TSAV

5778 LEVITIQUE VI – VIII,36 Tsav
Rabbi Michel Liebermann

 

 

 

 

Ce n’est pas innocemment que le surnom du 3ième Livre de la Thora est « torat cohanim », le manuel des prêtres. Dans notre vision contemporaine, où il n’y a pas de Temple, ni de sacrifices, on peut se demander : quelle profondeur et quels sont les messages internes que nous devons rechercher. Certainement que les rituels « sanguinaires » des temps mosaïques proposés dans la Torah revêtent des sens cachés, sinon, comment ne pas être taxé de « primitifs » ou même de « violents » ? Depuis que nous analysons régulièrement ces textes dans nos commentaires, il faut aller rechercher dans les sources des anciens. Du coup, chers lecteurs (trices) nous aurons de nombreuses citations talmudiques à évoquer, ainsi que l’aide précieuse de plusieurs sommités rabbiniques. Ce n’est pas juste un commentaire, mais une étudequi vous est proposé. La patience et l’énergie vous récompenseront.
D’autre part, comme nous sommes à la veille de la fête de Pessah, notre chabbat porte également le nom de « chabbat hagadol », le grand chabbat.
Le Chabbat qui précède la fête de Pessa’h est appelé Chabbat Hagadol parce qu’un grand miracle se produisit ce jour : lorsque les Béné-Israël firent l’acquisition de l’agneau pour le Korban Pessa’h, pour le Midrach c’était un Chabbat ; les premiers-nés Egyptiens se rassemblèrent et leur demandèrent dans quel but ils achetaient ces animaux. Les Béné-Israël répondirent : C’est notre sacrifice pour Pessa’h… L’Eternel va tuer les premiers nés Egyptiens. Ces derniers allèrent chez leurs parents et chez Pharaon pour demander la libération des Hébreux. Après avoir essuyé un refus catégorique les premiers nés se révoltèrent et tuèrent de nombreux compatriotes… Les Rabbis instituèrent le souvenir de cet évènement le jour du Chabbat et ils l’ont nommé Chabbat Hagadol.»
Il est intéressant de remarquer que le souvenir de cet événement fut fixé selon le cycle hebdomadaire, alors que toutes les fêtes Juives suivent le calendrier et l’ordre mensuel. Soulignons le fait que le miracle de ce jour s’apparente à l’esprit du Chabbat. « Que manquait-il au monde après les six jours de Création ? Il ne manquait que le repos ! Le Chabbat est venu ; le repos est arrivé ! » Le Temps est tout autant une entité créée que les autres éléments de la Création ; avant la création du monde, le temps n’existait pas, vu que le temps et l’espace sont étroitement liés. Ainsi, durant les six jours de la Création, chaque jour, à chaque instant se produisait quelque chose de nouveau : une nouvelle extension du temps était créée. S’il en est ainsi, les mots de nos sages cités plus haut méritent d’être approfondis : Comment dire que le jour du Chabbat, il ne manquait que le repos, alors qu’à priori c’est le temps lui-même du 7ième jour qui n’existait toujours pas et qui fut alors créé ! Nous en déduisons donc que ces deux concepts – le temps du Chabbat et le repos – sont tellement liés qu’ils se confondent en une seule et même entité. Les six jours de la semaine partagent une certaine similitude. Ils rentrent tous dans un cadre temporel où le passé, le présent et le futur s’enchaînent. Le Chabbat apporte une dimension nouvelle au cadre temporel : d’une part, il garde une mesure temporelle – sa durée – et d’autre part, il exprime le repos – la pause temporelle. En fait, c’est l’expression d’un temps où règne la transcendance du présent, du passé et du futur. C’est précisément ce qui se produisit ce fameux Chabbat Hagadol. Les premiers nés Egyptiens – les hommes les plus puissants de l’Empire qui oppressaient notre peuple – se transformèrent soudainement et miraculeusement en alliés – tout en gardant leur identité égyptienne. La similitude avec le Chabbat est donc évidente : la limite de la création vient se fondre dans la transcendance, comme le soulignerait Emmanuel Lévinas.
