VAÉRA

5778 Vaéra EXODE VI,2 – IX,35

rabbi Michel Liebermann

Toute la thématique de notre paracha tourne autour de la préparation de la Sortie d’Egypte. A l’intérieur de ce récit, nous y voyons la confrontation Pharaon – Moïse, entre le roi-crocodile et l-hébreu-sorti-du-Ni. Intéressons-nous à un autre aspect touchant au le leadership de Moïse, qui fait écho à un grand nombre de de nos préoccupations et questionnements, pour lesquels, nous avons la tendance de dire « pourquoi? ».Je peux vous certifier qu’en allant au bout de l’analyse nous allons tous gagner, et en profondeur et en spiritualité.

Après que l’Eternel eut envoyé Moïse auprès du Pharaon pour demander la libération du peuple hébreu, esclave en pays d’Egypte, non seulement la demande n’a pas obtenue de réponse favorable, mais l’asservissement du peuple devint encore plus oppressante, ceux-ci devaient maintenant fabriquer et furnir encore plus de briques pour construire les fameux silos.. Moïse demande donc à l’Eternel : « Pourquoi fais-tu du mal à ce peuple ? » La réponse qu’il reçoit, en effet, c’est qu’il est censé suivre l’exemple des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui n’ont pas posé de questions.

Examinons la nature de la vertu des pères, puis la raison pourquoi Moïse a posé la question et les implications contemporaines de la réponse divine.

La question posée par Moïse : A la fin de la paracha précédente, nous lisons des question de Moïse à l’Eternel : «5,23 Depuis que je me suis présenté à Pharaon pour parler en ton nom, le sort de ce peuple a empiré, bien loin que tu aies sauvé ton peuple: pourquoi fais-tu du mal à ce peuple ? » Le sens de sa question était le suivant : comment une mission issue de l’ordre divin effectuée par Moïse, concernant la libération des Hébreux peut-elle entraîner un préjudice au peuple ?

La libération elle-même était entièrement bonne c’est un beau et noble projet, le texte dit bien que « l’Eternel entendit la plainte et du peuple ….et se souvint de l’alliance contractée avec les patriarches ». Moïse, l’émissaire, obéit à l’initiateur de la mission et le Rédempteur qu’est l’Eternel lui-même (l’Eternel transcende la nature afin de libérer un peuple qui avait déjà atteint «la 49e porte de l’impureté» (nous dit le Midrache). Cela ne peut être qu’un événement surnaturel) alors que l’Eternel se définissant comme bon et compatissant. Donc quelle est la source du préjudice ?

La réponse à cette question de Moïse se trouve dans le début de la lecture de la semaine « vaéra, Je suis l’Eternel. Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, en Dieu tout puissant ((El Chaday), mais sous mon nom l’Eternel, je n’ai pas été connu d’eux. »

En d’autres termes, Abraham, Isaac et Jacob ont subi bien des épreuves et des privations, et pourtant ils ont agi et obéi sans Me poser de questions.

Alors, observons, il y a plusieurs difficultés dans ce récit :

(1) Moïse avait atteint des sommets spirituels plus élevés que les patriarches. Il a été la septième génération dans la descendance d’Abraham, et les rabbins disent : « le septième est toujours précieux (en particulier).» Comment alors, si eux n’avaient pas soulevé de questions au sujet de l’Eternel, pourquoi Moïse aurai-t-il pu le faire ?

(2) Dans sa réponse à Moïse, l’Eternel soulignait le mérite des pères. Pourquoi n’a-t-il pas alors dire, « Je me suis présenté… à Israël. » au lieu de «… à Jacob ? » .

Pour rappel le nom « Israël » connote un état spirituel plus élevé que « Jacob ».

(3) chaque récit dans la Torah a une implication morale pour chacun d’entre-nous. Et la Torah n’a pas l’habitude d’utiliser des expressions impolies, à plus forte raison quand il s’agit de Moïse. Donc nous devons supposer que quand l’Eternel répond à une critique de Moïse, il doit y avoir une raison pressante pour le faire, à savoir de souligner pour chacun de nous la nécessité de rappeler que les patriarches n’ont pas interrogé la conduite divine.

Mais c’est difficile à comprendre. Car cela suppose que chaque juif à chaque génération a le choix de se comporter comme Moïse ou comme les patriarches. Il est vrai que, comme les rabbins disent, « il n’y a pas de génération qui n’ait pas un homme comme Abraham, comme Isaac, comme Jacob… et comme Moïse ». Mais il s’agit seulement d’individus isolés. Et la Torah fut donnée à tous ; et elle s’adresse et « parle à la majorité ». Alors, comment pouvons-nous dire que chaque juif a le choix d’agir comme Moïse ou comme les patriarches, et que, à cet égard, ils doivent suivre les pères ?

La différence entre Moïse et les Patriarches est que Moïse incarne l’attribut de la connaissance (Hokhma) — et donc, c’est par lui que la Torah, qui est la connaissance Divine, a été donnée. Par rapport à lui, les pères sont les incarnations des émotions (midot).

