TEROUMA

Exode XXV terouma l’art d’ériger un tabernacle intérieur
Rabbi Michel Liebermann
 

Après avoir développé les statuts et les lois entre les personnes, en somme une partie du code civil, notre texte , cette semaine, s’oriente sur une construction touchant au « sacré », une architecture religieuse : construire en plein désert, un « habitacle pour le divin ». Nombreux sont ceux qui analysent le texte dans sa littéralité : les faits, les matériaux, les mesures, les catégories de travaux que cela implique…. D’autres pourraient voir, et c’est ce que je vous propose, un travail bien plus centré sur l’être humain, sur ses comportements.
Cela arrive chaque année. Chaque fois que nous ouvrons la Torah pour lire sefer chemot, le Livre de l’Exode, le Texte nous regarde fixement en face. Nous nous demandons : dans le monde, que Dieu a-t-il en tête en faisant mettre par écrit toutes les subtilités et les détails de la construction du Tabernacle, le Michkan dans le désert ? Cette section semble beaucoup plus appropriée à un cours d’architecture qu’à ce que je qualifierais des Instructions de vie du Livre de Dieu!
Que devons-nous faire de cette partie de la Torah aujourd’hui et comment pouvons-nous progresser à l’aide de ce texte-outil ?

Rappel des thèmes de la paracha
• Les offrandes (térouma). La paracha commence par la consigne donnée à Moïse d’inviter les enfants d’Israël à apporter et donner volontairement des offrandes selon leur coeur (achér yidvénou libo) afin d’ériger le sanctuaire portatif dans le désert (michkane). Il s’en suit les détails des matériaux ainsi que le but des assemblages :
• Les ordonnances précises pour construire le sanctuaire : l’arche (arone, Ex. 25, 10), avec ses anneaux (tabéôte) et ses barres (badim) pour la porter.
• Elle est surmontée par les deux chérubins (kérouvim).
• La table (choul’khane) des pains (lé’hém).
• Le chandelier (la ménora) à 7 branches.
• Le tabernacle avec ses tentures (yériôte, ch. 26).
• La clôture de planches (qérachim) avec ses tenons (yédote), ses socles (adanim), ses piliers (âmoudim).
• Le rideau (parokhète) qui sépare le sanctuaire du Saint des Saints (qodéche haqodachim).
• L’autel (le mizbéa’h) en bois de chitim recouvert d’airain ; ses vases, pelles, et autres ustensiles.
• Le parvis (le ‘hatsér).
L’ÉDIFICE. Composés de piliers en bois et solidement reliés par des traverses, les trois côtés du sanctuaire laissent l’entrée béante, fermée uniquement par un rideau. D’après le récit biblique, une traverse invisible courait tout le long des trois côtés et donnait à l’ensemble de la construction une unité parfaite. 4 traverses visibles, deux à l’intérieur et deux à l’extérieur, la complètent. Peut-être est-ce là une allusion aux 4 mères dont descendent les douze tribus d’lsraël(Rachel, Léah, Bilha et Zilpa), et qu’un seul père, Yaacov, qui les unit dans une famille réelle. 4 groupes se distinguent a l’intérieur du peuple : la direction spirituelle, la direction politique, la paysannerie et le commerce. Chacune de ces 4 branches est représentée par une tribu dirigeante. Lévi: chef spirituel. Juda, chef politique. Zabulon, grand commerçant, explorateur des mers, et Naphtali, assure de la bénédiction de l’Éternel. Leur diversité n’est qu’apparente, ils sont tous unis par la traverse intérieure, par le même souffle qui leur vient de l’héritage de Yaacov.
Laissez-moi d’abord poser une autre question. Au début de Paracha Teroumah (Exode 25: 1-7), l’Eternel dit à Moïse de recueillir des dons de tous les enfants d’Israël, quelles que soient leurs conditions, pour les matériaux de construction du Michkan (le Tabernacle). Il mentionne les matériaux spécifiques qu’ils devraient apporter tels que l’or, l’argent, le cuivre et la laine turquoise.