Alors relions tout cela avec la paracha de cette semaine qui traite des offrandes. Toutefois, il est bon de revoir certaines approches de l’histoire de notre peuple, telle qu’elle est relatée dans la Torah et interprétée par le Midrach et le Talmud.
Il y a trois opinions dans le traité Nedarim concernant les raisons pour lesquelles le peuple hébreu a été réduit en esclavage en Égypte pendant 210 ans. Curieusement, toutes ces explications impliquent un échec de la part d’Avraham, notre Patriarche. L’une des raisons de la servitude en Egypte était qu’Avraham interrogeait l’Eternel de façon inappropriée quand il lui fut dit: «Tes enfants hériteront de la Terre d’Israël …» Avraham demanda à l’Eternel: «Comment puis-je savoir qu’ils vont en hériter? Comment saurai-je qu’ils seront dignes? ” Immédiatement après la question d’Avraham, la Torah nous dit que l’Eternel lui a dit :” Tes enfants seront des étrangers dans un pays qui n’est pas le leur … ”
Une autre explication offerte par les rabbins pour l’asservissement des Hébreux est que selon un Midrach (lecture allégorique du IIIe siècle) Avraham a interrompu l’étude de la Torah auprès de ses étudiants afin d’aller à la guerre pour sauver Lot de la captivité.
Une troisième raison mentionnée dans la Guemara pour l’Exil était qu’Avraham avait raté l’opportunité de convertir un groupe de personnes au monothéisme. On s’appuie ici sur un verset dans Gen. : « Après la victoire d’Avraham sur les 4 rois les plus puissants qui avaient pris les Sodomites captifs, le roi de Sodome s’approcha d’Avraham et dit: «Donne-moi le peuple et prends les possessions». La réponse d’Avraham au roi de Sodome était: «Je ne vous prendrai pas ni un fil ou un lacet ». C’est à ce moment qu’Avraham eut l’occasion (en tant que vainqueur) de prendre les gens de Sodome pour les convertir du paganisme au monothéisme, mais il ne l’a pas fait. Du coup, selon le Midrach, l’Eternel a dit à Avraham, “De même que tu as permis à ces gens de rester païens et de ne pas les amener sous la Présence Divine, tes enfants dans le futur seront mis en position d’être exposés au paganisme.” (dans la terminologie talmudique cela s’appelle mida kenèguèd mida, mesure pour mesure).
Toutes ces raisons données pour l’esclavage du peuple Hébreu en Egypte se concentrent sur les échecs d’Avraham et non sur les défauts de nos Patriarches Isaac ou Jacob. On pourrait penser que les insuffisances des autres patriarches auraient contribué à l’Exil des Hébreux en Mitsrayim ( Egypte). Pourtant, nous voyons que seul Avraham est distingué.
Pourquoi les descendants d’Avraham devraient-ils être punis pour ses échecs? En outre, la Torah nous dit que chaque personne est coupable pour ses propres péchés – comme il est dit dans le verset: «Chaque personne sera tuée pour son propre péché …» Pourquoi le peuple hébreu devrait-il passer 210 ans en Égypte pour expier? pour les lacunes d’Avraham?
Le Traité Yevamot nous dit que le peuple juif possède certaines caractéristiques uniques telles que laprise de conscience de la honte, la miséricorde et le besoin d’accomplir des actes de gentillesse (hessed). Toutes ces caractéristiques font partie du “pool génétique” juif parce qu’elles sont héritées d’Avraham. qui était l’ancêtre du «pool génétique» spirituel du peuple juif. Il est le Père fondateur et la racine de toutes les générations qui suivent. Le principe énoncé dans la Torah que «chaque personne sera tuée pour son propre péché …» ne s’applique qu’à une situation qui concerne un seul individu. Cependant, dans le cas d’Avraham qui était la «racine» et la fondation du peuple juif, son niveau de pureté était crucial et vital pour l’évolution et le développement du peuple juif jusqu’à la fin des temps. Si la racine d’un arbre est malade, cette maladie aura un impact sur la croissance et le développement de l’arbre et de ses fruits. De même, à cause de ses échecs, « l’impureté » d’Avraham devait être purgée pour que le peuple juif soit un peuple spirituel éternel. C’est ici un développement cabbalistique qui n’est pas facile à saisir !! Par conséquent, l’imperfection causée par Avraham devait être rectifiée par le séjour des Hébreux ( ses descendants) en pays de mitsrayim, Égypte, pendant 210 ans.
