YITRO

Paracha Yitro
rabbi Michel Liebermann
 

 

Le texte en Exode XVIII qui est la Paracha de cette semaine relate que les 600,000 hommes hébreux (soit au total près de trois millions de personnes) se rassemblent au pied du Mont Sinaï et témoignent personnellement de la Torah donnée par l’Eternel. Malgré ce que vous pouvez vous rappeler de l’école hébraïque, laissez-moi vous assurer que le mont Sinaï est l’événement central de l’histoire juive! Il est donc surprenant que le nom de cette Paracha soit “Yitro” et pas « la paracha de la Révélation » où bien « la paracha des 10 Paroles ».
Qui était cet homme Yitro? Le texte commence: “Yitro, le Prêtre de Madian, le beau-père de Moïse, a entendu tout ce que Dieu a fait pour Moïse et Israël …” (Exode 18: 1) Yitro a entendu parler des événements étonnants de l’Exode et est venu rejoindre le peuple hébreu. Rachi demande : “Qu’est-ce que Yitro a entendu dire qui l’a fait venir? Il a entendu parler de la division de la mer Rouge et de la guerre avec Amalek.”
Mais, pour les commentateurs, si le monde entier a entendu parler de la division de la Mer des Joncs (mer Rouge) et de la guerre avec Amalek! Alors pourquoi la Torah singularise-t-elle Yitro ?
La réponse est que Yitro était un chercheur de vérité. Il avait voyagé, essayant probablement chaque type de chemin spirituel, finissant par rejeter les uns après les autres comme étant faux (ou pas adapté à son objectif). Il était honnête avec lui-même et s’est engagé à la quête de la vérité. Le texte nous dit qu’il devint «cohén Midian, prêtre de Midian. Est-ce que d’autres ont entendu parler de l’Exode? Bien sûr! Mais seul Yitro était ouvert à son message, nous montre le texte. C’est cet acte de grandeur qui a amené Yitro à faire partie du peuple hébreu – et pour cela, la paracha des Dix Paroles ou Dix Commandements porte son nom!
Certes, les Dix Commandements sont la partie la plus célèbre de la Torah. Mais quel est le premier des Dix Commandements?
” ano’hi Adonay…..Je suis l’Eternel…….” Quel genre de commandement est-ce? Ce n’est pas un ordre, une carte de visite, ou plutôt c’est une déclaration! Les rabbis expliquent ; « c’est la Mitsva de savoir qu’il y a un Dieu ». Mais à qui s’adresse cette mitsva? Si c’est pour les gens qui croient déjà en Dieu, ils n’ont pas besoin d’être informés. Et si c’est pour les gens qui ne croient pas en Dieu, ils se fichent de ce que dit la Torah de toute façon!
La réponse pourrait être la suivante : La Torah ne dit pas et ne demande pas de “CROIRE” en Dieu. Elle ne dit pas non plus de se demander, de ressentir, de deviner, d’assumer, de présumer, d’espérer ou d’aspirer à ce qu’il y ait un Dieu. Au contraire, la Torah nous commande de “SAVOIR” il y a un Dieu! « je sais Dieu »
La société occidentale associe généralement la religion à une «foi aveugle». Mais la Torah nous commande d’utiliser la raison et la logique pour vérifier l’existence de Dieu, comme le rappelle si bien Maimonide. Cette compréhension intellectuelle est cruciale ; les sentiments seuls peuvent tromper. Dans la prière conclusive de nos offices quotidiens ‘Aleynou lechabéa’h’, nous disons «tu (Le) connais aujourd’hui et tu (le) places sur ton cœur». La connaissance rationnelle vient en premier; alors seulement nous devons nous connecter émotionnellement. Donc “Savoir qu’il y a un Dieu” est le premier commandement – l’idée la plus centrale du judaïsme.
Alors comment obtient-on cette connaissance? Un mot: l’Objectivité. Le Talmud (Avot 1: 8) nous dit: “Soyez un juge, pas un avocat.” Un avocat peut parfois avancer sa position sans tenir compte de sa véracité ou de sa validité. Un juge, d’un autre côté, pèse soigneusement chaque côté. En considérant une question aussi sérieuse et profonde que l’existence de Dieu, nous devons être un juge impartial! C’est la raison pour laquelle a Torah propose 3 outils afin d’atteindre cette objectivité:

