Vaye’hi

5779 paracha Vaye’hi : La bénédiction d’un Grand-père

rabbi Michel Liebermann

“Emmène – moi tes enfants, afin que je les bénisse” (Beréchit 48: 9)

À la mémoire de mes grands-parents Alexander-Yehouda et Chim’on-Mi’hael, qui périrent pendant la Shoah, que je n’ai point connu. À la mémoire de mon père ‘Hayim Barou’h, rescapé d’Auschwitz, que je n’aurai jamais assez connu, qui a quitté ce monde lors de la 5ième lumière de Hanouccah pour rejoindre La Lumière.

rappel du contenu

1.Après 17 ans depuis l’arrivée de sa famille en Égypte ,Yaacov réunit ses fils et ses petits-fils à son chevet et les engage à ne point laisser son corps en terre étrangère, mais à la ramener en terre de Canaan, et être inhumé dans le caveau familial acquis par Abraham.

2.Yaacov bénit les deux fils de Yoseph, Ephraïm et Ménaché, puis se tourne vers ses enfants pour leur accorder son ultime bénédiction et leur communiquer des paroles de visionnaire .

3.La bénédiction des douze fils achevée, Yaacov quitte se monde à l’âge de 147 ans , l’Égypte pleura 70 jours Yaakov et dans un grandiose cortège funèbre, ses enfants conduisent le cercueil en terre de Canaan.

4.A l’âge de 110 ans, Yoseph s’éteint à son tour, en laissant à ses frères un testament qui leur impose de transférer son cercueil en terre d’Israël. Lorsque les tribus d’Israël quitteront l’Égypte, après un séjour de 400, c’est Moïse qui sortira les ossements de Yoseph d’Égypte et 40 ans plus tard, c’est Josué qui l’ensevelira à Hevron, dans la région de Naplouse. Ceci est la dernière paracha qui clôt le livre de Béréchit.

Nous arrivons donc à la fin du premier livre de la Thora : Beréchit. Certains appellent se chabbat d’un nom particulier : CHABBAT HAZAK, c’est – à – dire Chabbat sois – fort… de quoi s’agit – il au juste ? Nous avons l’habitude, lorsque nous finissons de lire un livre de la Thora , à la fin de la dernière montée, de dire à haute voix HAZAK HAZAK VENITHAZEK, soyons forts et fortifions – nous. Il s’agit d’une force et d’un courage que nous devons avoir, afin de mieux affronter encore les éléments de l’histoire qui nous entourent dans notre quotidien. Savoir, en tant que juif, en tant que spiritualiste, qu’un partenaire, l’Éternel, reste le maître de l’histoire, ne peut que nous donner encore plus de courage. Ainsi nous pourrons mieux réfléchir et agir dans ce monde qui ne demande qu’à avoir des lumières supplémentaires. Celles – ci, en éclairant nos coeurs, nous aideront à mieux progresser et grandir en sainteté

Il est normal que de vouloir arriver à une certaine forme d’immortalité, de laisser derrière soi, après sa mort, de bons souvenirs. Les enfants sont l’extension de notre chair et ressemblent souvent plus ou moins physiquement à leurs parents. Si les enfants persistent dans la voie tracée par les parents, en pratiquant les mêmes idéaux et en s’inspirant des mêmes objectifs, alors la prolongation ou plutôt la continuité d’une vie n’est plus seulement physique, elle devient également spirituelle. Si certains ont également des petits-enfants, la chaîne se poursuit sur une troisième génération. Un lien proche et continu avec ceux-ci est ardemment souhaité, voire désiré par les grands parents, et habituellement les petits-enfants traduisent réciproquement les affinités perçues et ressenties.

La place des grands-parents est pour ainsi dire idéale dans la participation au développement et à l’éducation des petits – enfants. Bien sûr, les grands-parents souhaitent voir la réussite d’une bonne carrière et d’une vie bien remplie pour leurs petits-enfants, et sont toujours heureux et fiers de partager toutes leurs réussites.

Le désir ardent de tout grand parent juif est aussi, bien entendu, que les enfants et petits-enfants le restent également, tout en suivant les rites et les traditions qui leur ont été transmises. Ainsi ils deviennent les gardiens de la Mémoire juive, en vivant également avec les événements qui ont marqué notre histoire, telle la Shoah et la Renaissance d’Israël sur sa terre et bien d’autres encore.

Une illustration de cette relation entre un grand-père et ses petit-fils, lequel est accompagné de craintes et d’espoirs se retrouve dans notre sidra “vaye’hi”, la dernière qui clôt le livre de Beréchit. Le patriarche Jacob est mourant, et voilà qu’on lui apprend l’arrivée de son fils Joseph, le bien-aimé, appelé également le “fils de sa vieillesse”. Jacob va se ressaisir et vivra encore 17 ans. Le texte massorétique nous décrit le sursaut que fit Jacob en apprenant cette bonne nouvelle :“Israël se redressa, se renforça et s’assit sur son lit”. Les signes musicaux cantillés sont chantés également vers le haut avec un signe appelé “pacheta“. Même musicalement, le texte nous fais ressentir cette joie profonde, tant attendue, laquelle permet de soulever des montagnes, rendant force et vigeur à un Jacob vieux, triste, fatigué de la vie.