Pour comprendre ce qui précède rappelons qu’il y a d’autres axes ou outils spirituels qu’utilisent nos maîtres pour mieux aborder la chose. Ici, c’est l’activation de l’attribut de miséricorde midat hara’hamim, qui domine
Dans la paracha de cette semaine, la Torah déclare: “Ceci est la loi de l’offrande d’olah (l’holocauste) …” Rachi cite la Guemara, qui explique que ce verset nous enseigne que la brûlure des membres et les graisses des offrandes peuvent même être faites la nuit. La Guemara déclare que le processus sacrificiel depuis l’abattage de l’animal jusqu’à l’aspersion du sang sur l’autel doit être effectué pendant la journée. Si le sang était reçu mais n’était pas encore répandu au coucher du soleil, l’offrande n’est pas valable. La Guemara déclare que l’expiation ne se produit que par l’aspersion du sang du sacrifice. Ainsi, si le sang a été répandu pendant la journée et que par la suite les membres et/ou les graisses du sacrifice sont devenus contaminés ou invalides, la personne a entièrement expié. C’est parce que l’aspersion du sang a été faite pendant la période de temps appropriée à un moment où les membres et les graisses étaient encore qualifiés pour être brûlés. Le fait que les membres et les graisses sont devenus invalides après l’arrosage n’est pas pertinent pour l’expiation de la personne.

La question qui nous importe, pour nos jours, est de comprendre pourquoi le processus d’expiation qui implique le sang du sacrifice doit-il avoir lieu pendant la journée? La Torah se réfère aux sacrifices comme Korban Lashem (Sacrifice à l’Eternel), ce qui signifie que le concept de sacrifice, qui est un moyen d’expiation, n’est possible qu’à la suite de l’Attribut de la Miséricorde (Midat HaRa’hamim). Dans le contexte de l’Attribut de Justice ((Midat haDin), il n’y a pas de pardon. Ainsi, il n’y a pas de place pour les sacrifices. L’attribut de justice (Midat HaDin) dicte que quand on pèche on devrait être puni immédiatement.
La possibilité d’expiation ne peut avoir lieu que pendant la journée parce que le jour est un temps de Ra’hamim (miséricorde); cependant, la nuit est associée à Din (Jugement). Par exemple, dans la bénédiction de clôture de la Amida (Sim chalom) l’Eternel est appelé Avi, Père, qui est synonyme de Miséricorde. Cependant la ‘Amida de la nuit se termine avec la référence de l’Eternel comme Adon (Maître) qui est synonyme de Jugement. La relation entre un Père et son enfant sont ceux qui reflètent la Miséricorde, tandis que la relation du Maître et de son serviteur est celle de la Justice. Par conséquent, le rituel de sang du sacrifice, à travers lequel l’expiation est réalisée, ne peut être saupoudré pendant la journée, car il a un rapport avec le Midat HaRa’hamim (Attribut de la Miséricorde).
Le statut de la prière de la prière de clôture de la soirée (Tefila de Arvit) est “Rechout” (non obligatoire) alors que les prières du matin et de l’après-midi sont obligatoires.
La Guemara explique que chacune des trois prières silencieuses (chmonei Esré) que nous récitons correspondent aux offrandes apportées au Temple.
1) Cha’harit (Service du Matin) correspond au Tamid chèl cha’har (Offrande Communale du Matin),
2) Min’ha (Prière d’Après-midi) correspond au Tamid Shal Bein Ha’Arbaayim (Offrande Communale de l’après-midi),
3) Arvit (Prière du soir) correspond à la combustion des membres et les graisses des offrandes qui ont eu lieu la nuit. La nuit était utilisée pour brûler les membres et les graisses seulement s’ils n’étaient pas brûlés pendant la journée; cependant, si tous les membres et les graisses des offrandes diurnes étaient brûlés pendant la journée, l’autel resterait vacant pendant la nuit. Cependant, les offrandes communales du matin et de l’après-midi étaient toujours apportées. Tout comme la brûlure des membres et des graisses était basée sur les circonstances, la récitation de Arvit l’est aussi.
