VAYIGACH

5778 Vayigach Genèse XXXXIV, 18 – XXXXVII,27

rabbi Michel Liebermann

Dans la paracha Vayigash, nous sommes informés que pendant le temps de la famine, “Yossef a soutenu son père et ses frères.”

À la lumière de ce qui précède, nos Sages interprètent le verset: “Qui dirige le troupeau de Yossef” On apprend de nos rabbis que tout le peuple d’Israël est connu sous le nom de Yossef, car c’est lui qui les a soutenus pendant la famine.

Le Midrash, dans une formule qui n’est pas anodine, note que “Vous qui dirigez le troupeau de Yossef” est un plaidoyer ainsi qu’une déclaration; « nous demandons à l’Eternel de se conduire envers le peuple juif comme Yossef s’est conduit lui-même envers son père et envers ses frères. »

Le Midrash formule le plaidoyer ainsi: “Yossef rassembla en Egypte de la nourriture pendant les 7 années d’abondance pour les 7 années de famine qui allaient suivre. De même, nous t’invoquons Eternel, rassemble-nous dans ce monde pour rejoindre le monde à venir. Tout comme Yossef les a tous soutenus (ses frères) selon leurs actes … alors, soutiens-nous selon nos actions. … Tout comme Yossef a agi avec bonté envers ses frères, même s’ils ont agi méchamment envers lui. De même, traite-nous bien même si nous t’avons traité avec méchanceté. “

Il y a un certain nombre de choses qui doivent être comprises à propos du Midrash ci-dessus :

1) Si Yossef n’avait pas protégé la nourriture de l’altération durant les années d’abondance, elle aurait pourri. Comment cela peut-il s’appliquer aux bonnes actions accomplies par le peuple juif dans ce monde – comment les bonnes actions peuvent-elles se «gâter»?

2) Yossef a agi avec bonté envers ses frères, même ils ont traité très durement . En d’autres termes, il n’a pas agi envers eux conformément à leurs actes. Comment alors peut-on dire: «Soutiens-nous selon nos actions» comme Yossef l’a fait? De plus, pour que l’Eternel nous traite simplement en fonction de nos actes, cela ne nécessiterait aucune gentillesse particulière, donc aucun plaidoyer spécial n’est nécessaire.

Nos maîtres diront que même l’Eternel Lui-même se réjouit de la performance des mitsvot de chaque Juif. Parce que chacun de nous est vraiment un avec l’Eternel – pour cette raison chaque Juif est capable de réaliser même les mitsvot qui défient sa compréhension avec vitalité et plaisir – il est récompensé pour cette performance en partageant l’infinie joie divine.

Le Midrash ci-dessus peut être compris en conséquence: Le peuple juif (appelé Yossef) plaide envers l’Eternel que, tout comme Yossef a assuré qu’il y aurait du grain pendant les années de famine, ils peuvent aussi partager le plaisir infini de l’Eternel dans le monde à venir, même si leur exécution de mitsvot était relative.

Mais l’Attribut de Justice peut décider que l’unité profonde du peuple juif avec le Divin – une unité qui leur donne le droit de partager le plaisir divin – résulte de leur obéissance même aux commandements supra-rationnels avec vitalité et joie . Quand un Juif manque d’un tel enthousiasme, il se trouve être indigne de partager le plaisir divin.

Voici l’explication du second appel: «Tout comme Yossef les a tous soutenus selon leurs actions … nous aussi, soutenons-nous selon nos actes.»

Yossef dit à ses frères: «Bien que votre intention était de mal me traiter … l’Eternel l’a fait sortir pour le bien », et par conséquent «Je pourvoirai à vos besoins et aux besoins de vos enfants.»

Nous voyons que Yossef a donc réagi au résultat final de leur acte, plutôt qu’à l’intention de ses frères.

De même, le peuple juif demande à l’Eternel de regarder leurs actions plutôt que l’intention avec laquelle ces actions sont accomplies. Et nous savons que , comme dit l’adage “même les pécheurs en Israël sont aussi remplis de bonnes actions qu’une grenade est remplie de graines”. Tous les Juifs méritent donc de partager la joie de Dieu dans le Monde qui vient.

Néanmoins, l’Attribut de Justice peut encore argumenter : Tout cela est beau et bon en ce qui concerne leurs bonnes actions, mais qu’en est-il de leurs transgressions ? Bien que le «repentir par amour» puisse transformer les méfaits en mérites, l’intention avec laquelle ces méfaits ont été accomplis était certainement en opposition avec la volonté divine.

Le Midrash conclut donc avec l’argument que, tout comme Yossef soutenait ses frères parce que leurs actions étaient en fin de compte pour le bien, l’Eternel devrait aussi agir avec bonté envers nous bien que nous loupions beaucoup de choses et sur des plans tellement différents, partageant avec nous Son plaisir dans l’application des mitsvot, car, finalement, les méfaits conduisent au service spirituel accru dont seuls les (baalé techouva) les vrais pénitents sont capables. .

