nos jours nous a suffisamment enseigné ce que peut coûter la politique de la paix à tout prix. Toute hésitation, toute tendance à tergiverser mènent infailliblement à la catastrophe. Pin’has est ainsi le type même du chef qui sait hardiment rompre là où il n’est plus possible de s’entendre. Il accepte délibérément de passer pour un trouble-fête, ou un esprit intolérant, dès qu’il s’agit de rétablir la justice et de sauvegarder la morale divine. Celui qui, pour sauver la paix, quitte le terrain du combat, se fait le complice des ennemis de l’Éternel.

Et cette idée se retrouve lorsque le Midrach identifie Pin’has avec le prophète Elie, qui viendra, selon la tradition, annoncer la venue des temps messianiques. Le prophète Elie non plus ne saura construire un monde nouveau sur des fondements incertains et équivoques. L’avenir appartiendra aux idées claires et droites et non pas à la politique des compromis.

Il est remarquable de constater combien les explications des commentateurs de la Torah sont d’actualité, quelle que soit l’époque à laquelle ils ont été rédigés.

L’intervention de Pin’has a révélé l’intérêt profond qu’il portait à l’unité et à la continuité du peuple d’Israël ; il est certain qu’il ne comptait pas sur le miracle et qu’il savait qu’il avançait vers le sacrifice de sa vie ; malgré cela, il n’a pas hésité à enseigner une règle de conduite en présence de son Maître, parce qu’elle devait être appliquée précisément à ce moment dans le but d’arrêter le fléau qui sévissait, et il ne lui en fut pas tenu rigueur. Au contraire, le texte nous rappelle ses nobles origines : «Pin’has, fils d’Elâzar, fils d’Aharon haCohen» Et l’Eternel continue, à l’intention de Moïse « Transmets-lui Mon salut de Paix, Je lui accorde Mon alliance de Paix. Cette expiation agira toujours pour le pardon » Au livre des Téhilim on parle de Pin’has en disant : «Pin’has se leva pour faire justice, et le fléau cessa de sévir» Pour cela, il eut droit à la plus grande bénédiction à laquelle un homme peut aspirer, celle du CHALOM, ainsi qu’il est noté en fin du traité Ôqtsin : «L’Eternel a voulu bénir Israël et il n’a pas trouvé de réceptacle plus digne pour la contenir que le CHALOM »

JERUSALEM, capitale du royaume d’Israël, était si belle que nos sages ont pu dire : «quiconque n’a pas vu Jérusalem dans sa gloire n’a jamais rien vu de superbe ». Et au cœur de Jérusalem, le Sanctuaire, entouré d’un halo de sainteté, témoignait des liens qui unissaient Israël à l’Eternel. Toutes les portes du Sanctuaire, ainsi que la plupart des ustensiles, étaient en or. Des milliers de lampes en or décorées de fleurs et de boutons inondaient le saint lieu d’une lumière d’or.

Dans le calendrier juif, deux dates sont particulièrement fatidiques et commémorent les événements les plus terribles de notre histoire : ce sont le 17 Tamouz et le 9 Av. Les trois semaines qui séparent ces dates sont appelées «bein hametsarim, entre les passages étroits», d’après le verset des Lamentations, parlant du peuple juif exilé après la destruction du Temple : «Elle demeure parmi les nations sans trouver le repos. Ses persécuteurs tous ensemble l’ont atteinte dans les passages étroits ».

Confirmant l’adage de nos sages : « les jours fastes sont comblés de bienfaits et les jours néfastes sont accablés de malheurs » (Taânit 29), on peut constater que le 17 Tamouz et le 9 Av (ainsi que la période qui sépare ces deux dates) sont chargés d’évènements tragiques pour notre peuple.

Le 17 Tamouz

•Les premières Tables de la Loi ont été brisées par Moïse lorsque, descendu du Mont Sinaï, il a vu la faute du veau d’or

•A la suite du siège de Jérusalem qui précédé la destruction du Temple, les sacrifices quotidiens ont été arrêtés faute d’agneaux

•Une brèche a été ouverte dans la muraille qui protégeait Jérusalem, par laquelle se sont engouffrés les ennemis des judéens qui ont détruits le 1ier comme le 2nd Temple

Le 9 Av

• La génération sortie d’Egypte s’étant lamentée après le retour des explorateurs de la Terre de Canaan, elle fut condamnée à ne pas pénétrer dans la Terre promise. Comme le rappelle le Midrache : « l’Eternel dit aux Hébreux : «vous vous êtes lamentés sans raison. Je vous donnerai, ainsi qu’aux générations à venir, des raisons de vous lamenter »

• Le 1er Temple a été détruit en l’an 3338 (soit – 422)

• Le 2nd Temple a été détruit en l’an 3828 (soit en 68)

• Après cette 2nde destruction, prise par l’ennemi de la ville de Bétar

• L’empereur Adrien laboura Jérusalem, réalisant le verset : «Sion sera labourée comme un champ et Jérusalem deviendra un monceau de ruines »

Plus proche de nous, et bien après l’époque des Maîtres de la Michna et de la Guémara, c’est un 9 av qu’eut lieu l’expulsion, cruelle et terrible, des juifs d’Espagne, comme l’écrit Don Its’haq Abravanel dans ses commentaires : «en l’an 5252 (1492), Ferdinand IV, roi d’Espagne, a décrété l’expulsion des juifs de son pays, et fixé la date limite d’exécution au 31 juillet ; ensuite le roi leur accorda un sursis de deux jours, soit jusqu’au 2 août qui cette année-là correspondait au 9 av. Alors, toutes les familles juives, vieillards, malades, femmes et enfants quittèrent l’Espagne, exposées au glaive, au pillage, aux tempêtes et aux bêtes féroces ».

Les plus grands malheurs sont en rapport avec la destruction des premier et deuxième Temples, qui s’est produite durant cette période néfaste de l’année.

Selon les maîtres du Talmud, le premier Temple a été détruit à cause de trois péchés qu’Israël a commis en ce temps-là : l’idolâtrie, la débauche et le crime. Le 2nd Temple, bien qu’alors l’ensemble du peuple d’Israël pratiquait la Torah, les commandements divins et le ‘héssèd, a été détruit à cause de la haine gratuite, (en hébreu sin’ate ‘hiname) ce qui nous permet d’en déduire que cette seule faute équivaut à l’idolâtrie, la débauche et le crime.

Prenons conscience de nos responsabilités en tant que citoyen et en tant que juif : si nous faisons tout ce que nous pouvons pour augmenter la solidarité et la fraternité, si nous mettons ce qu’il faut pour nous affermir dans l’étude de la Torah et dans l’accomplissement des préceptes, en pratiquant la justice sociale et l’amour et le respect d’autrui, nous mériterons de faite hâter ce que l’on appelle « les temps meilleurs ».

rabbi Michel Liebermann

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