TOLDOT

5779 Toldot Le double service d’Yitzchak

Rabbi Michel Liebermann

Le premier verset de notre paracha Toledot commence par déclarer: «Ce sont les chroniques (les engendrements) de Yitzchak, fils d’Avraham. Avraham à engendré Yitzchak.» Nos Sages nous apprennent que le verset répète « Avraham était le père d’Yitzchak », pour nous dire qu’Avraham et Yitzchak étaient semblables. La similitude entre Avraham et Yitzchak est un peu difficile à comprendre compte tenu du fait que le service spirituel du premier impliquait l’attribut de l’amour («Avraham ohavi, Abraham qui m’aime») alors que le service de ce dernier était accompli avec révérence et crainte de l’Eternel (le terme utilisé est pa’had Yitshak, la «peur d’Yitzchak»). Plus troublant encore est le fait que nous trouvons deux aspects apparemment opposés concernant Yitzchak. Alors que d’un côté son service spirituel était celui de crainte et de respect, alors que son nom, Yitshak, même dénote la joie et le rire. Attention, ce n’est pas un rire immédiat, dans le présent, d’ailleurs la première lettre Y indique le futur ( donc il rira) Sa vie physique était également extrêmement riche – «Il a prospéré jusqu’à devenir extrêmement riche.” Cette anomalie pourrait s’expliquer par le fait que, même si le service spirituel d’Avraham et d’Yitzchak était totalement différent, l’un servant par amour et l’autre par la peur, cette différence n’existait que dans le premier aspect de leur service; ils n’étaient pas unidimensionnels. Ainsi, Avraham servit aussi avec crainte, alors que le service spirituel d’Yitzchak contenait aussi de l’amour. Bien que ce soit effectivement le cas, le nom même d’Yitzchak est celui de la joie et du rire. Nous devons donc forcément affirmer que ces attributs étaient essentiels à son service. Comment cela se peut-il?

L’une des différences entre l’amour et la peur est que l’amour implique l’attachement de l’aimant à l’objet de son amour. C’est pourquoi l’individu qui aime n’est pas annulé avant ce qu’il aime; bien au contraire, il se sent et prend conscience de lui-même et se rend compte que, par son amour, il se rapproche de sa bien-aimée. Mais une personne est annulée avant celle dont elle est émerveillée. Un exemple serait la relation d’un enfant et de ses parents, d’un serviteur et de son maître. La relation de l’enfant avec son parent est principalement une relation d’amour. Cela le conduit à être attiré par son parent. La relation entre un serviteur et son maître est avant tout une crainte et un respect. Cela apporte un sentiment d’abnégation et d’insignifiance à son maître et une acceptation du joug de son maître. La même chose est vraie en ce qui concerne le service divin. La relation du peuple juif à l’Eternel est à la fois celle des enfants et des serviteurs – banay atèm li, laChém elohékhèm Vous êtes des enfants du Seigneur votre Dieu“,et plus loin “Ils sont mes serviteurs”. Contempler sa proximité avec l’Eternel (“Tu es notre Père”) suscite et révèle son amour pour lui; contempler qu’il est notre roi suscite et révèle un sentiment de crainte et d’abnégation. Le but ultime de la crainte, cependant, n’est pas de générer un sentiment d’insignifiance. Plutôt, parce que l’on se sent sans importance dans et de soi, on est mieux en mesure de s’approcher du divin. En fait, une personne peut être encore plus proche de l’Eternel par crainte que par amour.

En effet, puisque l’amour implique une conscience permanente de soi et que l’homme mortel est nécessairement limité, sa proximité avec le divin doit également être limitée. Ce n’est que lorsqu’une personne s’annule par crainte qu’elle devient capable de recevoir une mesure de divinité qui transcende ses limites humaines. La même chose est vraie en ce qui concerne Yitzchak. Son service spirituel de respect et de peur a servi de prélude au bonheur véritable et illimité, à la joie et à la proximité de Dieu, qui peut être réalisé au mieux par l’effacement de soi. Ainsi, bien que le service spirituel d’Avraham et de Yitzchak fût extérieurement dissemblable, ils étaient fondamentalement identiques, un rapprochement de plus en plus rapproché de Dieu.

Rabbi Michel Liebermann

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