Abraham a servi l’Eternel principalement par le biais de l’amour (‘hessed) et la compassion. Il est nommé dans le texte « Abraham, mon bien-aimé » ; et vis-à-vis des hommes aussi bien que de l’Eternel, sa relation était la bonté, tant sur le plan matériel que spirituel.

Isaac est marqué curieusement par la peur (pa’had) et le jugement austère (din): la Torah parle de l’Eternel comme la « peur d’Isaac. (revoir le anénou dans la liturgie de Yom Kipour).» Et en conséquence il ne pouvait tolérer aucun mal dans le monde. Sa « vue s’obscurcit»(Gen 27,1) quand il sut la pratique idolâtre des épouses de son fils Esaü.

Et enfin, Jacob représente la miséricorde (ra’hamim) — la synthèse parfaite entre l’amour et de crainte, de bonté et de jugement. « Le Dieu de mon père, le Dieu d’Abraham et la crainte d’Isaac ont été avec moi » — autrement dit, il a intégré les deux leurs modes de service. C’est pourquoi tous ses actes étaient justes, que ce soit dans résister à la richesse (bonté) alors qu’il était avec Laban et «et l’homme (Jacob) a augmenté extrêmement ses richesses», ou dans le processus de l’anxiété lorsque Esaü était venu pour le confronter, accompagnés de quatre cents hommes. Dans tout ce conflit, Jacob a obtenu la paix avec son frère (chalom) — autrement dit, dans un état de perfection (chalém).

Cela ne veut ne pas dire que nous ne trouvons pas l’attribut de la connaissance parmi les pères, ni celui de l’émotion dans Moïse. Et Moïse a affiché autant de compassion que de jugement austère : La Compassion quand, c’est quand « il a vu leurs charges (des enfants d’Israël) en esclavage en pays de Mitsrayim » et ses yeux et son cœur se sont exprimés ; Le Jugement, lorsqu’il a réprimandé l’esclave Hébreu qui se battait avec ses compatriotes, « pourquoi frappes-tu ton voisin ? »

Néanmoins les principal attribut Moïse, à savoir qu’il a apporté la Torah au peuple d’Israël et qu’on l’appelle par son nom : « N’oubliez pas la Torah de Moïse (torat Moché), mon serviteur (avdi)» et le principal mode de service des pères a été à travers les émotions — un chemin qui, à travers eux est devenu l’héritage de chaque juif.

Recherchons la raison derrière la question : peut-on maintenant comprendre pourquoi Moïse, en dépit de ses accomplissements spirituels plus élevés que les patriarches, a posé une question à l’Eternel : « pourquoi fais-tu du mal à ce peuple ?. La connaissance, ou l’intelligence, cherchent à comprendre toute chose. Et lorsqu’elle rencontre quelque chose qu’elle ne peut pas comprendre, cela agit comme une barrière pour aller plus loin dans le service divin. Moïse a demandé une réponse, une explication de ce qui lui était incompréhensible— afin de continuer de cheminer avec l’Eternel par l’intermédiaire des connaissances.

Observons la réponse de la foi qui ne se pose pas de questions que Moïse va recevoir : a reçue était, « je suis l’Eternel, et je me suis révélé à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Dieu tout-puissant (El Shadai) mais mon nom ; ce n’est pas en ma qualité de l’Eternel (en 4 lettres)» (le Tétragramme) que je me suis manifesté à eux (lo nodati lahèm)».

Avant le don de la Torah, l’Eternel s’était révélé dans l’Histoire que comme Elohim — une divulgation finie, révélant le Dieu comme imminent dans le monde, le monde de la pluralité : d’où le nom d’Elohim qui est au pluriel. Mais après la Révélation au mont Sinaï, Il a révélé en son nom de quatre lettres — comme infini, transcendant toutes les divisions, une unité. A cet instant, les divisions ont été dissous, la division entre les puissances supérieures et inférieures, entre Connaissance et Emotion.

Qu’à répondu l’Eternel à Moïse et quel en est le sens ? quand tu es debout (prêt) au seuil d’une rédemption qui s’achèvera par le don de la Torah, tu dois dépasser la division entre les connaissances et l’émotion. Et même si tu es avant tout un homme de la connaissance,tu dois la joindre à la puissance émotionnelle d’avoir une foi (emouna) qui ne soulève pas de questions.

C’est pourquoi le texte a utilisé le nom de «Jacob» au lieu de «Israël» en parlant des patriarches. On a déjà vu que le nom de « Jacob » se réfère à un niveau inférieur à celui d’« Israël ». (« Jacob » est lié au mot « ekev » — le talon ; bien que « Israël » est composé des lettres qui forment les deux mots « li rosh » — j’ai une tête). Cela implique pour Moïse que la connaissance doit intégrer et être intégrée par les émotions – on appelle cela en hébreu kabalat ol emounah l’acceptation du poids de la foi. La plus élevée (connaissance) et la plus basse (le « talon ») doivent s’interpénétrer.