Pourquoi doivent-ils apporter des matériaux spécifiques?
Pourquoi ne suffit-il pas de faire un don (en argent par exemple) et la « fondation pour la confection du Tabernacle » irait acheter le matériel?
Pourquoi l’accent a-t-il été mis sur les articles qui devaient être donnés par opposition à l’argent simple?
La réponse nous enseigne quelque chose de fondamental au sujet du Michkan. Le Tabernacle devait être la combinaison des efforts de tous. Chaque chose que nous possédons fait partie intégrante de qui nous sommes. Le texte nous fait ressentir que Moïse voulait que nous contribuions par notre essence à l’élaboration du Michkan, et que ces parcelles de notre être (même profond ou pas) soit présent dans cette construction. En somme c’est un assemblement qui pourra attester la qualité de notre rassemblement. Que faisons – nous pour la cause commune….Dans chaque barre d’or que je donne pour cette construction commune,, dans chaque pièce de tissu que je donne, il y a un morceau de qui je suis, etc….. J’ai investi une partie de ma vie et de mes énergies pour acquérir cette appartenance et c’est à bien des égards une représentation de mon être intérieur.
Nous avons tous expérimenté ce concept en voulant posséder un maillot d’un ‘athlète , un ballon de foot de l’équipe préférée ou un stylo d’une célébrité. Beaucoup d’entre nous aiment conserver les vieux livres ou meubles de nos grands-parents décédés, parce que nous sentons que nous nous accrochons à leurs biens, peut-être plus au bien-être et aux bienfaits qui les ont caractérisés.
De même, l’Eternel énumère toutes les différentes « manières» dont les possessions que les enfants d’Israël ont données qui ont été utilisées. Chaque nuance, chaque instruction architecturale est mentionnée. Le texte veut nous montrer comment, par l’inspiration divine, les architectes et artisans ont façonné nos possessions pour arriver à former une structure collective attestant leurs qualités fondamentales, celle d’une assemblée unie, agissant ensemble, avec les spécificités de chacun.
Ce thème explique pourquoi la Torah utilise autant de versets décrivant la construction du Tabernacle.
les textes parlent du Temple dans les mêmes termes qu’il y est parlé de la création : par le Temple, la structure superposée du haut et du bas fonctionne à nouveau avec la circulation continue de la présence divine (la chékhina). Israël y est le foyer de bénédictions pour toute la création et pour tous les peuples (revoir Genèse 12, 3).
Même si les peuples ne lui en sont pas gré. Israël est vu alors comme la source et le lieu qui fonde l’existence des mondes dans la bénédiction, et le point central en est le Temple. Il est le microcosme du fonctionnement optimal des mondes.
C’est tout cet ensemble de significations que l’on appellera “voici les comptes du sanctuaire” (élé péqoudé hamichkhane, Exode38, 21)..
Le Temple est l’endroit qui focalise tout cet ensemble, comme le coeur dans le corps de l’homme. Il est la station de re-création continue du monde ; voilà pourquoi ce qu’il en est dit est dans les mêmes termes que ceux mêmes de la création ; prenons les 2 premiers livres de la Torah et comparons:

– parallèles des zones différentes (Béréchite 1, 6 et EX 26, 33).
– les eaux ( Béréchite 1, 9 et EX 30, 18).
– la lumière ( Béréchite 1, 14 et EX 25, 31).
– les oiseaux et les ailes ( Béréchite 1, 20 et EX 25, 20).
– la complétude ( Béréchite 2, 1 et EX 39, 32).
– la bénédiction d’achèvement ( Béréchite 1, 28 – 2, 3 et EX 39, 43).