Alors, pourquoi le service de prière du jour est-il obligatoire et que l’office de arvit (par rapport aux services du matin) le soir n’est pas?
La réponse est que sans Midat HaRa’hamim (l’attribut de Miséricorde) on ne pourrait pas résister à l’Attribut de Justice. J’explique, les offrandes du matin et de l’après-midi, en tant que services de prière de deux jours, sont à un moment où le Midat HaRa’hamim fait appel à l’Attribut de Miséricorde de l’Eternel.
Le Talmud cite les Prophètes “Nous apporterons des bœufs avec nos lèvres” ce qui signifie quand on récite la portion d’une offrande particulière qui est apportée au Temple, énoncée dans la Torah (et a une bonne compréhension de ce qu’il dit ) l’Eternel valorise cette récitation comme étant l’équivalent des boeufs (le sacrifice). Puisque nos prières correspondent directement aux offrandes, qui sont un moyen de s’appuyer sur Midat HaRa’hamim, il est impératif que nous prions avec le niveau approprié de concentration et d’intention de puiser dans l’Attribut de Miséricorde. Ceci est particulièrement dans nos moments de difficulté afin que nous puissions mériter le plus haut niveau de la Miséricorde. (ce passage fait écho dans la posture hassidique).
La Torah nous dit qu’il devait y avoir un feu continu sur l’autel et qu’il était interdit de l’éteindre. La Torah répète le commandement de ne pas éteindre le feu apparaît ainsi deux fois. Le grand exégèse Rachi cite les rabbis de la Tradition qui déclarent que si l’on éteignait le feu, on serait en violation de deux commandements négatifs.
Pourquoi la Torah est si catégorique de ne pas éteindre le feu sur l’autel? Le Séfer haHhinou’h1 offre une explication. La Guemara dit que durant la période du 1er Temple il y avait un feu céleste sur l’Autel qui consumait les offrandes. C’était en plus du feu humain (allumé par des hommes) qui était apporté tous les jours. Ce feu céleste était le même feu qui consumait l’offrande qu’Aaron avait apportée lorsqu’il commença à officier (voir Paracha chemini.) Ce feu représentait la Che’hina (la Présence Divine) entrant dans le Mishkan (Tabernacle). La Gemara dans le traité Zeva’him nous dit que lorsque le roi Salomon a inauguré le Temple, il y avait 25,000 offrandes qui ont été apportées en un jour et les feux sur l’autel les ont tous consommés. Il n’était pas possible qu’un feu terrestre puisse consommer ce nombre d’offrandes en si peu de temps et avec autant d’intensité. C’était seulement possible parce que le feu était céleste et donc aussi capable de consommer sur un niveau surnaturel.
Il y a un commandement positif pour ajouter du bois de chauffage à l’autel plusieurs fois par jour afin que le feu brûle continuellement. L’homme qui a fait le feu, apporté par le cohen pourrait s’éteindret. Cependant, le feu céleste, parce que son origine était spirituelle, ne pouvait pas être éteint physiquement. Le Sefer Ha’hinouh explique que la raison pour laquelle la Torah a insisté pour que le feu sur l’autel ne soit pas éteint était de dissimuler le miracle du feu céleste qui brûlait continuellement sur l’autel. Parce que si l’on devait assister au feu céleste (qui était la présence de l’Eternel) d’une manière si évidente, le pouvoir du libre choix serait enlevé. Puisque le but de l’existence de l’homme est de maintenir un état de libre choix pour permettre à l’humanité de grandir spirituellement, révéler la présence de l’Eternel en éteignant l’homme fait du feu serait contraire à cet objectif. Le Sefer ha’hinouh souligne que nous trouvons des circonstances similaires à la division de la mer. La Torah nous apprend qu’avant que l’Eternel ne divise la mer, il y eut un fort vent d’est qui soufflait toute la nuit et qui se terminait par le fractionnement de la mer au lever du jour. Le Sefer ha’hinou’h explique que le prélude du vent d’est qui précède la division de la mer était nécessaire pour maintenir un état de libre choix. Si l’on devait choisir de nier l’implication de l’Eternel dans la division de la mer, on pourrait attribuer ce miracle au phénomène naturel du vent fort. Si l’on choisit d’être irrationnel, L’Eternel lui fournit le cadre pour exprimer cette irrationalité. C’est pour maintenir son libre choix.