OUTIL # 1: Écoutez ce disent que les autres
Dans mes études rabbiniques on nous a appris de nous inspirer de la méthode suivante : Beit Hillel et Beit Shammai sont deux célèbres protagonistes de la littérature talmudique. Ils ont discuté de presque tout et ont sur monde des points de vues souvent opposés. (Par exemple, Beit Hillel dit que nous devrions allumer une bougie de Hanoucca la première nuit, et ajouter une bougie chaque nuit suivante et, Beit Shammai, d’autre part, dit d’allumer 8 bougies la première nuit, puis diminuer une bougie chaque nuit.) Fait intéressant, la loi juive suit Beit Hillel. Et le Talmud explique pourquoi : ‘Dans n’importe quel désaccord, Beit Shammai a toujours exprimé sa propre opinion’. La méthode de Beit Hillel c’est de déclaré toujours d’abord l’opinion de Beit Shammai, et seulement ensuite, énoncer sa propre position. De cette façon, Beit Hillel a démontré qu’il n’était pas seulement soucieux d’avoir raison, mais recherchait la vérité qui se situe quelque part entre les deux. C’est pourquoi la loi juive suit Beit Hillel. Et sa réponse étant plus humaine et progressive : « ma’alim bikedoucha, on progresse en sainteté »
Nous voyons aussi cette dynamique dans nos propres relations. Nous avons tous rencontré quelqu’un qui défend obstinément une position ridicule, pour éviter d’admettre d’avoir tort. (L’ironie est qu’en fin de compte c’est qu’il est plus embarrassé en persistant dans son obstination, que d’admettre la vérité.)
Pour échapper à ce piège, nous pouvons nous entraîner à prendre au sérieux les idées des autres, dans une écoute resoectueuse. La règle cardinale est : rester concentré et calme. Communiquer et discuter, plutôt que de crier et de proclamer. Si l’anxiété de devoir avoir raison devient la principale préoccupation, vous vous retrouvez dans une position compliquée. Être sur la défensive, interrompre et répondre impétueusement vous fait perdre la bataille. Hillel (et Yitro), d’autre part, était prêt à écouter l’opinion d’autrui, subjuguer son ego et reconnaître une vérité qui n’est pas la sienne.
Ceci est particulièrement important dans le mariage. Chaque partenaire apporte à la relation différents points de vue et des points forts. Les façons dont nous différons ne sont pas une menace; c’est notre opportunité de grandir. Si Dieu avait voulu que nous soyons libres d’avoir besoin les uns des autres, Il nous aurait créés pour nous séparer comme une amibe (animal unicellulaire d’eau douce dont une espèce est parasite de l’homme). Le mariage est une unité, et lorsque nous nous concentrons sur nos objectifs communs, nous commençons à voir la vie en termes de «nous», au lieu de «je……je et tutututututu».
Cela est également vrai au niveau collectif, qu’il soit communautaire en diaspora ou national en Israël. Aujourd’hui, il existe un large fossé entre les différents groupes juifs (dans les courants religieux). Comme à travers tout les âges, il semble que l’écart soit infranchissable. Mais en fait, il y a plus de terrain d’entente qu’on pourrait le penser. Nous sommes tous d’accord sur le besoin de tolérance, de confiance mutuelle, de respect et de compréhension. Trouvons ces zones d’accord et utilisons-les comme base pour construire nos relations. C’est à peine un appel caché de rapprochement et de fraternité.

OUTIL n ° 2: Cherchez des amis qui vous défient
Le Talmud raconte l’histoire de Rebbi Yochanan, un grand érudit du 3ième siècle qui avait un partenaire d’étude nommé Reish Lakish. (Avant de devenir rabbin, Reish Lakish était un bandit, mais c’est une autre histoire …) Ces deux hommes étudièrent ensemble pendant de nombreuses années, jusqu’au jour où Reish Lakish tomba malade et mourut. On a pu voir Rabbi Yochanan marcher dans la rue, totalement déprimé.
Ses étudiants lui ont demandé: “Qu’est-ce qui ne va pas?”
Il a dit: “Mon partenaire d’étude est mort et maintenant je n’en ai plus.”
Ils lui ont dit: “Ne t’inquiète pas Rabbi, on s’en occupe.”
Alors ils sont allés et ont trouvé un jeune homme brillant pour étudier avec Rabbi Yochanan.
Deux semaines plus tard, Rabbi Yochanan se retrouve à marcher dans la rue, totalement déprimé.
Ils ont demandé: “Rabbi, qu’est-ce qui s’est passé, pourquoi es-tu si triste, nous t’avons envoyé le partenaire d’étude le plus brillant Quel est le problème?”
Il leur a dit: «Mon nouveau partenaire d’étude est si brillant que tout ce que je dis, il apporte 24 preuves que j’ai raison, mais quand j’ai étudié avec Reish Lakish, il m’a montré 24 preuves que j’avais tort. Je ne veux pas que quelqu’un d’autre soit d’accord avec moi, je veux un partenaire qui défiera ma position, de cette manière nous arriverons ensemble à la vérité. ”

Un bon défi – est ce que sont les amis? OUI! Les Sages disent: “Mieux vaut la critique d’un ami, que le baiser d’un ennemi.” Votre ami vous dira quand vous avez des épinards coincés dans vos dents; votre ennemi sourira et dira que vous avez l’air génial! A l’école rabbinique on parle de Dikdouk ‘haverim, ce qui signifie littéralement mettre au point avec des amis. Avec cette attitude, je vois les autres non pas comme des adversaires, mais comme un contrepoids qui est totalement bienvenu à ma propre perspective. En choisissant mes amis, je veux quelqu’un qui me mettra au défi de devenir meilleur dans la vie, pas seulement meilleur sur le court de tennis, par exemple.