La structure du Temple est également un résumé spatial et compréhensible de ce qui nous est dit de l’union de notre monde avec celui d’en haut, du visible et de l’invisible. Donnons en un exemple : les chérubins sont placés sur l’arche et ce thème est repris pour le monde d’en-haut dans les visions du prophète Ezéchiel X, 19 et dans le Psaume 80, 2 5(« révèle-toi dans ta splendeur, toi qui trônes sur les Chérubins »).
Cette unité du haut et du bas est exprimée dans la prière du soir avant la récitation du Chémâ Yisraël …… Adonay Ehad ; et dans le verset “Il y eut un soir, il y eut un matin, jour Un” du début de la Genèse.
Cela est exprimé aussi par la succession des zones du sanctuaire qui sont une seule surface mais de moins en moins visible, et de plus en plus secrète, jusqu’au Saint des Saints. Ainsi il en est de chaque être également. La tradition dit que la Présence Divine réside dans les pensées du peuple préoccupé de la construction du Temple ; car il se construit alors, et construit également le monde en qualité.
Revenons à la question : n’avons-nous pas tous quelque chose que nous possédions dont nous étions tellement amoureux que nous le connaissions si bien? Certains d’entre nous ont peut-être eu une voiture que nous pourrions décrire dans les moindres détails jusqu’à son tuyau d’échappement. D’autres peuvent avoir une maison qu’ils ont achetée ou l’ont construite (ou plutôt fait construire) qui est tellement à la pointe de la technologie qu’ils en sont tombés amoureux. Ils peuvent décrire tous les coins et recoins de la maison.
De même, notre tradition nous fait ressentir, par cette métaphore, que l’Eternel ressent pareillement son Michkan. Après tout, c’est Sa maison dans le monde. C’est là que repose Sa Présence Divine parmi Sa nation spéciale appelée dans le texte Israël. Il n’est pas étonnant qu’Il soit fasciné par chaque détail de la construction du Tabernacle et il souhaite que nous le soyons aussi.
Mais par-dessus tout, le texte tend à nous démontrer que l’Eternel semble être «obsédé» par le bâtiment et l’architecture du Tabernacle parce qu’il y voit une âme collective du peuple d’Israël, à travers le matériel qu’ils ont donné à partir de leurs acquisitions personnelles.
Cette idée explique peut-être un passage déroutant du prophète Ezéchiel (43: 10-11): « Toi fils de l’homme, décris le Temple à la maison d’Israël, pour qu’ils rougissent de leurs iniquités, qu’ils en vérifient le plan. S’ils rougissent de tout ce qu’ils ont fait, expose-leur et dessine devant eux le plan du Temple, ses dispositions, ses issues, ses accès, toutes ses parties, ses dimension, sa forme et son ordonnance, qu’ile en retiennent tout le plan et l’architecture, afin de les exécuter »
Comment la forme et la structure du Temple se connectent-elles à la honte des péchés et des fautes commises ? Si nous nous rappelons pourquoi le Texte semble nous apprendre que l’Eternel est si préoccupé par les détails et la minutie du Tabernacle et du Temple, alors nous serons complètement débarrassés de nos iniquités. Le Tabernacle et sa construction est un témoignage vivant de l’amour du divin pour nous et de notre essence (qui est présente dans nos possessions) qui est devenue le matériau de construction du Michkan.
Alors revenons aux questions traditionnelles :
Si nous contemplions l’amour et le souci énorme du divin pour nous, serait-il alors encore possible de se rebeller et de fauter contre Lui, comme le rappellent si bien les prophètes d’Israël d’antan ?
Nous aurions seulement honte de nos transgressions.
Par quoi sommes-nous obsédés?
Qu’est-ce qui nous pousse à connaître sa minutie?
Et pour aujourd’hui, posons la question simplement, en cherchant une réponse de l’intérieur :
Est-ce que ce sont les médailles olympiques que vont nous ramener les joueurs, qui rythment notre vie et notre existence, les records et les statistiques de nos athlètes préférés lors des J.O. ?
Ou est-ce quelque chose de plus spirituel et significatif ?
Par quel genre de minutie devrions-nous être obsédés?
En lisant cette Paracha de Teroumah cette semaine, laissons donc sa minutie transformer notre système de valeurs en nous élevant par nos actions les éléments matériels qui nous entourent, et en nous rendant plus agissants et spirituels dans les détails. Certainement, en prônant un parcours plus vrai sur notre être profond, par nos bien-faits et la pratique d’une justice sociale plus conséquente, agrémentés de l’étude, nous contribuerions à l’échafaudage de temps meilleurs. Nous partrons ainsi du michkan intérieur à l’élaboration du michkan universel où chacun aura sa place.

rabbi Michel Liebermann

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