La Michna de Pirkei Avot (Éthique des pères) nous dit qu’il y avait dix miracles révélés qui pouvaient être observés chaque jour dans Temple. Par exemple, il y avait un arbre qui produisait des fruits d’or. La question à poser, selon l’explication de Séfer ha’hinou’h de ne pas éteindre le feu, est pourquoi ces miracles révélés n’ont-ils pas eu d’impact sur notre libre choix? Ces miracles étaient encore plus révélés que le feu qui brûlait sur l’autel parce que tous les Juifs étaient témoins de ces miracles; alors que le feu sur l’autel n’a été vu que par le cohen (le prêtre). Le non-cohen n’était pas autorisé à entrer dans le sanctuaire au delà de onze coudées.
Pourquoi le fait d’assister au feu aurait-il un plus grand impact que n’importe quel autre miracle vis-à-vis du libre choix? Quand le peuple juif se tenait au Sinaï et disait “Naaseh V’nishma (nous ferons et nous écouterons)”, concernant la Torah, L’Eternel a amené le ciel sur terre et tous les Juifs ont été témoins de la présence de l’Eternel dans cette existence. Pourquoi avons-nous été privilégiés à ce niveau de révélation? La réponse est que le peuple Hébreu était à un tel niveau de spiritualité quand nous avons dit: «Naaseh Vnishmah (nous ferons et nous écouterons) qui nous a rendus dignes de ce niveau spécial de révélation. Après la faute du veau d’or, l’assemblée d’Israël n’était plus digne d’être témoin de la présence de l’Eternel, le feu du Sinaï, donc l’extinction du feu sur l’autel n’était pas une question de témoin d’un miracle révélé mais plutôt d’un niveau spirituel où nous étions dignes d’être témoins de la présence divine.
Après être devenu indigne à la suite de la faute du veau d’or, la collectivité d’Israël n’était plus capable de témoigner directement de la présence de l’Eternel, mais plutôt, le Tabernacle ( Michkan) devait être construit pour accueillir la Che’hina. Ainsi le feu céleste dans le Mishkan était caché non pas parce que cela minerait notre libre choix mais plutôt parce que nous n’étions plus dignes de le voir directement. Après la destruction du 1er Temple, le peuple d’Israël est devenu encore moins digne; donc la présence divine n’était plus là même dans la dissimulation. À cause de notre niveau spirituel actuel, nous ne percevons plus les miracles révélés et nous ne voyons pas non plus de miracles dans la nature. Nous devons donc augmenter notre étude et notre observance de la pratique sociale afin de voir plus clair !!!!!
Comment devenir libre: Le Maharal de Prague2 dans son travail Gvourat Hachem cite le Midrash qui stipule qu’après le retour de Moïse en Egypte en tant que Rédempteur d’Israël, il fit un certain nombre de miracles devant les Hébreux pour s’établir comme l’agent de l’Eternel. La Torah nous dit qu’après Moïse a accompli les miracles, “VaYaamin Haam » (Et le peuple a cru). Le Midrach dit que c’est le moment où les Hébreux ont cru que la servitude a cessé. Les Egyptiens n’étaient plus capables de subjuguer les Juifs après avoir pris leur croyance en l’Eternel.