OUTIL # 3: N’ayez pas peur de demander
Une histoire de plus: Il y a environ 100 ans en Pologne, il y avait un homme riche, nommé Rav Eisel Charif de Slonim. Sa fille était prête à se marier, alors Rav Eisel chercha le meilleur jeune homme. En ces jours, “le meilleur jeune homme” signifiait le meilleur étudiant Yeshiva. Rav Eisel se rendit donc dans la ville de Volozhin, qui était sous la tutelle de son célèbre Roch Yeshiva, le Netziv (Rabbi Naftali Zvi Yehuda Berlin mort en 1893). (On raconte qu’au cours des années, le Netziv dirigeait la Yeshiva, environ 10 000 étudiants y passaient.) Quand Rav Eisel arriva, il entra dans la salle d’étude, fit un klop (un coup) bruyant sur la table et annonça: “J’ai un question sur un passage dans le Talmud. Quiconque peut fournir la bonne réponse aura la main de ma fille en mariage. ”
Un grand buzz balaya la salle d’étude. La chance d’épouser la fille de Rav Eisel! Bientôt une longue file s’est formée, et un par un les étudiants eurent leur chance de fournir la réponse. Et un par un, Rav Eisel a rejeté les réponses comme étant incorrectes. Cela a duré des jours. Certains élèves ont même fait la queue 2, 3, 4 fois. Mais personne n’eut pu encore trouver la bonne réponse. Quand les étudiants eurent tous épuisé leurs options, Rav Eisel fit ses valises et commença à quitter la ville. Il venait d’atteindre le bord de la ville, quand il entendit une voix qui criait après lui: «Rav Eisel, Rav Eisel! » Il se retourna pour voir un jeune étudiant de la Yeshiva courir dans sa direction. L’étudiant a expliqué: “Rav Eisel, je sais que je n’ai pas pu satisfaire aux conditions du mariage en ne sachant répondre à votre question, mais pour mon propre plaisir, monsieur, pourriez-vous s’il vous plaît me dire quelle est la bonne réponse?”
“Aha!” cria Rav Eisel. “Vous serez mon gendre!”
Dans notre vie, la recherche de la vérité peut parfois être étouffée si nous n’avons pas le courage de demander. Demander l’aide d’autrui est un aveu que je n’ai pas toutes les réponses moi-même. Cela peut nécessiter de poser une question inconfortable. Ou admettre humblement « je ne sais pas ». Ou risquer de passer pour un ignorant. Mais tout cela est minuscule par rapport à une vie dans le mensonge. L’élève de la Yeshiva a démontré ce courage; c’est la marque de l’honnêteté intellectuelle.

L’EXPÉRIENCE SINAI Quand les hébreux se tenaient au Sinaï, ils acceptèrent inconditionnellement de remplir toutes les 613 Mitsvot. Pour les débutants, 613 sonne énormément … c’est même écrasant! Comment commence-t-on à s’attaquer à une telle ampleur et une telle profondeur? Si seulement il y en avait une, une idée puissante que nous pourrions saisir. Quelque chose qui résume tout le reste.
Le rabbin espagnol Rabbénou Bechaye (14ème siècle) explique que tandis que la Torah contient 613 mitsvot, tout est finalement contenu dans le tout premier commandement, “Je suis Dieu”. Tout se résume à cette ligne. Pourquoi? Parce que c’est autour de ce point que tout tourne. Une fois que nous “savons qu’il y a un Dieu”, le reste découle de là – parce que nous le reconnaissons comme un système holistique unifié.
Quelle a été la rencontre exacte au Mont Sinaï? Le Talmud dit: Chaque Juif a expérimenté la Voix de Dieu. Une voix si puissante que les gens n’ont pas seulement entendu, mais ils ont “vu les ondes sonores” sortir de la « bouche » de Dieu. Ce phénomène physiologique est appelé «synesthésie», par lequel tous les sens sont intensifiés et ont fusionnés.
La tradition juive nous dit que chaque âme juive – passée, présente et future – se tenait ce jour-là au Mont Sinaï. Quand La Voix a déchiré les sept Cieux, la Torah a été gravée sur les tablettes de pierre … mais elle a d’abord été gravée dans le cœur de chaque Juif. La voix a parlé et nous avons entendu.
Dans le Chema Yisrael, (le serment d’allégeance que nous prononçons au moins 3 fois par jour), nous commençons par le mot Chema – «Écoutes». Soigneusement et calmement, nous écoutons. Tout comme Yitro a écouté.
Le Sfas Emes (rabbi Yehoudah Leib Alter, Pologne fin du XIXe siècle) dit que pour recevoir la Torah, il faut désirer la vérité. Voulons-nous vraiment atteindre la clarté dans la vie? Sois donc un poursuivant de la vérité. Écoute attentivement. Car la mitsva de « veyadata hayom ki Adonay hou haélohim » “Sachez (en cet instant) qu’il n’y a que l’Eternel qui est votre Dieu” nous invite à redécouvrir la vérité.
Rabbi Michel Liebermann

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