Joseph n’arrive pas seul, il y a également ses deux fils nés en Égypte de Osnath son épouse (certains Midrashim prétendent qu’elle serait la fille de Dinah et de Che’hèm) leurs noms : Ephraim et Menaché.

Lorsque Jacob les vit, il demanda : “Qui sont-ils ?” et Joseph répondit : “Ce sont mes fils que l’Eternel m’a donné” Jacob dit alors : “Amène-les moi, que je les bénisse» » (Genèse. 48 : 8-9).

UNE BERA’HA CEST QUOI ? Le mot français “bénédiction” provient du latin “benedicere” : “bene” signifie “bon” et “dicere” signifie “dire”, c’est loin de pouvoir donner la traduction intégrale du mot “béra’ha”. Cela signifierait donc “bien – dire”, alors que la Thora demande au juif de “bien – faire”

Notons dans le récit de la Genèse que lorsque l’Éternel dit à Avraham: “Et se feront bénir par tes enfants tous les peuples de la terre”. Le mot “Ve-hit-bar-’hou” – “se feront bénir” indique que ce n’est pas Avraham qui bénit mais bien Dieu. Avraham subira de multiples épreuves afin de gagner le mérite de transmettre la bénédiction divine à sa descendance. Ainsi finit le verset : “car tu as reçu ma parole.”

Voici ce que nous enseigne la Michna dans le traité de Oukitsin (ch.3 Michna 12) : “Ainsi dit Rabbi Chimon ben Halaphta : “Le Juste; Dieu n’a trouvé de récipient apte à recevoir la “bénédiction” pour Israël que le Chalom, comme il est dit: “Dieu la force il donna à son peuple, Dieu bénira son peuple par le Chalom.”(Psaume 19).

De là, nous voyons que pour pouvoir transmettre la bénédiction divine, il faut d’abord être capable de se maîtriser,d’ annihiler son égo, d’éliminer son orgueil et d’être prêt à accepter le joug divin (kabalat ol malhout chamayim).

Comment procéder? En appliquant son action et sa parole de façon dévouée, avec l’amour de son Créateur et de son prochain ; comme il est écrit : “trois fois par jour, les enfants d’Israël dans la prière de la Amida : BAROUH ATA = Source de bénédictions, Tu es l’Eternel qui bénit son peuple dans le Shalom”.

QUALITÉS SPÉCIFIQUES DE LA BÉNÉDICTION Jacob bénit ses enfants avant sa mort. Nous connaissons dans la Thora un autre endroit célèbre (veZot haBéra’ha), où il est dit: “Et voici la bénédiction dont Moché, l’homme de Dieu, bénit les enfants d’Israël avant de mourir”. (Nombres XXXIII : 1).

De ce texte nous apprenons que la bénédiction dépend de trois facteurs :

1 “Et voici la bénédiction dont Moché, l’homme de Dieu”: La qualité dépend de sa source, de QUI elle PROVIENT

2. “…. bénit les enfants d’Israël…” Cela dépend de QUI VA LA RECEVOIR, le réceptacle

3. “… avant de mourir.” Cela dépend DU TEMPS, DU MOMENT ET DU CONTEXTE.

POURQUOI BENIR AVANT LA MORT ? Maintenant, on comprend pourquoi Jacob a voulu bénir ses enfants spécialement avant sa mort. La bénédiction est plus effective donnée avant la mort, car l’âme est alors plus détachée de tout ce qui est matériel. Comme nous l’explique Sforno, Jacob et Moïse donnèrent pour cette raison leur bénédiction avant de mourir. C’est le summum de la bénédiction.

Revenons un instant aux enfants de Joseph. Le Malbim nous apporte une explication significative. Le patriarche Jacob mourant regarda d’un air dubitatif les deux jeunes gens et posa la question : “qui sont-ils, sont-ils Hébreux ou Égyptiens ?”

Lorsque Jacob les bénit, il leur dit (Genèse XXXXVIII : 20) : “Dans l’avenir Israël vous prendra comme exemple de bénédiction, ils diront :”Que l’Eternel vous fasse comme Ephraim et Menaché.”

La question qui se pose est : quelles sont donc les qualités spéciales que possédaient Ephraim et Menaché pour que les générations futures de juifs bénissent leurs enfants de cette manière ? Une des réponses serait que tous les deux ont été choisis parce qu’ils vivaient justement dans un milieu étranger tout en maintenant leur identité “hébraïque”. C’est donc un message d’encouragement offert pour les générations futures de Juifs qui vivront dans des pays étrangers et étranges : qu’ils puissent conserver et maintenir la foi ancestrale, même s’ils sont séduits par les allures de la société environnante.

La plus grande bénédiction des grands parents juifs c’est que leurs petits – enfants deviennent à leur tour des juifs et juives loyaux envers la tradition d’Israël, et qu’ils puissent le transmettre ensuite à leur postérité. N’oublions pas que chacun de nous, après avoir été un petit-fils ou petite-fille, devient à son tour un ancêtre en puissance. Ainsi sommes – nous face à NOS RESPONSABILITÉS et il n’y a que nous pour donner un sens à cette transmission, une suite bénéfique dans l’histoire, qui est notre histoire. Puissent les bénédictions des grands parents prospérer afin que nous puissions voir progresser la lumière de la sérénité et de la paix remplir le monde de sagesse et de vertus.

rabbi Michel Liebermann

at quis, ut massa efficitur. ut risus accumsan non id amet,