Ainsi la connaissance et l’action combiné au monde des émotions nous permettent d’avoir la force pour avoir une foi (confiance) qui va au-delà des questions, et pourtant, elles conduisent aussi à l’action et ce, d’une manière différente.

L’amour apporte à l’homme la capacité à « faire le bien » ; tandis que la peur l’amène à s’éloigner du mal. Par contre la connaissance, en soi, aboutit à une forme de détachement. Quand l’esprit est absorbé par l’apprentissage, il perd sa préoccupation à l’action. Même si l’esprit peut ainsi acquérir les connaissances du savoir faire, il perd l’envie de le faire. C’est pourquoi les rabbins a mis en garde : « celui qui dit, je n’ai rien que mon apprentissage de la Torah, n’a pas même de Torah. » Autrement dit, l’apprentissage de la Torah en soi pourrait conduire naturellement au détachement, tandis que le juif doit l’accompagner avec un service réel vers l’Eternel et mettre en place des actes de compassion envers l’homme, ainsi que de justice sociale. En somme, l’apprentissage, seul, sans agir, est un apprentissage qui n’est pas vrai, car incomplêt.

C’est probablement la raison pour laquelle Abraham, Isaac et Jacob, dont la voie principale de la avodat Hachém, le service envers le divin s’est réalisé à travers les émotions, sont appelés les « pères ». Un père c’est quelqu’un qui engendre des enfants. Et «les enfants issus des hommes justes sont leurs bonnes actions». Les hommes représentent l’émotion, et puisque l’émotion conduit à l’action, leurs réalisations (principales) sont de « bonnes actions ». Et dans un autre sens, aussi, leur réussite réside dans leur progéniture. (rappel de la citation maasé avot simane labanim: les actes des pères sont des signes pour les enfants). Ils n’étaient pas détachés; ils étaient préoccupés par le bien-être d’autrui ; et c’est pourquoi ils ont transmis leurs valeurs à leurs enfants comme un héritage éternel. C’est ce qui explique le curieux commentaire de Rachi sur le mot (au début de notre paracha) « je me suis révélé (vaéra). » Commentaires de Rachi, « pour les patriarches ». Mais cela semble aller de soi et pas digne de mention, car la Torah elle-même continue, « d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Le point que Rachi fait, cependant, est qu’il sont reconnus comme « Pères » que la principale vertu réside dans la découverte du divin, et ce, chacun à son niveau et avec ses perceptions propres. C’est la raison pour laquelle dans notre triple prière quotidienne de la amidah, nous distinguons le Dieu de chacun des patriarches. Ce n’était pas pour leurs accomplissements spirituels individuels, mais de leurs enfants (entendus comme étant « de bonnes actions » ou « enfants » qui héritent leur justice). On a vu que l’Eternel aime Abraham parce que : Gen 18,19 « Je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses enfants et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la vertu et la justice »

La signification de la réponse donnée par l’Eternel à la question de Moïse était donc que sans ce qui précède son caractère d’homme doté de connaissance, néanmoins il devrait être animé d’émotions, comme les patriarches l’étaient, pour que sa foi devienne tout d’abord inconditionnelle : ne poser aucune question, et deuxièmement, il deviendrait un homme qui traduit ses connaissances en actes. En effet, nous trouvons que Moïse a finalement dépassé les patriarches à cet égard. Alors qu’ils étaient des bergers dans le monde, Moïse apporte la Torah et la transmet au monde et assume le fardeau qu’est la guidance du peuple d’Israël.

Le processus à double sens de la révélation au Mont Sinaï, où le haut descendit vers le bas et le « faible a pu s’élever» possède ainsi son homologue dans la vie intérieure. Le haut, c’est l’intellect, est descendu dans le champ de l’action ; tandis que le bas qui est le « talon » de Jacob (le symbole de kabbalat ol, ou l’acceptation absolue du « joug divin ») est monté jusqu’à ce qu’il forme l’intelligence dans sa propre foi (emouna) pratiquée et acceptée sans conditions. Et c’est la morale pour chaque juif qu’apporte la « correction divine » .

Avec Moïse : que le plus grand et le plus petit parmi les Juifs devraient collaborer mutuellement.

Les « chefs de vos tribus » doivent « descendre » pour s’impliquer avec « les scieurs de bois » et les porteurs d’eau, qui doivent à son tour « monter » en apprenant Torah et mettre en pratique les Mitsvot . Et c’est valable pour tous : même les « chefs de vos tribus, » ne doivent pas rester ancré uniquement dans ses études jusqu’à négliger son implication dans le monde et fortifier son acceptation non conditionnelle de la volonté divine. Ce pouvoir — à unifier ce qui « supérieur » à ce qui est (semble être) «inférieur» — est notre héritage de Moïse. Et puisse, grâce à cette conduite, apporté à l’époque de Moïse, qui a conduit à la Libération puis la sortie de Mitsrayim, l’Egypte nous apporter en nous,des temps meilleurs qui transcendent toutes les frontières.

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