Le Maharal demande – quel est le lien entre les Juifs croyant en l’Eternel et la cessation immédiate de leur servitude? Il explique qu’un esclave est une personne qui est complètement affectée et contrôlée par les souhaits et les caprices de son maître à tout moment; en revanche, selon la loi juive, un employé doit avoir le droit de mettre fin à sa relation avec l’employeur à tout moment de son choix afin qu’il n’assume pas la posture d’un esclave. En tant qu’êtres humains, nous sommes contrôlés et liés par les influences du monde qui nous entoure. Par exemple, si la vision du monde était le paganisme et si nous nous permettons d’être soumis à cette vision du monde, alors nous nous établirions comme des gens qui se laissent influencer par les autres. Ainsi, comme une personne peut être soumise à l’esclavage, qui est un niveau d’influence externe plus extrême. Si, cependant, on va à l’encontre de son environnement et ne se laisse pas soumettre aux influences et aux croyances du monde, il s’affirme comme un être qui n’est pas soumis à l’influence extérieure. Ainsi, il ne peut pas être soumis à la servitude. Avec ce concept profond, nous pouvons comprendre pourquoi le moment où les Juifs croyaient que Moïse était l’agent de l’Eternel, le Pouvoir Omnipotent (l’Être Universel tout compris) malgré les croyances de leurs maîtres païens, les Égyptiens, n’étaient plus liés. En raison de leur posture spirituelle nouvellement assumée, ne se laissant pas affecter, ils étaient capables de s’élever au-dessus des contraintes physiques imposées par leurs maîtres.
Bien que le peuple juif rejette les croyances païennes du monde, nous sommes néanmoins soumis à un grand degré d’influences extérieures. Par exemple, nous sommes préoccupés par la façon dont les gens nous perçoivent et comment ils vont nous accepter, plutôt que d’être indifférents et ne pas permettre que cela nous empêche de vivre notre vie comme le dicte la Torah.
La Guemara nous dit que rien ne peut affecter une personne à moins que l’Eternel ne le veuille. Rabbi ‘Haïm de Volozyn explique que si une personne croit vraiment que rien dans ce monde ne peut l’affecter à moins que ce soit la Volonté divine, alors il ne peut être blessé par personne grâce à cette croyance. Si toutefois une personne se reconnaît aux autres dans une tentative de gagner la faveur de ses yeux, elle s’établit comme une personne soumise à d’autres influences. Ainsi, il peut être affecté par les choix des autres. Ceci est similaire aux concepts présentés par le Maharal de Prague, nous l’avions dit plus tôt.
Aujourd’hui, nous vivons à une époque très grave où les Juifs sont tués et mutilés chaque jour en Israël (antisémitisme, antisionisme – attentats). Depuis la Seconde Guerre mondiale, nous n’avons pas connu de période aussi périlleuse. Comment susciter l’attribut de la miséricorde divine pour nous protéger? Si nous nous faisons des illusions en pensant que nous serons protégés par nos alliés politiques ou en raison de la supériorité des forces de défense israéliennes, alors nous comptons sur autre chose que sur l’Eternel pour nous protéger. Nous ne sommes pas convaincus que rien ne peut nous arriver si nous ne le pensons pas.
Nachmanide3 dit que le peuple juif a toujours maintenu une armée permanente non parce que l’armée elle-même était notre seule protection, mais plutôt parce que nous ne comptons pas sur des miracles. Nous devons prendre l’initiative; Cependant, la victoire finale ne se produit qu’avec l’aide de l’Eternel.
Nous serons bientôt assis à la table du Seder familial le soir de Pessah, et nous raconterons comment, à chaque génération, nos ennemis se sont soulevés contre nous et ont essayé d’anéantir le peuple juif sans succès.
Nos ennemis ne nous ont-ils pas détruits à cause de nos armées ou de nos alliés politiques?
Avons-nous survécu à l’histoire, contre toute attente, en raison de la stratégie des communautés à travers l’histoire, ou grâce la puissance d’un feu supérieure? Nous survivons parce que l’Eternel veut notre survie. Il ne suffit pas de comprendre cela conceptuellement – nous devons intérioriser ce concept et en faire notre réalité. Plus nous sommes capables d’intérioriser le fait que l’Eternel est notre seul allié et sauveur, moins nous serons soumis à l’esclavage et aux contraintes du monde. Avec cela, nous pouvons maintenant comprendre la Michna Sotah qui parle des événements entourant la venue des temps messianiques. La Mishna déclare en effet, qu’à l’époque juste avant l’avènement de ces temps messianiques, l’arrogance et la violence seront hors de contrôle – “Les jeunes ne respecteront pas leurs aînés et tout ce que nous avons, c’est notre Père céleste sur qui compter.” La signification de ceci est que quand nous réalisons que nous pouvons seulement compter sur l’Eternel et personne d’autre que Lui, alors notre rédemption finale aura lieu.