Maintenant, je voudrais orienter nos regards sous un angle totalement différent, l’expérience de Joseph dans notre paracha ne doit certainement pas occulter le patriarche Jacob, arrivant à la fin de sa vie. Observons ce dialogue entre le Pharaon et le patriarche. Il nous réserve une étonnante surprise. Les temps des transformations, même physiques, nous les voyons tout les jours, en écoutant les rescapés de temps de lieux de violence sur notre planète.

J’ai relu récemment un livre puissant “Contes hassidiques de la Choah”, écrit en anglais, racontant l’histoire d’une mère et de sa fille, Livia, qui ont survécu à la Choah. Veillant l’une sur l’autre, s’encourageant mutuellement jour après jour face aux horreurs, elles ont réussi à traverser la terreur de plusieurs camps de concentration.

Après la guerre, une sympathique Allemande a regardé Livia et a commenté : “Il a dû être très difficile pour les gens de ton âge de supporter toute cette souffrance.”

“Quel âge penses-tu que j’ai?” lui a demandé Livia .

“Peut-être 60 ou 62”, a répondu la femme.

“Non, j’ai 14 ans”, a répondu Livia.

Terrifiée en entendant cela, cette femme se signa et s’enfuit.

L’énorme effet que le chagrin peut avoir sur le visage d’une personne figure en bonne place dans la portion de la Torah de cette semaine, Vayigash. Dans le récit, le vieux patriarche Jacob est amené devant Pharaon et lui donne une bénédiction. Pharaon demande alors à Jacob son âge. Jacob répond: “Peu de temps ont été les jours des années de ma vie, et ils n’ont pas atteint les années de la vie de mes ancêtres au temps de leurs errances.”

Les commentaires notent qu’en fait Jacob a eu une vie misérable. Pendant des décennies, il a vécu dans la peur que son frère Esav l’assassinerait. Puis il a travaillé pendant 20 ans pour son méchant oncle, Lavan, qui le trompait constamment et le faisait travailler dans les conditions physiques les plus difficiles. Puis Dina, la fille unique de Jacob, a été violée de façon tragique. Plus tard, Jacob a passé de nombreuses années dans la tristesse, convaincu que son fils bien-aimé Joseph était mort.

Mais, en dépit de toute cette souffrance (et peut-être en partie à cause de cela), Jacob a réussi à devenir un grand tsadik. En fait, il a travaillé si dur pour améliorer son caractère, que de nombreuses sources classiques décrivent Jacob comme «la personne la plus juste qui ait jamais vécu». Étant donné qu’il avait atteint un tel niveau de droiture, le commentaire de Jacob à Pharaon au sujet de sa «vie de grande difficulté» semble inapproprié. Alors que la personne moyenne peut se plaindre des épreuves de la vie, un tsaddik n’est pas supposé le faire!

Le Midrash continue à décrire la consternation de Dieu avec le commentaire de Jacob. Le Tout-Puissant dit à Jacob: “Je t’ai donné un refuge pour te protéger de ton frère Esav et de ton oncle Lavan, je t’ai rendu à la fois Dina et Joseph – et tu te plains ?!”

Le Midrash conclut que la vie de Jacob a été raccourcie à la suite de ces mots, de cette plainte, en somme. Car si Jacob (ou quelqu’un d’autre) n’apprécie pas pleinement la vie, alors pourquoi lui accorder la longévité ?!

D’autres commentaires, cependant, expliquent l’incident avec Pharaon différemment. Ils disent que Pharaon a été submergé par l’aspect âgé de Jacob, et demanda à propos de son âge. Jacob, réalisant que son apparence le faisait paraître bien plus âgé qu’il ne l’était en réalité, se sentit obligé d’expliquer à Pharaon la cause de ce phénomène et décrivit les difficultés qu’il avait rencontrées dans sa vie. Ainsi, selon ces commentaires, les paroles de Jacob n’étaient pas une plainte, mais plutôt une explication de son apparence. En tant que grand tsadik, il ne voulait pas (en particulier à un personnage public comme Pharaon) se plaindre amèrement de sa vie. Au contraire, Jacob expliquait comment les tragédies de la vie étaient devenues gravées sur son visage … tout comme elles le firent sur son arrière-petite-fille, Livia, quelques millénaires plus tard et sur tant d’individus sur cette terre.

Alors, pour ne plus engendrer cela, forgeons l’union que nos textes nous demandent. Que nos coeurs soient dirigés vers le bien et que nous mettions tout en œuvre pour remplir ce monde de justice sociale et nous ne connaîtrons plus jamais de « vieux jeunes » remplis d’expériences tragiques. Et comme les patriarches, puissions-nous tous mourir un jour « rassasiés de jours » en ayant accompli envers notre prochain et envers l’Eternel, tout ce que nous pouvions faire de mieux.

rabbi Michel Liebermann

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