Pour conclure cette étude difficile et qui nous remue. À savoir, quel est le vrai sens à donner à la liberté: Les hommes de la Grande Assemblée (- Ve jusqu’au IIe siècle), qui ont composé le texte de tous les différents services de prière, ont choisi les références appropriées pour chacune des fêtes et fêtes. Par exemple, Pessa’h (Pâque) est appelée dans la Amida (Prière silencieuse) comme ‘hag HaMatzot, Zman ‘hérouténou (la fête des Matsot le temps de notre liberté). Le sens simple de Zman ‘hérouténou (le temps de notre liberté) est que nous avons été libérés de notre esclavage en Egypte. Mais quelle est la signification de “liberté”? Et quel était le but de cette liberté? N’était-ce pas être soumis à un maître? Ou était-ce quelque chose de plus grand but? Le rabbin ‘Haim Luzzato4 dans son ouvrage Dere’h Hachem (La Voie divine) explique que « malgré le fait que l’Egypte a été décimée à la suite des Dix Plaies qui leur ont été infligées, les Hébreux n’étaient pas libérés de la véritable servitude jusqu’à ce que nous quittions Egypte. Le peuple juif était tellement infecté et imprégné de l’intense contamination spirituelle de mitsrayim (symbolisé par l’Egypte) que, pour être débarrassé de cette contamination, il a fallut l’intervention divine pour l’extraire de cet endroit. Alors qu’en Egypte la réalité de la croissance spirituelle n’était pas pertinente pour le peuple juif, ce n’est qu’à la suite de l’exode d’Égypte que le processus de purification et de réhabilitation spirituelles a pu commencer. »
Quand nous nous référons à Zman ‘hérouténou, nos rabbins faisaient référence non seulement à notre liberté physique, mais encore plus à notre liberté spirituelle qui nous a donné la capacité d’apprécier la spiritualité. La sortie de l’Egypte a été l’étape préparatoire pour nous permettre d’approcher du Sinaï.
Le Ramchal continue en disant que « si nous avons en tête quand nous récitons (le 3ième paragraphe du chema Israël) “Je suis l’Eternel, ton Dieu, Qui t’a retiré de la terre d’Egypte”, nous avons au milieu que l’Eternel nous a donné la capacité d’apprécier la spiritualité, nous deviendrons alors plus réceptifs et sensibles à la spiritualité. »
Avant que le peuple hébreu ne quitte l’Égypte, ils devaient remplir les conditions préalables de la circoncision et apporter le Korban Pessa’h (l’offrande de Pascal). Pourquoi la circoncision était-elle un pré-requis pour quitter l’Egypte? On pourrait répondre ainsi, lorsque nous enlevons la couverture externe orlah (couvrant le prépuce) par la circoncision l’Eternel enlève la couverture interne sur nos coeurs (Orlat HaLev). La couverture interne de notre cœur ne nous permet pas d’avoir une capacité de croissance spirituelle, nous sommes totalement bloqués. C’est pourquoi la circoncision était une condition préalable pour quitter l’Égypte et finalement recevoir la Torah au Sinaï.
Quand nous racontons que Pessa’h est Zman Hérouténou, cela ne veut pas dire que nous sommes libres de faire ce que nous voulons. Zman Hérouténou signifie que c’est un moment où nous avons la liberté spirituelle et la clarté pour faire le choix entre le bien et le mal. Mais si on n’a pas ce sens de la liberté alors cette personne n’est pas vraiment libre. Comment devient-on libre et conserve cette liberté? La tradition dit que la seule vraie personne libre est celle qui s’engage dans l’étude. Par conséquent, pendant Pessa’h, le temps de notre liberté, nous devrions comprendre et apprécier que nous n’étions pas libérés d’Egypte simplement pour mettre fin à notre servitude mais plutôt pour recevoir la Torah au Sinaï et atteindre la vraie liberté spirituelle.

Rabbi Michel Liebermann
1Le Sefer haHinoukh (“Livre de l’Éducation”) est un texte juif médiéval publié anonymement en Espagne au xiiie siècle, discutant des commandements de la Torah en suivant l’ordre du récit du Pentateuque et non pas selon un ordre, Chaque commandement est décrit avec le concept de la mitzvah, sa source biblique, l’arrière-plan philosophique du commandement et un rapide survol de la halakha (Loi juive pratique) en ce qui concerne son observance. Certains savants attribuent le livre au Rav Aharon HaLevi (Ra’ah) de Barecelone (1235-c. 1290), un Talmudiste et halakhiste réputé,

2Rabbi Juda fils de Betsalel Loeb, surnommé le Maharal (acrostiche de Notre Maître Rabbi Loeb) est né à Posen, (Pologne) en 1512.. A l’âge de 60 ans, il décide de s’installer dans le vieux quartier juif de Prague, où il rédige une œuvre considérable, qui ne sera publiée qu’à partir de son soixante-dixième anniversaire. Il s’éteindra en 1609. La personnalité du Maharal a dépassé de loin la seule communauté juive de Prague. Sur le plan littéraire, le Maharal a produit une œuvre globale sur le sens de l’être juif, de son histoire, de son exil et de ses fêtes. S’inspirant autant des exégètes classiques (notamment Rachi) que du Talmud et de la Kabbale, il offre une pensée forte, originale et cohérente. Il a été un défenseur du Midrash, montrant que derrière ces anecdotes, parfois enfantines, se cachait la véritable sagesse d’Israël, à condition d’en posséder les clefs de lecture. Par ses écrits, il influença le Hassidisme qui allait naître au XVIIIe siècle, et l’intelligentsia juive française d’après guerre, dont André Néher fut l’un des chefs de file,
3Moïse Nahmanide, en catalan : Bonastruc ça Porta, est un rabbin, né à Gérone, 1194 – Acre, 1270). Figure importante du judaïsme, il est contraint à devenir vers la fin de sa vie le représentant des Juifs lors de la disputation de Barcelone. Ses propos ayant été jugés blasphématoires envers le christianisme, il émigre en 1267 en Israël où s’affrontent alors Croisés et Mamelouks. Il crée à Jérusalem (à l’époque dépendante de la Wilaya de Damas, elle-même sous domination de la dynastie mamelouke la synagogue Ramban avant de s’établir à Acre (encore dirigée par les Croisés). Médecin, exégète de la Bible et du Talmud, poète liturgique, philosophe et kabbaliste, il est considéré comme le décisionnaire majeur de sa génération, et l’une des plus éminentes autorités rabbiniques du Moyen Âge.

4Le Rav Moché ‘Haim Luzzato (Le Ram’hal) a été l’une des figures les plus intéressantes de l’histoire du peuple juif. Il fut un très grand kabbaliste qui a écrit plus de 100 ouvrages. il fut poursuivi par ses coreligionnaires tout au long de sa vie, car personne ne le comprit. Le Ram’hal naquit à Padoue en Italie en 1707. Le début du XVIIIe siècle n’était pas une période simple pour les juifs d’Europe. Le monde juif se ressaisissait à peine des horribles pogroms qu’il avait dû subir au XVIIe siècle. Par ailleurs, la montée et la chute du mouvement messianique, à la tête duquel se trouvait le faux messie Sabbatay Tsvi, avait laissé une forte empreinte dans le peuple. En conséquence, les juifs des communautés d’Europe devenaient de plus en plus soupçonneux et reclus. En 1743, il monta en Israël et s’installa à Acco .Il décéda avec sa famille lors d’une épidémie de peste meurtrière qui sévit dans la ville d’Acco au printemps 1746. Il fut enterré à Tibériade. Le Ram’hal fut, sans nul doute, un des plus grands kajbbalistes de l’histoire. Sa grande influence fut reconnue par tous les grands kabbalistes qui lui succédèrent, à commencer par le Gaon de Vilna. Sa personnalité singulière et sa volonté farouche de diffuser la sagesse de la kabbale contrastent avec la dureté de ses contemporains qui le poursuivirent avec cruauté et infligèrent ainsi un dommage énorme à l’avancée spirituelle des générations futures.

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